RÉSISTANCE PRÉVUE DE LA COUR DE ROME
Les pères, dit-on, avaient eux-mêmes prévu cette résistance, tant ils sentaient que, dans sa rigueur, leur décret du 9 juin était inexécutable. On leur a même prêté le désir de forcer ainsi le pape à se mettre en contravention avec les lois de « l'Eglise unice verselle ». Il est vrai que, de la façon dont la question s'était posée, ils avaient été entraînés à porter aussi atteinte aux droits de beaucoup de prélats, de beaucoup de membres du concile. Mais, précisément, il paraît que ceux-ci n'observaient pas le décret mieux que le souverain pontife. Les plus zélés, les plus ardents à voter la mesure étaient les premiers à l'enfreindre *. Jamais, dans les diocèses, les taxes n'avaient été perçues avec plus de rigueur : c'est ce qui provoqua notamment les doléances indignées de l'Université de Paris. A quoi bon des décrets, si, à peine promulgués, on les violait avec autant d'aisance 2 ?
les yeux sur la série des Introitvs aux Arch. du Vatican. D'autre part, l'acte d'accusation dressé contre Eugène IV, en 1438, parle de droits perçus au moment de la supplique ou avant l'expédition des lettres (art. 58, 60), de commissions exigées par les intermédiaires (art. 61), de trafic de bénéfices pratiqué par des marchands ou par des changeurs (art. 63) ; il signale l'usage d'antidater des lettres de provision ou des grâces expectatives, ou encore de multiplier les translations dans un intérêt fiscal (art. 66, 68) ; l'annate payée pour une translation n'est jamais remboursée, même quand cette translation se trouve être, par la suite, annulée (art. 77). Certains témoins appelés à déposer à Bàle renchérissent encore sur ces allégations. Ainsi Martin de Vera, procureur du roi d'Aragon : « Audivit a pluribus dici quod, cura vacant bénéficia, papa Eugenius vult ab eis intégras annatas habere, que non deberent solvi juxta décréta Concilii Constantiensis nisi medie annate. Et scit ipse testis de se ipso, qui, cum esset provisus de quodam beneficio a dicto domino Eugenio, voluit habere taxam integram et annatam cornpletam. » (Bibl. nat., ms. lat. 1511, fol. 150 v°.) Et Louis de Glandevès, évêque de Marseille : « Deposuit quod diu est quod fuit in Romana curia, sed audivit a pluribus qui tune fuerunt, et est fama quod non est memoria hominum quod symonia tantum ibidem locum habuit sicud habet ; et ad tantum devenit quod symonia ampliusnon habeturpro peccato, et pejus modo sit quam ante editionem decreti de annatis, quia tune aliquando erant contenti deobligacione, nunc volunt habere totum in numerata pecunia, et aliquando nedum annatam, sed annatas pro uno beneficio. » (Ihid., fol. L-i5 v°.) Parmi les intermédiaires intéressés auxquels faisait allusion l'art. 61 de l'acte d'accusation, Michel Andrée, curé breton, nomme le médecin du pape Louis Scarampi (ihid., fol. 132 v°). Cf. les dépositions de Thierry Vogel (ibid., fol. 109 V, 110 r°), de Raoul Hay (ibid., fol. 118 v°), de Robert Auclou (ibid., fol. 121 v°), de Jean Bretonneau (ihid., fol. 125 v°), d'Antoine de Pérouse (ibid., fol. 135 v°).
1. Jean de Palomar i Mansi, XXXI, 203, 204) ; Ambr. Traversait (Epislolse, éd. Mehus, col. 173).
2, Lettre du 4 février 1436, lue en congrégation générale, à Bâle, le 11 mai:
Il n'était pas jusqu'à l'œuvre sainte de l'union qui ne fût, entre le pape et les pères, un sujet de froissement, en attendant qu'elle devînt l'occasion d'une lutte désespérée.
On se souvient du projet qu'Eugène avait formé de tenir en Italie un concile d'union où se rencontreraient les représentants des Églises d'Occident et d'Orient. On se rappelle aussi l'indifférence dédaigneuse que Cesarini témoignait, au commencement de Tannée 1432, à ces vaines tentatives de conversion des Grecs '.
Le pape cependant ne s'était point découragé. Lorsque l'opposition des gens de Bâle l'eut forcé de renoncer à tenir un concile unique à Bologne, résigné à laisser subsister celui de Bâle, il n'en continua pas moins à donner rendez-vous aux Grecs en Italie. Ainsi, durant l'été de 1433, il fut question de tenir à Ancôneun concile où viendraient Jean Paléologue et les représentants de l'Eglise grecque 2. Mais on ne put s'entendre sur les conditions du transport 3. Christophe Garatoni, secrétaire d'Eugène IV, partit alors pour Constantinople, où les négociations ne tardèrent pas à prendre une tournure différente.
ci Quinymo domini prelati, quorum etiam nonnulli predictorum confectioni dignoscuntur interfuisse, per se suosve insuarum diocesumlocis,pretextu qualiscumque consuetudinis, cumtamen pravum usumjuset raciovincere debeat, proordinibus, presentacionibus, collacionibus, provisionibus, deportibus, annatis, primis fructibus, exinde vero ecclesiarum tum cathedralium quam collegiatarum capitula, pro receptionibus, installacionibus, institutionibus et similibus aliis, perinde ac si oranino nullum super hiis Ecclesie decretum intervenisset, cuncta censurarum postposita formidine, nummos exigere non desistunt. » (Bibl. nat., ms. 15625, fol. 164 r°.)