Lellrc du Isjanvier ll2i (Moniim. Concil ., I
2. Sur les ouvrajres de ce frère prêcheur et son rolo au concile de Florence, V. Quélif c'IÉcIiard.I. si 2.
:<•. .Icaude Uafc'usc, p. (il, 63. Cf. l'appel de labbc de Faisley Mnnuin. CdiicH., I. 55).
tendances, on s'en souvient, leur inspiraient le plus d'incuiii'tude .
Le 3 janvier, date à laquelle expiraient les pouvoirs du président de cette « nation », celle-ci se trouva envahie par un flot d'ecclésiastiques arrivant de Rome ' ; ils amenaient avec eux, dit-on, leurs familiers, jusqu'à des cuisiniers, jusqu'à des palefreniers : allégation, d'ailleurs, assez peu vraisemblable ; car, si le règlement, très larg-e, de la « nation » admettait à faire partie du concile des curés, des gradués, même de simples clercs, il exigeait qu'ils eussent reçu des ordres et que leur capacité fût reconnue -. Quoi qu'il en soit, les voix se partagèrent également entre le président sortant, Bertrand de Cadoène, évêque de Saint- Flour, zélé réformateur •', et Jean de Fabrègues, évèque de Lescar, un des nouveaux arrivants ''. Le lendemain, second scrutin, mais en deux locaux séparés ; il y eut cette fois, dit-on, sept VOIX de plus pour Cadoène. Fabrègues ne laissa pas de prétendre à la présidence. En présence de ce conflit, les légats proposèrent aux deux partis leur médiation : elle fut déclinée par les amis de Cadoène, qui ne voulaient d'autre juge que le concile lui-même. Sur le refus des légats de convoquer les « nations », les partisans de l'évêque de Saint-Flour firent eux-mêmes leurs invitations et, le dO janvier, devant les pères, exposèrent leurs griefs et leurs vœux. A les entendre, la scission scandaleuse de la (( nation » était l'œuvre de la cour de Rome ; ils demandaient justice, non pas aux légats, mais à des commissaires que nom-
1. Jean Je Raguse désigne, en particiiliei-, le reelcur de lUniversité de Home.
•2. "Cetei-ivero in sacris oi-dinibus couslitufi, moribus et vita idonei. quorum idoncilas nationi discutionda dimitlitur et sacro Concilio utilis esse credetur. admitlaulur. .. {Monnin. Concil., I, 12.j D'après un autre texte, le droit des princes laïques et des clercs dépourvus de prélatures de faire partie du concile aurait etc discuté à Sienne, sans qu'on lut arrive, sur ce point, à aucune décision ferme (Mansi, XXVIII, 1084).
3. Il avait pourtant commencé, au temps de Benoît XIII, par se faire pourvoir d'une abbaye au détriment de l'élu {LaFr. et le Gr. Sch.d'Occid., III, 361).
». Cf. mon Hist. de la Praynialique Saaclioii de Boiintes sous Charles VII p. x.x. ' '
DIVISION SF.MKK PARMI r.KS PKRIÎS ÎO
merait le concile, et qui. en même temps, connaîtraient de certains cas mystérieux, tels ([uo renlèvement de (niillaume Josseaume, demeuré impuni. Quant aux actes des Français groupés autour de Jean de Fabrègues, ils les déclaraient nuls, et saisissaient cette occasii»n de réclamer plus que jamais la réforme, la venuL- du [)ape. collf même de 1 empereur de Conslantinople '.
Cette bruyante manifestation échoua devant Findifférence et la lassitiule g-énérales. Il faut croire que les autres « nations », travaillées ou non par les légats, inclinaient, en réalité, vers la dissolutit)n. Loin d'approuver 1 idée d'une nouvelle démarche pour hâter la venue du pape, elles ne parurent plus songer qu'à leur séparation prochaine. Ce sont les Français eux-mêmes qui le constatent, un des jours suivants : prélats, docteurs, notables clercs partaient les uns après les autres ; nul n'arrivait pour les remplacer -.
Les Français alors, ou du moins ceux qui reconnaissaient pour président Cadoène, prirent le parti de renouveler leur protestation devant les légats (26 janvier). Le concile se mourait, dirent-ils. par la faute des absents, — pape, cardinaux^ prélats, ambassadeurs de princes, représentants d'Universités, — par 1 elfet des désertions, de plus en plus nombreuses, et par la volonté des légats. Quant à eux, ils dégageaient leur responsabilité: ils n'étaient pour rien dans l'abandon de toutes ces grandes (euvres qu'ils avaient indiquées jadis dans leur programme, et en vue desquelles le concile s'était réuni. Ils ajoutaient (ce qui ne pouvait man([uer d'alarmer le saint-siège) ([u'k leurs yeux, la Fiance était rentrée en possession de ses « libertés » du joiuoii. par suite de l'expiration du délai de cinq ans, le concordat de l'ilS avait été périmé; ils arguaient donc de nullité tout acte pontifical portant atteinte à ces franchises et, de plus, protestaient contre toute mesure ([ui ne serait pas conforme à ces
I . .lean do Ila^'iiso, j). 3tî. 37. 39. iO. ■J. Mnniim. Concil.. I, 40.
Le Piijje et le Concile, i
décrets de Constance si mùrcnient délibérés par des hommes d'mie si haute science, d'une si grande autorité ' .
Vaines paroles qui se perdirent dans le tunudle du tlép;ut ! Ces Français réussirent à communiquer le texte de leur protestation aux quelques Allemands et Espagnols qui se réunissaient encore sous les présidences de Hartung von Cappel - et de l'archevêque de Tolède -^ ; mais il leur lut plus difficile de joindre la « nation italienne ». L'évêque de Volterre ^, qu'on trouva chez lui, refusa de recevoir l'acte à titre de président, ayant déjà résigné ses pouvoirs entre les mains des légats ; on dut se contenter de s'adresser aux Italiens qui, le 3 février, furent rencontrés dans la cathédrale : ils ne comptaient parmi eux que deux évêques et un abbé ''.
Il fut, d'ailleurs, impossible aux légats d'identifier tous les auteurs de la protestation. On refusa, et pour cause, de leur livrer les signatures. Tout ce qu'ils purent apprendre, c'est que ce groupe anonyme, et dont l'importance numérique demeure mystérieuse, prétendait, à lui seul, constituer la <( nation fran- « çaise ^ n.
Ainsi la plupart des pères abandonnaient la partie. Il n'en était pas de même des Siennois. On a déjà compris que la republique ne se résignait point à voirie concile lui échapper.
Le 18 janvier, à l'issue d'une grand'messe célébrée à l'intérieur du Palazzo pubblico ', un Conseil du peuple maintint les