‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 125 sur 257 · K. Eubel, p · texte numérisé non relu

K. Eubel, p

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loyer le p;)pc à force de soumission, semblable, comme il disait, il une brebis olîrant sa laine aux ciseaux des tondeurs, il ne réussit même pas à bénéficier de l'amnistie des (^olonna '.Sous la date du 25 octobre, je lis encore ime constitution d'Eugène IV, rendue sur l'avis de dix cardinaux, qui déclare cpie la nomination d'un sujet en consistoire secret ne saurait conférer aucun droit au cardinalat, tant quelle n'est pas suivie de la remise des insii^nes ou de l'envoi du chapeau, et qui ajoute insidieusement : (' Si quelqu'un se trouvant dans ce cas ose se nommer cardinal, « il devient, par ce seul fait, inhabile à recevoir jamais le cardi- « nalat -. » Ainsi Capranica savait à quoi s'en tenir; ce n'était pas seulement dans le présent, mais aussi dans l'avenir, qu'on prétendait l'exclure du sacré collège 'K

Poussé à bout, ruiné, n'osant aller à Rome, où l'attendaient des juges, et où il craignait de rencontrer des bourreaux, Capranica se souvint de l'appel que, par deux fois, il avait interjeté au concile général. Il prit la route de Bàle.

1. K.Eiibel.j). 280-288,291; Poggio, /oc. cit. : .1. Halier. II, 182. Cf.la dc'posilioii de l'évèque d'Albeiiga, qui affirme avoir vu alors, « non solum in Urbe, sed extra. arma prefata domini Dominici cardinalis, que pridem capello rubeo more cardinalium in diversis locis depicta fuerint, adeo miserabiliter destructa, rujjta et maculata quod vix nosci valebant » (ms. cité, fol. »05 v"; cf. fol. 106 r'^).

2. Coquelines. Biillar. Romanor. pontiftcum, lll, 2. — Les cardinaux qui souscrivirent celte constitution sont : Orsini, Lusignan, Rochetailléc, Aleman, Casini, Casanova, Condolinario, Foschi, Conti et délia Porta. Plusieurs d'entre eux, dans la suite, prirent parti pour Capranica. De là cette tirade indignée dans un projet d'encyclique que préparèrent, vers le mois de mars li.3i, des cardinaux de la faction Orsini : <> Quem Martinus papa, summa prudentia atque estu preditus, post binam cardinalium publicationem, etsi familiarem ac dilectum suum, tamen veluti non dignum tanto fastigio, secundum consuetudinem publicarc nunquam voluit neque, dum fuit in vita, cardinalatus insignibus condonare, hune illum ipsi et admittere et publicare non dubitarunt. At quem ? Quem plerique ex his cardinalibus qui lîasilee sunt, dum Rome nobiscum forent, coram sancto Pontifice. ne quo unquam tempore cardinalem censeremus nobiscum manu sese propria subscri])serunt... Scd omittamus hune ipsum in malam rem : neque enim dignus est ut de se verba multa fiant. » iBibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 1.50- 147.)

3. .Te citerai encore une lettre d'Eugène IV, du .31 mars 1432, dispensant l'abbaye de Precipiano (diocèse de Tortona) de payer une pension de 50 florins d'or assignée par Martin V à Capranica (Arch. du Vat., Reg. 372, fol. 26 v).

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Dt'piiis k- ir» mai I i-32, le concile comptait ainsi un cardinal de plus. Capranica paraissait avec Cesarini dans les assonihlées générales, dans les cérémonies, prenait part aux sessions ; habituellenient une des « dépulations », celle des iVIlaires mixtes, siéj^eait dans sa demeure. Très digne, gardant à légai-d dlùigène \y une réserve d'autant |)lus nicM-itoiro ([m- la saisie de ses revenus l'ohligeait à vi^ re pauvrement, il n'en demandait pas moins justice à l'assemblée '. Le procureur qu il avait chargé de poursuivre sa cause, un jeune et brillant humaniste rencontré lors de son passage à Sienne, le fameux /Kneas Sylvius Piccolomini. obtenait déjà des juges délégués par le concile qu'une citation lût décernée contre le pape et six cardinaux pour avoir à répondre au sujet de cette étrange affaire '^. La seule présence de Capranica, rappelant aux pères les incidents du mois de mars 1431, constituait pour Eugène W un danger de tous les instants.

