‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 2)Chapitre 1 sur 37 · LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE DE LADRANGE · texte numérisé non relu

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Quai des AugusUns , 19.

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SECOSDE DIVISION.

DIALECTIQUE TRANSCENDENTALE

DE l'apparence TRANSCENDENTALE.

Nous avons appelé plus haut la Dialectique en général une Logique de Vapparence. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit une théorie de la vrcdsemblance, car celle-ci est vérité , mais connue par des principes insuffisants. La vraisemblance estdonc une connaissance défectueuse, il est vrai, mais non pas fausse pour autant, et qui, par conséquent, ne doibj)as être séparée de la partie analytique de la Logique. Le phénomène el Vapparence doivent encore être moins pris pour ii« 1

identiques. Car ni la vérité ni Tapparence ne sont dans l'objet considéré comme perçu, mais dans le. jugement qui a porté sur cet objet, en tant que cet objet est conçu. On peut donc très-bien dire que les sens ne se trompent point, non parce qu'ils jugent toujours juste, mais parce qu'ils ne jugent pas du tout. La vérité et l'erreur, par conséquent aussi l'apparence commeentraînement àl'erreur, ne se trouvent que dans le jugement, c'est-à-dire dans le seul rapport de la chose à notre entendement. Dans une connaissance universellement d'accord avec les lois de l'entendement, il n'y a pas d'erreur. Il n'y en a pas davantage dans une représentation des sens (parcequ'elle ne contient aucun jugement). Mais, comme aucune force de la nature ne peut d'elle-même dévier de ses propres lois, ni l'entendement par lui seul (sans influence d'une autre cause), ni les sens considérés en eux-mêmes ne se trompent: le premier, par la raison que, s'il agit simplement suivant ses lois, l'effet (le jugement) doit nécessairement s'accorder avec elles. Mais la convenance avec les lois de l'entendement constitue le formel de toute vérité. Dans les sens il n'y a point de jugement, ni vrai ni faux. Or, comme nous n'avons d'autres sources de connaissances que ces deux-là, il s'en suit que l'erreur n'arrive que par l'influence non remarquée de la sensibilité sur Tentendement; ce qui a lieu lorsque les principes subjectifs du j ugement se confondent avec les principes objectifs, et

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font dévier ceux-ci de leur destination (i). Il en est ici comme d'un corps qui suivrait toujours la ligne droite s'il était abandonné à une seule impulsion, mais qui décrit une ligne courbe si un autre corps lui imprime une direction différente. Pour distinguer Factionpropre de l'entendement de la force qui se mêle avec elle, il faut donc considérer le jugement erroné comme b diagonale, résultant de deux forces par lesquelles le jugement est déterminé suivant deux directions différentes, qui formentpour ainsi direun angle, et résoudre cet effet composé en simple effet de Tentendément et en simple effet de la sensibilité; ce qui doit se faire par des jugements purs à priori au moyen de la réflexion transcendentale, par laquelle (ainsi qu'on l'a déjà vu) toute représentation a sa place désignée dans la faculté de connaître qui lui correspond, par laquelle, conséquemment, l'influence de la sensibilité sur l'entendement est aussi distinguée.

Notre objet n'est pas ici de traiter de l'apparence empirique (v. g., de l'optique) qui se rencontre dans l'usage empirique des lois, d'ailleurs justes, del'entendement, et par laquelle la faculté de juger est entraînée au moyen de l'influence de l'imagination;

(l}La sensibili lé soumise k rentendement, comme l'objet auquel celui-ci applique sa fonction, est la source des connaissances réelles, allais la même sensibilité, en tant qu'elle influe sur l'action même de l'entendement et le détermine k juger, est la cause de l'erreur.

