‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 3)Chapitre 1 sur 28 · CRITIQUE Ï-^IV · texte numérisé non relu

CRITIQUE Ï-^IV

IWTBOBVCTIOIV.

8ECOHDE DIVISION.

DIALECTIQUE TRANSCENDENTALE

DE L'AP^JOANCE TftAlCSCENDnrrALe.

Nous avons appelé plus haut la Dialectique eu général une Logique de Vapparence. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit une théorie de la vrauemhlance, car celle-ci est vérité , mais connue par des principes insuffisants. La vraisemblance estdoncune connaissance défectueuse, il est vrai, mais non pas fausse pour autant, et qui, par conséquent, ne doit pas 6tre séparée de la partie analytique de la Logique. Le phénomène et V apparence doivent encore être moins pris pour n. 1

identiques. Car ni la vérité ni Tapparence ne sont dans l'objet considéré comme perçu, mais dans le jugement qui a porté sur cet objet, en tant que cet objet est conçu. On peut donc très-bien dire que les sens ne se trompent point, non parce qu'ils jugent toujours juste, mais parce qu'ils ne jugent pas du tout. La vérité et l'erreur, par conséquent aussi l'apparence commeentraînement àl'erreur, ne se trouvent que dans le j ugement, c'est-à-dire dans le seul rapport de la chose à notre entendement. Dans une connaissance universellement d'accord avec les lois de l'entendement, il n'y a pas d'erreur. Il n'y en a pas davantage dans une représentation des sens (parcequ'elle ne contient aucun jugement). Mais, comme aucune force delà nature ne peut d'elle-même dévier de ses propres lois, ni l'entendement par lui seul (sans influence d'une autre cause), ni les sens considérés en eux-mêmes ne se trompent: le premier, par la raison que , s'il agit simplement suivant ses lois, l'effet (le jugement) doit nécessairement s'accorder avec elles. Mais la convenance avec les lois de l'entendement constitue le formel de toute vérité. Dans les sens il n'y a point de jugement, ni vrai ni faux. Or, comme nous n*avons d'autres sources de connaissances que ces deux-là, il s'en suit que l'erreur n'arrive que par l'influence non remarquée de la sensibilité sur l'entendement; ce qui a lieu lorsque les principes subjectifs du jugement se confondent avec les principes objectifs, et

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font dévier ceux-ci de leur destination (I). Il en est ici comme d'un corps qui suivrait toujours la ligne droite s'il était abandon né à une seule impulsion , mais qui décrit une ligne courbe si un autre corps lui imprime une direction différente. Pour distinguer Taotionpropre de l'entendement de la force qui se mêle avec elle, il faut donc considérer le jugement erroné comme la diagonale, résultant de deux forces par lesquelles le jugement est déterminé suivant deux directions différentes, qui forment pour ainsi dire un angle, et résoudre cet effet composé en simple effet de l'entendement et en simple effet de la sensibilité; ce qui doit se faire par des jugements purs à priori au moyen de la réflexion transcendentale, par laquelle (ainsi qu'on l'a déjà vu) toute représentation a sa place désignée dans la faculté de connaître qui lui correspond, par laquelle, conséquemment, l'influence de la sensibilité sur l'entendement est aussi distinguée.

Notre objet n'est pas ici de traiter de l'apparence empirique (v. g., de l'optique) qui se rencontre dans l'usage empirique des lois, d'ailleurs justes, de l'entendement, et par laquelle la faculté de juger est entraînée au moyen de l'influence de l'imagination;

(1} La sensibilité soumise à l'enteDdement, comme l'objet auquel celui-ci applique sa fonctiou, est la source des couDaissances réelles. Âlais la même sensibilité, en tant qu'elle influe sur Faction même de Tentendement et le détermine à juger, est la cause de l'erreur.

