CHAPITRE III — LE. PARLEMENTARISME
électoraux. La moralité électorale y perdra encore, s'il lui reste à perdre, — et les élus n'y gagneront rien, au contraire.
A côté du politicien, il y a le journaliste, non moins destructeur de tout ce qui vaut d'être maintenu. Sans doute, dans un ordre de choses normal, le journal sera un des meilleurs moyens de direction spirituelle. Avec le parlementarisme que manie dans les coulisses la ploutocratie anonyme, il n'a d'autres fonctions que d'abrutir et de pourrir. L'imbécillité, la lâcheté et le vice sont ce qu'il y a de plus facile à exploiter. « Si l'on se représente tout un peuple s'occupant de politique depuis le premier jusqu'au dernier, dit Fustel de Coulanges, si l'on calcule le trouble qu'elle apporte dans chaque vie, on ne peut manquer de se dire que cette sorte de maladie est la plus dangereuse et la plus funeste qui puisse s'abattre sur un peuple et qu'en un mot il n'y eut jamais tant de despotisme au monde qui pût faire autant de mal ».
Le parlementarisme a été imaginé pour contenir les prodigalités du pouvoir : il les provoque. Il devait limiter la prépotence gouvernementale, permettre une participation plus effective de tous les citoyens à la vie politique, économique et sociale : en fait, il n'a cessé d'accroître l'accaparement étatique et de décourager ou d'empêcher toute activité spontanée. Il devait favoriser les transactions entre les diverses aspirations, être avant tout conciliateur : il a fondé une tyrannie anonyme, vexatoire, d'une infime minorité de politiciens. Il devait être représen-
tatif, servir les intérêts vitaux du plus grand nombre : il est la chose des avocats, des journalistes et des médecins.
Ce n'est pas un principe vivant, puisqu'il se contredit et épuise, en le détraquant, l'organisme social qu'il pénètre comme un virus.
Citons encore, une dernière fois, M. Aynard :
« Élu par la grâce du pouvoir, le député n'est plus qu'un agent électoral dépourvu de sa liberté politique; chargé de réaliser les promesses sans nombre faites aux électeurs, il change la Chambre en syndicat d'intérêts. Le spolia victoribiis devient la seule sanction et la seule récompense du jeu de bascule politique; et ainsi, le régime parlementaire, régime qui rend un député libre de voter pour ou contre un cabinet responsable, s'annihile de plus en plus ».
Par le gaspillage des surenchères électorales, la curée des partis, l'incompétence de la direction, le parlementarisme ruine la nation. Ne se maintenant que dans le chaos et la langueur civique, il s'oppose à la constitution des libertés positives, à la formation des corps organiques, à toute vie sociale. Les forces d'ordre lui sont ennemies, que ce soient l'Église, Tarmée, la famille ou les associations. Il politicise, il absorbe, il désagrège les activités organisées. Bref, il est corrompu, corrupteur et anarchique. Il dissout et il abêtit, il rançonne et il avilit. Il ne saurait accomplir aucune des fonctions d'autorité : il ne pousse ni ne contient, il ne règle ni ne redresse, il ne fait pas concourir et converger, il ne peut subordonner les intérêts particuliers dont il émane à l'in-