‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 91 sur 396 · RÉCONCILIATION DU PAPE ET DES SIENNOIS · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION DU PAPE ET DES SIENNOIS

noniste appelé généralement « le Panormitain », et qui avait enseigné à Sienne avec éclat, venait de jouer dans le concile un rôle que ses biographes ont passé sous silence. Sujet du roi d Aragon, il se pourrait qu'il eût été mêlé aux intrigues de l'ambassadeur d'Alphonse. En tout cas, on craignait, à Sienne, que, par ressentiment, le pape lui refusât une promotion qu'on désirait solliciter pour lui. Ce fut l'occasion de lettres pressantes écrites, le 27 mai, à l'évêque de Sienne, à Malatesta, aux cardinaux et à Martin V lui-même l. La réponse fut favorable : le pape, comme il l'avait promis, oubliait tous ses griefs 2, et, en même temps, faisait offrir aux Siennois de nouveaux avantages par son vice-camérier, Louis Aleman, qui, dans cette circonstance, tint le consistoire sous le charme de son éloquence. Les Siennois, cette fois, se confondirent en remerciements 3.

1. La lettre au pape notamment s'étend sur les vertus de Tudeschi et sur la gloire qu'a procurée à la ville son enseignement. Sa défense y est présentée en ces termes : « Nichil quod fore putaverit contrarium statui vestro promovit, sed solum, una cum Communitate nostra. intendebat quod dissolutio Goncilii non fieret repentina, sed taliter quod procederet cum omnium unanimi concordia et voluntate... Et in fine, cognita intentione dicte Beatitudinis, in suorum prelatorum absentia plura sibi favorabilia nobiscum gessit. Attamen, quomodocumque res se habeat, hec omnia post [o]periri debent, et, si animadverteretur ad ea, contra promissiones nobis factas per dictum magnificum dominum Malatestam et vestras apostolicas literas factum esset. » (Copia leltere del Concisloro, n° 1623.)

2. La réponse de Malatesta est datée de Rome, le 4 juin : « Recepi litteras Magnificentiarum vestrarum quibus scribitis intelexisse quod, volentibus aliquibus tractare promotionem quamdam pro famosissimo decretorum doctore domino Nicolao de Sicilia, eoque negotio deducto ad aures sanctissimi domininostriPape, nedum consentire voluerit, sed ostendidit (sic) sua Sanctitas nomen ejus exosum haberepropter eaque operatus fueritin Senensi Concilio,etc. Respondeoquod, in specto vestrarum literarum tenore, fui ad pedes sanctissimi Domini nostri et con tinentiam ipsarum explicavi. Qui michi respondit veritatem Magnificentiis vestris super hiis non fore porectam, et quod promissiones enarratas per literas Sanctitatis sue atqueperme,potestateejusdem, illi magnifiée Gommunitati Senensi sinceris intendit consequi afectibus, et quod minime oppositum credere deberetis. » (Copiari di lellere dirette alConcistoi^o, liasse 49.) — A peu de temps de là, Tudeschi obtint de Martin V l'abbaye de Maniaci, au diocèse de Messine (avant le 10 janvier 1425; Éd. Preiswerk, Der Einfluss Aragons anf den Prozess des Basler Konzils gegen Papst Eugen IV, Bâle, 1902, in-8°,p. 18, note 1).

3. V. leur lettre émue du 3 juin au pape : » Plurimas oblationes tam copiose, eleganter et exornatissime nobis exposuit quod calamo non possemus exprimere, nec putamus quenquam esse qui vehementius loqueretur. » (Copia lettere del Concistoro, n° 1623.) — Louis Aleman se rendait alors en Romagne, où il venait

Martin V, par l'entremise de l'évêque Casini l, leur renouvela l'affectueux témoignage de son entière satisfaction '. Entre le pape et la république tout nuage était désormais dissipé.

C'est ainsi que finit le concile de Sienne, sans avoir même entrepris aucune des œuvres qui, originairement, étaient inscrites à son programme, n'ayant fait qu'enfoncer, pour ainsi dire, des portes ouvertes, puis poser de vagues jalons et annoncer, une fois de plus, cette réforme générale dont il était question depuis quinze ans, mais qui, par suite de je ne sais quel mirage, s'évanouissait toujours au moment où l'on croyait l'atteindre.

Dans cette faillite regrettable, sera-t-il possible de faire la part des responsabilités?

Il serait puéril, je crois, de s'en prendre exclusivement aux légats et d'insister, comme Jean de Raguse 3, sur le châtiment providentiel dont trois d'entre eux furent frappés, ayant suc-

d'ètre nommé légat, par bulle du 25 mai (G. Pérouse, Le cardinal Louis Aleman, Paris, 1904, in-8°, p. 58).

1. La popularité du prélat avait été fort ébranlée, à Sienne, par suite de la dissolution, dont, en qualité de trésorier du pape, on le rendait responsable. A cette occasion le consistoire lui avait adressé, le 24 mars, une lettre rassurante : « De infamia vobis data dolemus una vobiscum. Scitis difficultatem esse retinere linguam plebium... Excusationes autem vestras acceptamus, nec alias requirimus probationes. » (Copia leltere del Cowistoro, n° 1623.)

2. V. les lettres d'Antoine Casini des 11 et 14 juin [1424], classées à tort, aux Archives de Sienne, parmi les lettres de l'année précédente. Je lis dans la première : « Magnifici et excelsi Domini, pridie sanctissimus Dominus noster per latorem presentium recepit magnifîcarum Dominationum vestrarum litteras, et michi sua Sanctitas comisit eidem vestre Magnificentie respondere quod predicte littere sue Beatitudini psrgrate fuerunt et vos, tanquam devotos filios Ecclesie, videt affectuosos ad statum Ecclesie et Beatitudinis sue. » (Copiari di lettere dirette al Concistoro, liasse 47.)

Page 1