DUETTO
SUZANNE C’est toi.
HECTOR
C’est moi.
ENSEMBLE
C’est toi que j” } Ja C’est moi qui t” | |
Oui c’est pe
à même.
moi-
SUZANNE
Toi de retour auprès de moi.
HECTOR C’est toi, Suzanne ? \ SUZANNE
Hector, c’est toi ?
HECTOR
Plus de chagrins et plus de larmes.
Celui qui t'aime est de retour;
Et je dépose enfin les armes
Pour ne songer qu’à notre amour.
SUZANNE
L'espoir pénètre dans mon sein.
Adieu, souffrance; adieu, tourment; Je sens sa main presser ma main, Et tout s’oublie au même instant.
HECTOR
À toi mon cœur et pour toujours !
Taris les larmes de tes yeux,
Car nous verrons pour nos amours Renaître encor des jours heureux.
SUZANNE
M'aimes-tu toujours autant ?
HECTOR
. Mais sans doute,
Parles-tu bien franchement +
Mais sans doute,
SUZANNE
Et pendant ta longue route N'as-tu pas trahi ta foi, Et n’as-tu pensé qu’à moi ?
HECTOR, hésitant.
Rien qu’à toi.
Suzanne écoute!
(Avec résolution.)
Non, pourtant, J'en fais serment! — A ton tour. — L'on m'aime encor ?
SUZANNE
Mais sans doute.
HECTOR
Suis-je encor ton cher Hector ?
Mais sans doute.
HECTOR
Et pendant ma longue route N’as-tu pas trahi ta foi ?...
Et n’as-tu pensé qu’à moi?
SUZANNE, hésitant.
Rien qu’à toi.
Ah! dame! écoute.
(Avec résolution.)
Non, pourtant, J'en fais serment !
ENSEMBLE
SUZANNE
Malgré ton absence,
Mon cœur est le même.
Reprends confiance,
Je t'aime! Je t'aime!
Ta Suzanne est tout à toi, Je t'en donne ici ma foi; Oui, mon âme t’appartient,
C'est ta chose, c’est ton bien.
A toi mes amours, A toi pour toujours.
HECTOR
Malgré mon absence, Mon cœur est le même.
Reprends confiance, Je t'aime! Je t'aime !
Ton Hector est tout à toi, Je t’en donne ici ma foi; Oui, mon âme t’appartient, C’est ta chose, c’est ton bien.
À toi mes amours, À toi pour toujours,
HECTOR
Oui, Suzanne, c’est moi-même; ton écuyer fidèle, revenu de Palestine, exprès, pour te voir et t’embrasser.
SUZANNE
Mais comment avez-vous pénétré ici, et par où ? HECTOR
Eh ! par là!
SUZANNE
Fripon! Mais, j'y songe... si vous étiez là, vous avez entendu...
Tout!
(Tous deux éclatent de rire.) SUZANNE, gravement.
Ah ça! sire écuyer, savez-vous bien que vous n'êtes qu'un gros indiscret ?
HECTOR
Oh! ne m'en parle pas, c’est indigne! c’est infâme! et je n'aurai la conscience en repos que lorsque tu m'auras pardonné. (Il va pour l’embrasser.)
SUZANNE
Eh bien! par exemple! me faire violer mon serment... vous n’avez donc pas entendu que j'ai juré ?.…
HECTOR
Promesse nulle, et la preuve. (11 l'embrasse.)
SUZANNE
Eh bien! voulez-vous me laisser? '
HECTOR
Puisque ton serment ne s’y oppose pas!
SUZANNE Serpent, va!
Est-ce que le mot d'ordre n’est pas guerre aux maris! Eh bien! tu n’es pas ma femme.
© SUZANNE Au fait, c’est vrai!
HECTOR
Tu vois donc bien... et puisque je ne suis pas ton mari... (11 l'embrasse.)
SUZANNE C’est juste.
HECTOR
Que je ne le fus jamais. (11 l'embrasse.) Et que je ne le serai...
SUZANNE Hein?
HECTOR, se reprenant.
Que plus tard... je ne le serai que plus tard, Suzanne!
SUZANNE
À la bonne heure! (Il veut l’embrasser.) Non, non, en voilà assez. |
HECTOR C’est pour regagner le temps perdu.
Ou pour ne pas en perdre l'habitude... Oh l'un homme qui revient du pays des Infidèles, c'est bien suspect. mais, du moins, vous n’y retournerez plus.
HECTOR
Dame! cela dépend un péu de toi, et si tu veux me seconder dans certaine entreprise. mais, dis-moi d’abord pourquoi tu as monté la tête à ces pauvres femmes.
SUZANNE
Eh! le sais-je? pour m'occuper, me distraire. Ah! mon cher Hector, depuis deux ans, quelle existencel ce n'est plus un château, c'est un couvent. Plus de secrets à surprendre, plus de messages amoureux, pas la plus petite intrigue. C’est à en périr d'ennui, je sens que je me rouille, et si je ne me refais pas un peu la main.
HECTOR
Rassure-toil Et d’abord, apprends que je viens ici en ambassadeur, muni de pleins pouvoirs : voici mes lettres de crédit. (Il tire un parchemin de son pourpoint.)
SUZANNE
Un ambassadeur qui entre par la fenêtre, c’est original du moins.
Et utile, comme tu vois. Si j'étais venu solennellement, par la porte d'honneur, je n'aurais pas appris ce que je sais.
SUZANNE
C'est juste.
HECTOR
Écoute-moi. Depuis notre départ, mon pauvre maître n’a fait que soupirer et-se lamenter.
SUZANNE
Cela se comprend; un mari honoraire, qui ne connaît sa femme que de vue.
HECTOR
Lorsqu'il y a trois ans il épousa ta jeune maîtresse, il fut expressément convenu que le mariage ne s’accom-
plirait que le jour où la comtesse Hélène aurait atteint sa dix-huitième année.
SUZANNE
Pauvre garcon, encore six mois de pénitence
HECTOR
Qu'il veut supprimer à tout prix. Le baron est dans nos intérêts, mais il n’a d'autre volonté que celle de sa femme...
SUZANNE Qui, grâce à moi, sera maintenant plus intraitable que jamais.
HECTOR Si nous laissons le petit complot de tout à l’heure se développer tranquillement, sans nous en mêler, à la première escarmouche, le baron sera désarconné et se rendra. Alors, on s’embrassera, la bataille sera finie et
là baronne aura établi son autorité conjugale par une victoire de plus. À
SUZANNE C’est clair.