nous n'avons affaire qu'à cette apparence transcen-' detUaldj qui influe sur des principes dont i'nsage ne se rapporte pas même à l'expérience (auquel cas nous aurions au moins une pierre de touche pour éprouver leur valeur), mais qui nous emporte nousmêmes, contre tous les avertissements de la critique, hors de l'usage empirique des catégories, et nous impose par l'illusion de l'extension de Ventendement pur. Nous appellerons immanents les principes dont l'application se tient dans les bornes de l'expérience possible, mais nous appellerons principes transcendants ceux qui dépassent ces bornes. Je ne comprends cependant pas parmi ceux-ci l'usage ou plutôt l'abus transcendental des catégories, qui n'est qu'une simple vue du jugement que ne contient pas assez la critique et qui ne fait pas attention aux limites du seul fond qui puisse servir de théâtre à Tentendement; mais j'entends des principes réels , qui nous délerminent à renverser ces bornes, et à nous mettre en possession d'un terrain entièrement nouveau, sans limites. Le transcendental et le transcendant ne sont pas identiques. Les principes de l'entendement pur, que nous avons exposés plus haut, ne doivent recevoir qu'un usage empirique, et non un usage transcendental ou qui dépasse les bornes de l'expérience. Mais un principe qui arrache ces bornes, et ordonne même de les franchir^ s'appelle transcendant. Si notre critique peut parvenir à mettre à découvert

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Tapparence de ces prétend as principes, alors ceux du simple usage empirique, par opposition à ces der*niers, pourront s^appeler principes immanents de l'entendement pur.

L'apparence logique, qui consiste dans la simple imitation delà forme delà raison (l'apparence des faux raisonnements ou paralogismes), résulte du seul défaut d'attention à la règle logique. Aussitôt, par conséquent, que cette r^Ie est appliquée à un pareil cas, alors disparaît l'apparence.

L'apparence transcendentale, au contraire, nedis* continue cependant pas, quoique mise à découvert, et que sa vanité ait été aperçue clairement par le secours de la critique transcendentale(v. g., l'apparence dans la proposition : Le monde doit avoir un commencement suivant le temps). La cause en est que, dans notre raison (subjectivement considérée comme faculté de la connaissance humaine), sont des règles fondamentales et des maximes^ de leur usage qui ont tout à fait l'apparence de principes objectifs, d'où il arrive que la nécessité subjective d'une certaine liaison de nos concepts en faveur de l'enten* dément est prise pour une nécessité objective des déterminations des choses en soi. Illusion qu'il n'est pas plus possible d'éviter, qu'il ne l'est que la mer ne paraisse pas plus haute loin des terres, que près du rivage, parce que nous la voyons par des rayons plus élevés; — ou pas plus encore que l'astronome lui-

même ne peut empêcher que la lune ne lui paraisse pas plus grande à son lever, bien qu'il ne soit pas trompé par cette apparence.

La dialectique transcendentale se contente donc de mettre & découvert l'apparence des jugements transcendentaux, et en même temps d'empêcher que cette apparence ne trompe ; mais elle ne pourra jamais faire que cette apparence s'évanouisse et cesse d'être (comme il arrive à l'apparence logique) : car fious avons affaire à une illusion naturelle et inévitable^ qui repose même sur des principes subjectifs , et les prend pour des principes objectifs; au lieu que la dialectique logique, danslasolutiondesparaiogismes^n'a affaire qu'à un vice dans la fidélité aux principes, ou à une apparence spécieusedans l'imitation de cette fidélité (i)Jl y a donc] une dialectique naturelle et inévitable de la raison pure, non celle, il est vrai, dans laquelle s'embarrasse l'homme, faute de connaissance, le gâtemétier, ou celle qu'un sophiste inventa ingénieusement pour troubler des gens raisonnables, mais celle qui tient nécessairement à la raison humaine, et qui, même après que ses illusions sont signalées, ne cesse cependant de lui faire la guerre, de la précipiter constamment dans des erreurs qu'elle a toujours à dissiper de nouveau.

