EFFORTS CONCILIATEURS DU PAPE
ciine ni aigreur, telle est pour le moment la politique du pape ; tel est le secret des effusions dont il remplit une lettre adressée au concile le 23 juin 1434, le jour même où, après tant de tribulations, il parvenait à Florence. En vérité, il ne reste plus dans son esprit aucun nuage : avec une entière sérénité, il exprime le désir de chérir les pères, de s'attacher à eux par les liens dune douce et sainte charité. Au fond, leur dissentiment né portait que sur le lieu où devait se célébrer le concile; mais, comme eux, il voulait la paix, comme eux, il souhaitait la réforme. Maintenant qu'il a cédé, et cédé dans les termes qu'eux-mêmes avaient choisis, il désire que leurs sentiments correspondent aux siens, que le saintsiège puisse compter sur leur dévouement, sur leur fidélité. Il a même des raisons de croire que ce vœu est près de se réaliser, car les pères se sont réjouis de la fin du conflit, et l'union règne entre eux et les présidents. Le moment est donc venu d'opérer la réforme. Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a dans le corps de l'Eglise aucune partie saine. Il faut se mettre à l'œuvre, ne pas s'attarder à des discussions oiseuses. Le concours du pape est assuré [.
En même temps durent être écrites deux autres lettres, fort semblables, adressées par Eugène a Cesarini et aux autres cardinaux présents à Bâle 2. Même expression d'un contentement exempt d'arrière-pensée ; même tendance à nier tout dissentiment sur le fond des choses ; mêmes protestations de dévouement et d'amitié ; même exhortation à ne plus s'occuper que d'union et de réforme. Cesarini est peut-être l'homme qu'Eugène a le plus aimé ; qu'il n'ait point d'inquiétude au sujet de sa pension ! Ni lui, ni les siens ne seront oubliés. Si entre le pape et les cardinaux quelque différend a paru s'élever, il ne faut l'attribuer
1. Rinaldi, IX, 172; Cecconi, p. lxii, et (texte plus complet) Monum. Concil., II, 714.
2. M. Haller les date du mois de juillet, mais elles peuvent fort bien avoir été écrites en même temps que la précédente : la similitude de certaines phrases tendrait à le faire croire.
qu'à la malice des temps. Désormais il n'y aura plus qu'un père aimant, des fils dévoués, et entre eux Jésus-Christ1.
Dans les mêmes vues conciliantes, Eugène pensa diriger vers Bâle une ambassade florentine 2. Il constitua cinq de ses présidents et le doge de Venise arbitres des différends qui subsistaient encore entre lui et certains membres du concile, notamment les cardinaux, donnant à ces arbitres plein pouvoir pour conclure des accommodements, faire des promesses, offrir des garanties : si certains cardinaux, comme il l'avait appris, plutôt que de réintégrer sa cour, préféraient se retirer dans les pays où ils possédaient des bénéfices, il y consentait et s'engageait à ne point leur en vouloir 3.
Dans ces diverses lettres, on remarque l'absence de toute allusion aux droits et devoirs réciproques du concile et du pape qui avaient fait, en réalité, l'objet principal du débat. Eugène feint d'ignorer jusqu'aux conditions humiliantes imposées à ses représentants ; il ne veut pas connaître le serment d'obéissance aux décrets de Constance qu'ils ont dû prêter, à vrai dire, en leur nom personnel. Tout cela fait partie d'un passé oublié (il le souhaite du moins), et sur lequel il importe de garder le silence jusqu'au jour (qu'il espère voir peut-être) où la papauté sera en état de revendiquer des droits qu'elle n'a jamais explicitement aliénés.
Malheureusement, quand il plaît au vaincu d'oublier sa défaite, son vainqueur se charge assez souvent de l'en faire souvenir. Ce passé qu'Eugène IV avait hâte d'effacer, les gens de