CAUSES DE L'ABSENCE DU PAPE
point laisser ruiner son œuvre de restauration temporelle, pouvait hésiter à s'éloigner de Rome. On conçoit du moins que, pour se mettre en route, il attendît un moment d'accalmie '. Il préférait ne s'aventurer sur le chemin de la Toscane que sous la protection d'une force armée génoise : or, cette troupe n'était pas prête, et ne devait l'être, si l'on en croit une lettre des Siennois, que vers le 1er novembre -.
Il ne faut donc point trop se hâter d'attribuer l'immobilité du pape à un dessein prémédité, au secret désir de faire avorter le concile de Sienne. Des obstacles réels purent s'opposer au départ de Martin V. A y regarder même d'un peu près, le soin avec lequel il avait tâché d'assurer, en prévision de sa venue, son indépendance, son autorité, non seulement au moyen d'une convention publique, mais par des articles secrets, et, d'autre part, les concessions auxquelles il s'était prêté pour contenter les pères, jusqu'aux démarches qu'il fit pour décider certains prélats à se rendre à Sienne 3, tout tendrait à indiquer chez lui le
1. C'est ce qu'il écrivait : « Ad hoc Concilium velis accedere... ; in quo etiam nos speramus personaliter interesse, sedatis hiis motibus aliquantulum qui nunc fervent in proximo regno nostro Sicilie. » (Arch.nat., LL -l", f° 91 v°.)
2. Lettre à l'ambassadeur Andreoccio du 25 septembre : « Et respondiante, et prima a la parte de la vcnuta de nostro Signore, el quale pare che indugi il suo partire decostà per cagione de l'armata de Genovesi, la quale aspetta : che noi siamo stati advisati corne la detta armata non sara in punto per tutto octobre. Et perô sopra questa materia parlaraj corne crederaj essere di bisogno confortando la santità de nostro Signore al disponarsi a venire quà più presto et de non volere aspettare la detta armata, perô che passarebbe troppo tempo. » (Arch. d'état de Sienne, Copia lettere ciel Concistoro, n° 1622.)
3. V., par exemple, une lettre adressée à un prélat qui se croyait mal vu en cour de Rome, et dont le pape, au contraire, déclarait avoir toujours constate le zèle pour son service, ainsi que le dévouement au siège apostolique : « Imo, ut tibi in hac parte aperiamusintrinsecacordis nostri, cum recensemus animo prelatos de quibus plene confidimus et quos vellemus interesse Concilie generali, neminem anteponimus serenitati tue ... Et te propterea requirimus et hortamur ut ad hoc Concilium velis accedere pro Ecclesie utilitate et nostri complacenciaspeciali. » (Arch. nat., LL 4a, f° 91 v°.) — On peut aussi remarquer la présence à Sienne de plusieurs cardinaux : il a déjà été question (plus haut, p. 24) de Carillo et deCorrer; on attendait encore à Sienne, à la fin de novembre, le cardinal de Foix ; le couvent de Saint-Augustin lui fut assigné comme demeure ; les dépenses faites par l'État à l'occasion de sa venue furent approuvées le 22 décembre Concisloro, Deliberazioni, 336, f° 12 v°, 18 r°,3i v°).
désir lovai de parachever l'œuvre entreprise, tout concourt plutôt à démontrer la sincérité des promesses qu'il fit entendre pendant trois mois.
Vint un moment sans doute où ces dispositions changèrent. Ce revirement dut se produire dans le courant du mois de décembre. Il importe de rechercher si certaines circonstances ne furent pas de nature à décourager la bonne volonté réelle qu'avait semblé manifester d'abord le souverain pontife.
On se rappelle le grave débat soulevé au sujet du sauf-conduit, et qui, au bout d'un mois, avait abouti, grâce à des concessions réciproques, à la cote mal taillée du 6 novembre. Alors seulement avait eu lieu la seconde session, primitivement fixée au 8 octobre '. A l'unanimité des deux cardinaux et des vingtcinq prélats mitres présents, on y vota des résolutions concertées d'avance avec le saint-siège (8 novembre) ~. Des mesures étaient prises contre les hérétiques, notamment contre les sectateurs de Wyclif et de Jean Hus ou contre les partisans attardés du feu pape déposé, Benoît XIII ; la relation d'un légat, une lettre de Paléologue ayant fait comprendre que la question grecque n'était point mûre, on remettait à des temps meilleurs l'union de l'Eglise d'Orient, et on décidait de s'appliquer, pour le moment, à la réforme: en tout, quatre décrets, auxquels une bulle de Martin V donna immédiatement l'approbation pontificale 3.
Peu de jours après, un projet mis en circulation par quelques pères pleins de zèle indiqua que l'œuvre réformatrice allait réellement commencer. On devait y préluder par une procession