(i) MU evnem Fehler, in Sefolgung der GrundscUze, oder mit einem gekûnstelten Scheine^in Nachahmung derselbepy zu thum hat. Les traducteurs lalin et italien rapportent le derselbenk Grundsatze; j'ai cru devoir le rapporter k Befolgung, T.

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DE LA RAISON PURE COMHK SIÈGE DE L* APPARENCE TRAKSCE5DE!fTALE.

De la raison en général.

Toute notre connaissance commence par les sens, d'où elle gagne l'entendement et s'accomplit dans la raison, au delà de laquelle rien de plus élevé ne se trouve en nous pour travailler la matière de Tin* tuition et la réduire à l'unité la plus haute de la pensée. Or, je trouve un certain embarras à donner ici une définition de cette faculté suprême de connaître. Elle a, comme l'entendement, un usage purement formel, c'est-à-dire un usage logique, la raison faisant abstraction de tout contenu de la connaissance; mais elle a aussi un usage réel, puisqu'elle renferme elle-même V origine de certains concepts et de certains principes, qu'elle n'emprunte ni des sens, ni de l'entendement. Depuis longtemps, sans doute, les logiciens ont défini cette première faculté, la faculté de conclure médiatement (à la différence des conclusions immédiates , consequerUiis immediatis). Mais la seconde, qui engendre des concepts par ellemême, n'a pas encore été prise en considération sous ce rapport. Puis donc qu'il se présente ici une division de la raison, en faculté logique et faculté transp cendentale, il faut chercher un concept plus élevé

de cette source de connaissancei et qui renferme ces deux idées. Cependant nous pouvons nous attendre, d'après l'analogie avec les concepts de renlendement, que le concept logique donnera en même temps la clef du concept transcendental, et que la table des fonctions des concepts intellectuels donnera la branche des concepts rationnels.

Nous avons défini l'entendement dans la première partie de notre- logique transcendentale : la faculté des règles. Nous en distinguons ici la raison, en ce que nous l'appelons la facuUè des principes.

L'expression de principe est ambiguë, et ne signifie communémeixt qu'une connaissance dont nous pouvons faire usage comme principe, quoiqu'on ellemême, et quant à sa propre origine, elle ne soit pas un principe. Toute proposition générale, fût^^lle dé- ' rivée de l'expérience (par induction), peut servir de majeure dans un raisonnement, mais elle n'est pas pour cela un principe. Les axiomes mathématiques (v. g., entre deux points il ne peut y avoir qu'une ligne droite), sont des connaissances générales àpriori, et sont appelés, avec raison, des {)rincipes relativement aux cas qui leur sont soumis. Mais je ne puis pas dire pour cela que je connais cette propriété de la ligne droite en général et en soi, par principes; je ne la connais que dans l'intuition pure.

J'appellerai donc connaissance par principes celle qui a lieu quand je connais le particulier dans le gé-

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néral au moyen de concepts. Tout raisonnement est ainsi une manière de dériver une connaissance de quelque principe (i). Car la majeure donne toujours un concept qui fait que tout ce qui est subsumé à sa condition est connu par elle d'après un principe. Or, comme toute connaissance générale peut servir de majeure dans un raisonnement, et que Tenten* dément fournit de ces propositions générales à priori, elles pourront donc être appelées principes par rap* port à leur usage possible.

Mais si nous considérons ces principes de Tentendément pur en soi, quant à leur origine, ils ne sont rien moins que des connaissances résultant de concepts ; car ces connaissances ne seraient pas même possibles à priori, si nous n'y faisions entrer l'intuition pure (dans les mathématiques), ou des conditions d'une expérience possible en général «Le principe : Tout ce qui arrive a une cause, ne peut absolument pas ètra conclu du concept de ce qui arrive en général. Ce principe fait plutôt voir comment il est possible d'acquérir primitivement un concept empirique déterminé de quelque chose qui arrive. Les c onnaissances synthétiques que l'entendement ne peut tirer de concepts, sont ce que j'appelle proprement principes [principes absolus] ; tandis que toutes les

(i) Une forme de la dérivation d'une connaissance d^un principe : eine Form der AhleUung einer Erhenntniss aus einem Princip,

propositions aniverselles, en général, peuvent s'appeler principes comparatifs [ou relatifs].

