‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 279 sur 396 · DÉSAVEU INFLIGÉ AUX ENVOYÉS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DÉSAVEU INFLIGÉ AUX ENVOYÉS FRANÇAIS

28 août, et portée à Bâle en toute hâte : le roi y répétait en quelque sorte la leçon apprise de sa belle-mère, s'y montrait fort épouvanté des suites de la douzième session, conjurait les pères de réfléchir et de ne point tant s'acharner contre le souverain pontife {.

A peu de temps de là, Charles VII reçut la plainte d'Eugène IV contre les ambassadeurs de France à Bâle. Il s'en montra fort ému ; le Conseil, à l'unanimité, décida de faire partir un certain Nicolas de la Chapelle "2, qui ouvrirait une enquête à Bâle et qui, au cas où les graves paroles reprochées à Coëtquis auraient été réellement prononcées, devrait le désavouer, lui signifier son rappel, proclamer les véritables sentiments du roi 3 : jamais, depuis que l'élection de Gabriel Condolmario lui avait été notifiée par le sacré collège, Charles VII n'avait conçu le moindre doute au sujet de la légitimité du nouveau pape ; jamais il n'avait eu vent de la moindre circonstance qui pût à ce sujet provoquer une ombre d'hésitation. Il avait toujours considéré si bien Eugène IV comme pape indubitable qu'il lui avait adressé une ambassade d'obédience, à la tête de laquelle se trouvait précisément l'archevêque de Tours. C'est ce que le roi prit soin d'écrire lui-même aux pères 4 ; c'est ce qu'il fît

1. Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 89 v° ; Bibl. Angélique, ms. 118, p. 116 ; Ampliss.collect., VIII, 633 ; Champollion- Figeac, Lettres des rois et des reines, II, 454 (sous la date de 1439).

2 . Lettre de Regnault de Chartres au pape datée de Tours, le 29 septembre [1433] (ms. cité de la Laurentienne, fol. 114 v°).

3. Instructions de Nicolas de la Chapelle : « Et se, par informacion ou aultrement deument, vous trouvez ledit archevesque une foiz ou plushours avoir dit lesdites paroles, ou semblables en substance, vous demonstriez la vroye oppinion et ferme que nous avons tousjeuxeu et avons à la personne et estât de nostredit Saint Père.. . , et, ce fayt, desavouez en nostre nom ledit archevesque, de ce que il a dit en ceste matière, et tous ses adherenset complices, et déclarez ce avoir esté dit contre nostre volenté : et révoquez de nostre ambassade et procuration : lequel, oudit cas, par ces présentes, nous révoquons... » [Ihid., fol. 108 r°.)

4. Lettre datée de Tours, le 22 septembre : « Audivimus, dolore cordis intrinsecus sauciati, archiepiscopum Turonensem, consiliarium nostrum, quem unum ex ambassiatoribus nostris ad supradictam Synodum cura aliis transmisimus,

Le Pape et le Concile. 18

savoir à Rome l, et, dans la lettre très sévère qu'il adressa à ses premiers ambassadeurs, il se montra courroucé de leur attitude dans cette circonstance, comme aussi de la complaisance avec laquelle ils avaient laissé passer l'étrange décret de la douzième session ~. A l'égard d'Eugène IV, ses instructions étaient bien nettes : « Voulons que en toutes manières procurés « qu'il soit gardé et maintenu en son estât et honeur 3. » En

verba nostro nomine protulisse [in] sessione publica, vicibus iteratis, que nedum voluntati nostre sunt contraria, sed et universali Ecclesie, honori sanctissimi patris nostri Eugenii, Summi Pontificis, nostroque sunt allatura discrimen, nisi céleri occurreretur provisione. Ausus est enim proferre, ut fide dignorum relatione nobis comperimus, in publicum et asserere nos aliquando revocasse, sed et nunc revocare in dubium an electio dicti patris nostri Eugenii, Summi Pontificis, canonica extiterit, anve dictus pater Eugenius pro indubitato Summo Pontifice sit reputandus. Cujus dubii scrupulus nunquam animo nostro inhesit, ab ea maxime die qua ejus electio per cardinalium Collegium nobis, ut moris est, notilicata fuit concorditer émanasse. Nec ab illo tempore aliqua nobis innotuerunt per que quovismodo de ejusdem Summi Pontificis auctoritate emergere debeat ambiguitafis scintillula ; sed profecto eumdem indubitatum Papam, verum Christi in terris vicarium, per nostros ambasiatores visitari fecimus : inter quos tune primus fuit dictus archiepiscopus, per quem et alios eidem fecimus filialem exhiberi reverentiam, ut talem semper habuimuset habemus ; et ab eadem Sanctitate, tanquamab indubitato Ecclesie pastore, oportuna nobis et subditis petivimus et petimus elargiri. Et, ut neminem lateat ad displicentiam nostram permaximam supradicta fuisse prolala, expresse dictum archiepiscopum, et quoscumque alios in hoc sibi adhérentes et conscios, devotamus et contra nostram voluntatem processisse verba declaramus, ipsumque archiepiscopum Turonensem ab aliorum nostrorum ambaxiatorum societate et nostro procuratorio revocamus. Ut vero nostra clarius innotescat super hiis intentio, mittimus impresentiarum apud eandem Synodum dilectum et fidelem consiliarum nostrum magistrum Nicolaum de Capella, in legibus licenciatum et in theologia baccalarium formatum, ut voluntatis nostre propositum notificet et executioni demandet, juxta instructiones sibi per nos traditas. » (Ms. cité, fol. 107 v°.) — Une autre lettre, très semblable, est adressée aux cardinaux présents à Bâle (ibid., fol. 109 r°).

Page 1