Le nonce Berardi avait donc été mal inspiré en faisant allusion à un haut personnage qu'il semblait regarder comme l'instigateur des mesures prises contre le pape. Les gens de Hàle avaient compris qu'il s'agissait de Capranica : ils saisirent avec empressement cette occasion de faire usage de l'arme que le cardinal avait remise entre leurs mains.

Ils savaient tout, déclarèrent-ils dans leur réponse du 3 septembre. Ils n'ignoraient ni la constitution de Martin V, ni la protestation des cardinaux Carillo et Correr : cette lecture les avait plongés dans la stupeur ; un doute poignant s'était emparé de leurs esprits. Heureux encore que, par une permission de

1. l'of^gio, lt)c. cil. : .1. Ilallei-, II. 111. lis, 113, l.s9: Monuni. Concil., H, 188; L. Paslor, I, 767.

2. Les cardinaux de Rochelailléc v{ (iclla Porta sont cités comme commissaires déléf,'ués par Eiij^cnc IV dans l'airairo Capranica, et les cardinaux Correr, lîranda, Carillo et Conti pour s'expliquer au sujet de la constitution de Martin V (9 août li32:Bii)l \'at.. ms. Capponi 163'. fol. 1 73-101 : Catalano. p. 52). Cl". J. Ilaller, II, 1x2, 189, 191 ; Monum. Concil., II, 234.

Dieu, un concile g-énéral se trouvât assemblé au moment où se produisaient des révélations pareilles ' !

Ainsi, ce qu'Eugène IV appréhendait le [)lus ~, non seulement le concile s'arrogeait le droit de décider si, oui ou non, Gapranica faisait partie du sacré collège, mais il se croyait appelé à examiner niinutieusement les circonstances qui avaient accompagné l'élection de li3l : il s'érigeait en juge de la légitimité du pape !

Les nonces auraient voulu répliquer au concile : on ne le leur permit pas. En revanche, on tint à relire devant eux une lettre adressée par Eugène à l'évêque de Turin pour lui intimer défense de se transporter à Bàle '^ : les pères n'étaient pas fâchés de faire voir qu'ils étaient au courant des agissements de la cour de Rome .

Le lendemain cependant Tarchevèque de Tarente lit encore une fois appel à la conciliation : appel désespéré, car il ne ])ouvait plus croire que le débat portât seulement, comme il disait, sur un sujet de peu d'importance, le choix du lieu de réunion du concile futur. C'est bien inutilement que, en place de Bologne, il proposa de désigner Himini ^, Ferrare ou Mantoue. Les pères ne parurent même pas s'apercevoir de la nouvelle concession qu'il leur faisait ainsi en leur offrant le choix d'une ville située hors des États de l'Église. L'évêque d'Albenga se borna à lui répondre qu'il n'était nul besoin de reparler de changement de lieu. — « Alors, indiquez-nous vous-mêmes un autre terrain de conci- (( liation. — Nous n'avons pas mandat de rechercher la conci- <( liation. Et, ajoutait le même évêque, ne vous figurez point, par « de telles manœuvres, reculer le terme auquel expire votre saufce conduit ! »

J. Moniim. CoHOiL, II, 254, 255.

2. Dès le mois de mars ou d'avril 1432, Sigismond exploitait cette crainte (Deiilsche Reichulagsalilen, X, 431). V. les instructions des nonces, les pièces qui leur furent remises (J. Ilaller, I, 251-253^.

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