C'est un vœu bien ancien, et qui s'accomplira peut* être dans je ne sais combien de temps, que celui de pouvoir découvrir enfin, au lieu de l'infinie variété des lois civiles, leurs principes; car en cela est tout le secret de simplifier, comme on dit, la législation. Mais les lois ne sont ici que des restrictions de notre liberté à des conditions sous lesquelles elle est universellement d'accord avec elle-même ; elles ont donc pour objet quelque chose qui est tout à fait notre propre ouvrage et dont nous pouvons nous-mêmes être cause par ces concepts. Mais s'il n'est pas impossible, il est du moins très-étrange de demander comment des objets en soi, et par conséquent la nature deschoses, sont soumis à des principes et doivent être déterminés suivant de simples concepts. Quoi qu'il en soit cependant (car c'est une recherche encore à faire), il est clair au moins que la connaissance par principes (en soi) est tout à fait différente de la simple connaissance intellectuelle, qui peut, à la vérité, précéder les autres connaissances sous la forme d'un principe, mais qui, par elle«méme (en tant qu'elle est synthétique), ne repose pas sur la simple pensée et ne contient point en soi quelque chose de général suivant des concepts.

Si l'entendement peut être une faculté de l'unité des phénomènes par le moyen de règles, la raison

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est alors la fiacalté de l'unité des lois de Tentendement sous dee priocipes. Elle ne concerne donc jamais immédiatement Texpérience ou un objet quelconque, mais Tentendement, pour donner de l'unité à priori par des concepts aux connaissances diverses de l'entendement, unité qu'on peut appeler rationnelle, et qui est d'une tout autre 'espèce que celle qui peut dériver de l'entendement.

Tel est le concept général de la Ceu^ulté-raison, autant qu'il peut s'expliquer sans des exemples (qui ne seront donnés que plus tard).

De Tusage logique de la raison.

On Sait une distinction entre ce qui est connu immédiatement et ce qui n'est connu que par voie de conséquence. Que dans une figure renfermée par trois lignes droites, soient trois angles, c'est immédiatement connu ; mais que ces angles pris ensemble soient égaux à deux angles droits, c'est ce qui n'est connu que par voie de conséquence. Gomme nous avons constamment besoin d'un raisonnement, et qud nous nous y accoutumons enfin, il arrive que nous ne remarquons plus cette différence, et que nous pensons souvent, comme par exemple dans l'illusion dite des sens, que nous apercevons immédiatement ce qui n'est cependant que conclu. Dans tout raisonnement est une proposition fondamentale et une

autre qui s'en foroiei savoir, la conclusion et enfin la conséquence, suivant laquelle la vérité de la seconde proposition est nécessairement liée à la vérité de la première. Si dans celle-ci se trouve déjà le jugement conclu , de manière qu'il puisse être tiré sans l'intervention d'une troisième représentation, la conclusion s'appelle immédiate {consequenlia tmmediatà), que j'aimerais mieux appeler conclusion intellectuelle. Mais si, outre la connaissance posée en principe, il faut encore un autre jugement pour arriver à la conclusion, cette conclusion s'appelle alors raisonnement rationnel. Dans cette proposition : tous les hommes sont mortels^ sont déjà les propositions : quelques hommes sont mortels, — quelques mortels sont hommes, — rien d'immortel n'est homme; et ces propositions sont par conséquent des conclusions immédiates de la première. Au contraire, la proposition : Tous les savants sont mortels, n'est pas dans le jugement susdit (car le concept de savant n'y est pas compris), et il n'en pourra résulter, à moins d'un jugement intermédiaire.

