‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 221 sur 396 · PRÉCAUTIONS PRISES PAR EUGÈNE · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS PRISES PAR EUGÈNE

à plus forte raison, de la présidence du concile. En tout cas, Eugène IV entendait que la présence de ses nouveaux légats fût nécessaire pour la constitution définitive du synode, et que, jusqu'à leur arrivée, l'attention des pères se concentrât exclusivement sur la question hussite l.

Ce qu'il eût voulu éviter, c'est un exode général de ses officiers vers Bâle. Il fit défendre aux employés de la curie de partir sans autorisation (28 février). Mais il comptait sans la panique qui se déclara au milieu d'eux à l'approche du terme de quatrevingts jours fixé par le décret du 18 décembre : notaires, camériers, auditeurs se présentèrent en masse pour obtenir Yexeat du souverain pontife. Le cardinal délia Porta tâcha en vain de les rassurer, en leur persuadant que les procédures entamées à Bâle seraient suspendues dès qu'on y connaîtrait la décision récente du saint-père : « Je risque plus que vous, ajoutait-il ; mes comte mendesontune valeur supérieure à celle de vos bénéfices ! » Plus méfiants et plus clairvoyants, les gens de la curie s'entêtaient à obéir au concile et, sur le passage du pape, criaient de toute leur force : Licentiam pro recessu ! Il fallut, ce jour-là, fermer les portes de Rome. L'affichage d'une bulle promettant de défendre les curiaux contre ceux qui tenteraient de leur ravir leurs bénéfices ne semble pas avoir calmé cette surexcitation. Les uns partirent sans permission ; d'autres protestèrent contre la contrainte qu'on leur faisait subir. Puis, dans la seconde quinzaine de mars, ces défenses furent levées. Le cardinal délia Porta luimême, comme s'il avait fini par partager les appréhensions qu'il s'était efforcé de calmer, se fît incorporer au concile de Bâle ~.

Ces inquiétudes étaient fondées. Rien ne semblait moins certain que l'acceptation par le concile de la bulle du 14 février.

1. L'Electeur de Saxe fut prié d'y veiller, par lettre du 21 février (Rinaldi, IX, 141).

2. Monum. Concil., II, 334 ; J. Haller, II, 379, note 2. Cf. une lettre d'un ambassadeur de Henri VI datée du 9 mars 1433 (Musée britann.. ms. Harley 826, fol. 50 r°).

Les pères avaient pris d'abord connaissance des propositions remontant au 14 décembre, au 18 janvier, au 1er février. La forme même sous laquelle le pape s'adressait à eux — « Aux « seigneurs assemblés à Bàle » — leur avait, dès la première lecture des lettres pontificales, inspiré une méfiance que ne réussirent à calmer ni l'éloquence onctueuse, ni l'argumentation serrée des nouveaux nonces 4. Parmi ceux-ci se trouvait une des lumières de la science juridique, ce Nicolas Tudeschi qui avait eu besoin de l'intervention des Siennois pour se faire pardonner par Martin V son attitude au concile de 1424 ~. Connu pour avoir défendu en chaire la supériorité du concile sur le pape :!, il avait modifié, depuis, son enseignement ' et obtenu du saint-

1. L'ambassade, formée dès le milieu du mois de décembre (cf. des lettres de créance pour Louis Barbo remontant au 6 décembre, Arcli. du Vat., Reg. 370, fol. 117 v°), comprenait, outre Tudeschi, Christophe, évoque de Gervia, et Louis Barbo, abbé de Sainte-Justine de Padoue. Le nom de Jean de Mella apparaît, pour la première fois, dans une bulle du 2 janvier 1433 donnant au quatre ambassadeurs le pouvoir de réconcilier avec l'Eglise les cardinaux, patriarches, prélats, etc., de la congrégation de Bàle qui seraient disposés à rentrer dans l'obéissance du saint-siège {Reg. 372, fol. 118 r°, et Binaldi, IX, 137). Une nouvelle bulle, du 5 janvier, les accrédita tous quatre auprès des « ecclésiastiques et séculiers assemblés à Bàle » (Ampliss. collect., VIII, 551), et une autre, du 6 janvier, rangée à tort sous la date de 1432 (R. Arnold, Repertnrium Germnnicum, I, 378), les accrédita auprès des magistrats de Bàle (Armar. XXXIX, t. 72, fol. 128 r°). Le 7 janvier, ils eurent leur sauf-conduit {Reg. 372. fol. 121 r°) et furent accrédités auprès des autorités de Constance {Reg. 370, fol. 119 v°); le 11, ils touchèrent chacun 400 florins (Arch. d'État de Rome, Tes. pontef., Rulletœ, 1431-34, fol. 132 r°). Partis de Rome avant le consistoire du 14 février, ils arrivèrent à Bàle le 4 ou le 5 mars (J. Haller, II, 364 ; V, 43).

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