nous n'avons affaire qu'à cette apparence transcendentalcj qui influe sur des principes dont l'usage ne se rapporte pas même à l'expérience (auquel cas nous aurions au moins une pierre de touche pour éprouver leur valeur), mais qui nous emporte nousmêmes, contre tous les avertissements de la critique, hors de l'usage empirique des catégories, et nous impose par l'illusion de l'extension de V entendement pur. Nous appellerons immanents les principes dont l'application se tient dans les bornes de l'expérience possible, mais nous appellerons principes transcendants ceux qui dépassent ces bornes. Je ne comprends cependant pas parmi ceux-ci l'usage ou plutôt l'abus transcendental des catégories, qui n'est qu'une simple vue du jugement que ne contient pas assez la critique et qui ne fait pas attention aux limites du seul fond qui puisse servir de théâtre à Tentendement; mais j'entends des principes réels , qui nous déterminent à renverser ces bornes, et à nous mettre en possession d'un terrain entièrement nouveau, sans limites. Le transcendental et le transcendant ne sont pas identiques. Les principes de l'entendement pur, que nous avons exposés plus haut, ne doivent recevoir qu'un usage empirique, et non un usage transcendental ou qui dépasse les bornes de Texpérience. Mais un principe qui arrache ces bornes, et ordonne mêmede les franchir^ s'appelle transcendant. Si notre critique peut parvenir à mettre à découvert

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l'apparence de ces prétendus principes, alors ceux du simple usage empirique , par opposition à ces derniers, pourront s'appeler principes immanents de l'entendement pur.

L'apparence logique, qui consiste dans la simple imitation de la forme de la raison (rapparence des faux raisonnements ou paralogismes), résulte du seul défaut d'attention à la règle logique. Aussitôt, par conséquent, que cette règle est appliquée à un pareil cas, alors disparaît l'apparence.

L'apparence transcendentale, au contraire, ne discontinue cependant pas, quoique mise à découvert, et que sa vanité ait été aperçue clairement par le secours de la critique lranscendeDtale(Y. g., l'apparence dans la proposition : Le monde doit avoir un commencement suivant le temps). La cause en est que, dans notre raison (subjectivement considérée comme faculté de la connaissance humaine), sont des règles fondamentales et des maximes de leur usage qui ont tout à fait l'apparence de principes objectifs, d'où il arrive que la . nécessité subjective d'une certaine liaison de nos concepts -en faveur de l'entendement est prise pour une nécessité objective des déterminations des choses en soi. Illusion qu'il n'est pas plus possible d'éviter, qu'il ne l'est que la mer ne paraisse pas plus haute loin des terres, que près du rivage, parce que nous la voyons par des rayons plus élevés; — ou pas plus encore que l'astronome lui-

même ne peut empêcher que la lune ne lui paraisse pas plus grande à son lever, bien qu'il ne soit pas trompé par cette apparence.

La dialectique transcendentale se contente donc de mettre à découvert l'apparence des jugements transcendentauxy et en même temps d'empêcher que cette apparence ne trompe ; mais elle ne pourra jamais faire que cette apparence s'évanouisse et cesse d'être (comme il arrive à l'apparence logique) : car nous avons affaire à une illusion naturelle et inévitable , qui repose même sur des principes subjectifs, et les prend pour des principes objectifs; au lieu que la dialectique logique, dans la solution des paralogismes, n'a affaire qu'à un vice dans la fidélité aux principes, ou à une apparence spécieuse dans l'imitation de cette fidélilé(l).ll y a donc^ une dialectique naturelle et inévitable de la raison pure, non celle, il est vrai, dans laquelle s'embarrasse l'homme, faute de connaissance, le gâtemétier, ou celle qu'un sophiste inventa ingénieusement pour troubler des gens raisonnables, mais celle qui tient nécessairement à la raison humaine, et qui, même après que ses illusions sont signalées, ne cesse cependant de lui faire la guerre, de la précipiter constamment dans des erreurs qu'elle a toujours à dissiper de nouveau.

(1) MU eiTiem Fehler, in Befolgung der Grundsàtze, oder mit einem gekanstelten Scheine,in Nachahmung derselbert^zu thum hat. Les traducteurs latin et italien rapportent le derselbenh. Grundsatze; j*ai cru devoir le rapporter k Befolgung. T.

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