Dans tout raisonnement rationnel ou médiat, je pense d'abord une règle (major) par V entendement. En second lieu, je subsume une connaissance à la condition de la règle (minor) parle moyen du jugement pur. Enfin , je détermine ma connaissance par le prédicat de la règle (conclusio), par conséquent à priori, par la raison. Le rapport que représente la majeure,

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comme la règle entre une connaissance et sa condition, constitue donc différentes espèces de raisonnements, ils sont de trois sortes ni plus ni moins, de même que tous les jugements en général, suivant la manière dont ils expriment le rapport de la connaissance dans l'entendement, savoir : les raisonnements médiats catégoriques, ou hypothétiques, ou disjùnctifs.

Si, comme il arrive le plus souvent, la conclusion est donnée comme un jugement, alors, pour voir si ce jugement ne découle pas de jugements déjà donnés, par lesquels un tout autre objet est encore pensé, je cherche dans Tentendement l'assertion de cette conclusion pour savoir si elle ne s*y trouve pas sous certaines conditions conformément à une règle générale. Or, si je trouve une telle condition, et que l'objet de la conclusion se subsume à la condition donnée, alors cette conclusion résulte de la règle qui vaut aussi pour les autres objets de la cofimaissance. D'où l'on voit que la raison cherche, dans les raisonnements, à ramener la grande variété de la connaissance de l'entendement à un très-petit nombre de principes (conditions générales), et s'efforce par là d'obtenir leur unité la plus élevée.

De Tusage pur de la raison.

Peutr-on isoler la raison^ et| si on le peut> est-elle

encore alors la source particulière d'idées et de jugements qui ne dérivent que d'elle^ et par lesquels elle se rapporte aux objets; ou bien estr-elle seulement une faculté subalterne dont la destination ^oit de donner une certaine forme aux connaissances don nées, forme qu'on appelle logique, et par laquelle les connaissances de l'entendement sont soumises respectivement les unes aux autres et les règles secondaires à d'autres règles supérieures (dont la condition renferme dans sa sphère la condition des précédentes), autant que faire se peut par leur comparaison? Telle est la question dont nous nous occuperons préalablement. Dans le fait, la variété des règles, l'unité des principes, sont deux choses exigées par la raison pour maintenir l'entendement dans un accord universel avec lui-même, de la même manière que l'entendement soumet la variété de rintuitiôn aux concepts, et par ce moyen lui donne de la liaison. Mais un tel principe ne prescrit aucune loi aux objets, et ne renferme pas la raison de la possibilité de les connaître et de les déterminer comme tels en général ; il est simplement une loi subjective pour l'usage économique de l'acquis de notre entendement par la comparaison de ses concepts, une loi tendant'à soumettre l'usage général de ces concepts au plus petit nombre de concepts possible, sans que l'on puisse pour cela demander avec droit, touchant les objets mêmes, un accord qui serve à la commodité

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et à Textension de ootre entendement, et donner à cette maxime une valeur en même tempe objective. En un mot, la question est de savoir : Si la raison en soi y c'est-à-dire la raison pure a priori, contient des principes et des règles synthétiques, et en quoi ces principes peuvent consister?

Le procédé formel et logique de la raison dans le raisonnement médiat nous montre suffisamment sur quel fondement son principe transcendental doit reposer dans la connaissance synthétique par raison pure.

l"* Le raisonnement rationnel [ou médiat, que nous n'appellerons plus désormais que raisonnement] ne considère pas des intuitions pour les sou* mettre à des règles (comme le fait l'entendement pratique avec ses catégories), mais des concepts des jugements. Quoique , par conséquent, la raison pure concerne des objets » elle ne se rapporte point immédiatement à eux ni à leur intuition , mais seulement à Tentendement et à ses jugements, qui s'ap» pliquent immédiatement aux sens et à leur intuition, pour en déterminer l'objet. L'unité rationnelle n'est donc pas l'unité d'une expérience possible; elle en diffère essentiellement comme elle diffère de l'unité de l'entendement. Que tout ce qui arrive ait une cause, ce n'est pas là un principe reconnu et prescrit par la raison. Ce principe rend possible l'unité de l'expérimce, et n'emprunte rien de la raison, qui.

sans ce rapport à Texpérience possible, n'aurait pu, par des concepts seuls , prescrire cette unité synthétique.

