‹ La croisade des damesChapitre 12 sur 38 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Guerriers et chevaliers, Rentrons dans nos foyers; Le ciel ramène ses enfants, Couverts de gloire et triomphants !

Après tant de travaux, Allons, dans nos châteaux, Goûter le charme du repos.

Les glaives au fourreau, Les lances en faisceau,

Que le vaillant et fier coursier,

Pour quelque temps, puisse oublier,

Dans l’herbe verte de nos champs, Le bruit des camps.

Guerriers et chevaliers, Rentrons dans nos foyers; Le ciel ramène ses enfants, Couverts de gloire et triomphants!

LE BARON

Chers compagnons, nous voici au terme du voyage. Dès aujourd’hui, vous êtes dégagés de votre serment et libres de voler dans les bras de vos épouses.

HECTOR, froidement.

Oh! pas n’est besoin de voler pour cela! D'ailleurs vous ne trouveriez pas la pie au nid.

LE BARON

Fi! Hector! comparer de respectables dames à des pies! Ah ca! prétendrais-tu que mes nobles amis ne sont pas attendus avec impatience ?

HECTOR

Eh ! pour Dieu, monseigneur, comme vous prenez feu! Je voulais dire seulement que votre château est l’écrin qui renferme toutes ces perles précieuses.

TOUS Nos femmes ici!

| HECTOR

Chut! j'ai surpris un secret.

FRÉDÉRIC

Un secret ?

; HECTOR Il y a une heure que je suis arrivé.

ASTOLPHE

En effet, je t'avais perdu de vue pendant la dernière étape.

HECTOR

J'avais des raisons pour vous précéder.

LE BARON

Mais pourquoi ne pas demeurer près de ton maître, et que viens-tu faire ici ?

Vous rendre un service. Chevaliers, vos femmes ont tramé un complot. |

TOUS Un complot !

HECTOR

Et c’est madame la baronne qui est le chef et l’âme de la conspiration.

LE BARON Ah! vous croyez... qu’elle oserait ?.… HECTOR, confidentiellement.

Elle prétend que vous n’êtes qu’une poule mouillée. LE BARON, furieux,

Hector, fais-moi grâce de ces comparaisons... de basse-cour.

HECTOR

Monseigneur, c’est votre femme ; et pour moi je suis persuadé.

LE BARON Assez! vous dis-je, assez |

HECTOR, à tous.

Enfin ! on veut vous faire jurer de ne plus quitter vos domaines.

ASTOLPHE Jurer !.. Ah! ah! c’est fort plaisant |

HECTOR Vous refuseriez ?

LE BARON

Comment! si nous refuserions ?

ASTOLPHE

Est-ce que tu nous prends pour des niaïis ?

FRÉDÉRIC Des jobards?

LE BARON Pourquoi ne pas nous proposer tout de suite de remplacer notre casque par une cornette?

HECTOR

Eh bien! alors! rassemblez tout votre courage, car Jusqu'à ce que vous ayez fait ce serment, vous n’obtiendrez plus rien de vos femmes.

LE BARON

Comment! Cunégonde refuserait ?

HECTOR Tout | k

LE BARON, consterné.

Diable ! mais alors.

HECTOR Monseigneur, si dans cette circonstance vous ne montrez pas votre fermeté ordinaire.

LE BARON Et qui vous permet de supposer, drôle ?.…

HECTOR

Oh! je ne doute pas de vous; je vous sais incapable de montrer de la faiblesse, mais... vos amis, vos compagnons.… après deux ans de séparation. dame | vous comprenez...

LE BARON En effet |... c'est long.

FRÉDÉRIC

Et si nous cédons aujourd’hui, nous sommes perdus.

ASTOLPHE Une fois, voyez-vous, que la femme se sent maitresse, on ne peut plus rien lui refuser. Elle ordonne, commande à sa guise.

FRÉDÉRIC Tout va de travers, — la cuisine s’en ressent; — Îe rôti est trop froid ou trop cuit. | ASTOLPHE

Ce sont des discussions sans fin...

FRÉDÉRIC Cela vous coupe l'appétit.

HECTOR

Et le pauvre mari, bafoué, berné.…

FRÉDÉRIC Perd l'opulence de ses formes et maigrit à vue d'œil.

HEOTOR A-t-il un désir, cela suffit pour que madame veuille le contraire.

ASTOLPHE S'il dit blanc, elle dit noir.

FRÉDÉRIC

S'il hasarde un timide « oui », elle répond par un « non » énergique.

HECTOR, au baron.

Vous savez cela par expérience.

LE BARON Hein ?

HECTOR

C'est-à-dire vous savez comment il faut s'opposer aux prétentions des femmes.

ASTOLPHE 11 suffit pour cela d’un peu de fermeté.

LE BARON J'en aurai.

FRÉDÉRIC D'un peu d’audace |

LE BARON

Morbleu ! Tu verras!

ASTOLPHE

Les femmes ne sont fortes que de notre faiblesse, et sitôt qu’on leur montre les dents...

Mille millions de Sarrasins ! tu me verras à l’œuvre HECTOR, à part.

Il a mordu.

LE BARON, aux chevaliers.

Mes amis, nous laisserons-nous traiter comme des enfants ?

TOUS Non! non!

ASTOLPHE

Couffrirons-nous qu'on méconnaisse notre autorité et qu'on se moque de nous ?

TOUS Non.

LE BARON

Eh bien! Liguons-nous, à notre tour, contre nos femmes. 3

ASTOLPHE Prenons-les dans leurs propres filets.

FRÉDÉRIC

Qi elles font les prudes et nous recoivent avec froideur…

LE BARON Nous serons de marbre.

TOUS Oui, bataille |

HECTOR Silence |! les voici |!

LE BARON

Sauvons-nous! (Se reprenant.) c’est-à-dire, non! du courage |

HECTOR, au baron.

Ne faiblissez pas.

LE BARON Sois tranquille ! Dieu ! qu’elle est majestueuse !

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