‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 5 sur 396 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pierre, ne pouvaient en conscience transporter leurs hommages à Martin V sans admettre qu'un concile, au moins en temps de schisme, eût le droit de déposer un pape1. Au contraire, ceux qui s'étaient groupés autour de la chaire de Jean XXIII pouvaient se laisser persuader, à la rigueur, que, la résignation forcée du pontife frappé le 29 mai 1415 équivalant à une abdication, la supériorité du concile sur le pape ne se trouvait point par là-même établie. Mais surtout les partisans de la dynastie pontificale romaine, ceux qui n'admettaient d'autres papes légitimes, à l'époque du Grand Schisme d'Occident, qu'Urbain VI, Boniface IX, Innocent VII et Grégoire XII, n'avaient aucun besoin, pour croire le terrain légitimement déblayé, d'invoquer les décrets de la quatrième et de la cinquième session : à leurs yeux, la vacance du saint-siège avait résulté tout simplement de la libre abdication du vrai pape.

Que Martin V adoptât donc cette dernière manière de voir, et que, s'enhardissant jusqu'à résoudre l'énigme posée quarante années auparavant, il proclamât la régularité de l'élection du 8 avril 1378, la question de droit canonique aussitôt s'éclairait d'un nouveau jour. Grégoire XII étant reconnu comme le seul pontife légitime à la date de 1415, ce n'était plus contre un pape, mais contre des intrus que s'étaient escrimés les pères de Constance2. Si impérieux

1. C'est ce que fera observer Jean de Raguse, en 1438. Jamais les Espagnols, par exemple, n'eussent admis que Benoît XIII eût pu être écarté à Constance, s'ils n'eussent cru à la validité des décrets de la quatrième et de la cinquième session (Bibl. Vat., ms. lat. Reg. 1019, fol. 350). Il est vrai que, postérieurement à l'époque où je me place, la démission de Clément VIII (Gilles Sancliez Munoz), successeur de Benoît XIII, put tranquilliser les consciences des fidèles attachés à l'obédience avignonnaise. V., à ce sujet (ci-dessous, t. II, p. 210, note 1), une réflexion de Jean de Torquemada.

2. En 1409, il est vrai, au concile de Pise, Grégoire XII avait été, aussi bien que Benoît XIII, déclaré déchu : mais les pères de Constance eux-mêmes, dans l'intérêt de l'union, ne voulurent tenir aucun compte de cette condamnation.

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