2^ La raison cherche dans son usage logique la condition générale de son jugement (de la conclusion), et le raisonnement n'est même autre chose qu'un jugement par le moyen de la subsomption de sa condition à une règle générale (la majeure). Or, comme cette règle est exposée à son tour à cette même recherche de la raison , et que par là la condition de la condition doit (par le moyen d'un prosyllogisme) être cherchée aussi loin que possible , on voit bien alors que le principe propre de la raison en général (dans l'usage logique) est de trouver à la connaissance conditionnée de l'entendement l'absolu, au moyen duquel son unité est accomplie.

Mais cette maxime logique ne peut être un principe de la raison pure qu'auta,nt que l'on admet que si le conditionné est donné, toute la série des conditions subordonnées entre elles , série qui, par conséquent, est elle-même inconditionnée, est aussi donnée (c'est-à-dire comprise dans l'objet et sa liaison).

Mais ce principe de la raison pure est visiblement synthétique; car le conditionné se rapporte analytiquement, il est vrai, aune condition, mais pas àTabsolu.De ce même principe doivent résulter di£Férentes propositions synthétiques à l'égard desquelles l'entendement pur ne sait rien, puisqu'il n'a affaire

qu'aux objets de rexpérience possible , dont la cod-« naissance et la synthèse sont toujours conditionnées. Mais l'absolu , quand il a effectivement lieu, est considéré en particulier d'après toutes les déterminations qui le distinguent du conditionnel et doit par là donner matière à plusieurs propositions synthétiques à priori.

Mais les propositions fondamentales résultant de ce principe suprême de la raison pure seront transcen-dantes par rapport à tous les phénomènes, c'est-àdire qu'aucun usage empirique de ces propositionsprincipes ne pourra jamais lui être adéquat. Il se distingue donc de tous les principes de l'entendement (dont l'usage est absolument immanent, puisqu'ils n'ont pour objet que la possibilité de l'expérience). Or, la dialectique transcendentale a pour objet d'examiner si ce principe, La série des conditions (dans la synthèse des phénomènes , ou même de la pensée des choses en général) s'étend jusqu'à l'absolu, possède ou non une valeur objective, et de faire connaître les conséquences qui en découlent pour Tusage empirique de l'entendement ; ou d'examiner plutôt s'il n'y a aucune proposition rationnelle d'une valeur objective^ s'il n'y a, au contraire, qu'un prescrit purement logique de s'élever toujours à des conditions de plus en plus hautes pour approcher de plus près de l'intégralité , et par là soumettre notre connaissance à la plus haute unité rationnelle à nous n. 2

possible; si ce besoin de la raison est pris par erreur pour un principe transcendental de la raison pure, qui exigerait témérairement une telle plénitude absolue touchant la série des conditions dans les objets mêmes; enfin de voir quels sont, dans ce cas, les malentendus et les illusions qui peuvent se glisser dans les raisonnements après que la majeure en a été prise de la raison pure (ce qui est peut-être plus une pétition qu'un postulat), et qui s'élèvent de Texpérience à sa condition. Telle sera donc notre tâche dans la dialectique transcendentale. Nous développerons cette dialectique dans ses sources profondément cachées au fond de la raison humaine. Nous la partagerons en deux parties principales : dans la première j nous traiterons des concepts transcendentaux de la raison pure; dans la seconde, de ses raisonnements transcendants et dialectiques,

DIALECTIQUE TRANSCENDENTALE

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