‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 350 sur 396 · FIN DE LA RÉVOLTE ROMAINE · texte numérisé non relu

FIN DE LA RÉVOLTE ROMAINE

délivra le cardinal-camerlingue, qui fit, à son tour, relâcher les prisonniers du Château-Saint- Ange. Les Golonna prirent la fuite. A minuit, le même jour, sans effusion de sang, toute la ville était rentrée sous la domination du saint-siège *.

Le concile, en apprenant ce dénouement pacifique, voulut bien témoigner sa satisfaction : il y eut à Bâle des sonneries de cloches, des feux de joie, une messe d'actions de grâces et une procession 2. Il est vrai qu'en même temps les pères montrèrent une sollicitude singulière pour la famille Golonna, dont un membre, le jeune cardinal Prosper, s'était réfugié parmi eux 3. Ils prirent les biens des trois frères sous leur protection et envoyèrent un messager spécial à Gentile Orsini pour le supplier de procurer au cardinal et aux deux barons compromis dans la récente révolte la paix et la sécurité, dont l'un au moins était peu digne 4.

Quant aux cardinaux Albergati et Cervantes, dont l'envoi avait été décidé au mois de juillet, partis seulement au mois de

1 . Concil. Basil., V, p. 411 ; Paolo di Liello Pétrone, col. 1106, 1107 ; Infessura, p. 34; Paolo dello Mastro, p. 84; N. délia Tuccia, p. 146; J.Simoneta, col. 234. Cf. Flavio Biondo, déc. III, lib. vi, p. 489, 490; Cronica del Graziani, p. 388. — La Chambre apostolique alloua, le 1er novembre, une gratification de 100 florins « Rossetto, caballario, quando portavit nova liberationis domini Camerarii et Urbis reducte ad devotionem Ecclesie » (Arch. du Vat., Intr. et exil., 398, fol. 70 r°). — Dès le 4 août précédent, l'évêque d'Aquino, Luc Alberini, qui résidait à Rome, avait reçu du pape pouvoir de déclarer non atteints par l'excommunication ceux des Romains qui n'avaient trempé ni dans la rébellion, ni dans l'arrestation du camerlingue, et d'absoudre ceux qui s'engageaient à ne plus avoir aucun commerce avec les excommuniés (Arch. du Vat., Reg. 359, fol. 234 r°). Le même prélat devait absoudre les coupables repentants et tâcher de les amener à rendre la liberté au camerlingue (ibid., fol. 278. v°). Plus tard, le 27 février 1435, Etienne Aliotti, évêque de Volterre, vicaire général à Rome au spirituel, eut ordre d'absoudre ceux qui auraient restitué des objets appartenant au pape et dérobés, lors de sa fuite, dans le palais apostolique {Reg. 373, fol. 129 r°).

2. Concil. Basil., III, 252; V, 109; Monum. Concil., II, 769.

3. V. une démarche faite par le cardinal Colonna auprès de la députation des Affaires mixtes le 9 décembre 1433 (J. Haller, III, 534) et des lettres écrites par le concile en sa faveur aux habitants de Velletri et à Virginio Orsini, le 17 décembre 1433 et le 16 janvier 1534 (A. Borgia, Ist. délia chiesa e cilla di Velletri, Nocera, 1723, in-4°, p. 360; Gregorovius, VII, 47).

4. Lettre du 17 décembre 143 i(L. Pastor, Ungedruckle Akten, p. 25). J. Haller, III, 273.

septembre i et fêtés au passage par le duc de Milan 2, ils né parvinrent à Florence que le 10 décembre 3. Eugène IV avait fait savoir qu'il consentait à ce que les terres usurpées fussent remises entre leurs mains'1 : au fond, bien qu'il n'eût aucun sujet de méfiance contre Albergati, il ne voyait pas sans déplaisir l'intervention de deux légats qu'on disait déjà envoyés de Bàle pour lui servir de coadjuteurs et suppléer à son insuffisance. Cette tentative de médiation échoua, au moins pour commencer, et, le 11 mai 1435, les deux cardinaux adressèrent au concile une lettre découragée \

Au milieu des angoisses que lui faisaient traverser les guerres et la révolution, Eugène IV, qui avait renoncé, comme on se rappelle, à continuer la lutte de principes si longtemps soutenue contre le concile, cherchait du moins à se persuader que ses sacrifices avaient porté leur fruit : il voulait croire à l'établissement d'une harmonie parfaite entre lui et les pères. Jeter un voile sur le passé, oublier, dans la joie de la réconciliation, les querelles et les injures, arriver même à s'imaginer qu'on ne s'est tant disputé que faute de se bien entendre, et tourner la pensée des pères vers l'avenir, vers les réformes à opérer, vers la paix à réaliser, toutes questions neuves qu'on peut vider sans ran-

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