‹ La croix de Malte drame en trois actesChapitre 14 sur 52 · LA CHOIX DE MALTE · texte numérisé non relu

LA CHOIX DE MALTE

ALTAVILLA , A pin. -49

Le bravo!., c'est mon démon familier qui me l’envoie...

PANDOLFO

Saint-Janvier étouffe toute rctte famille d'Ayamontc... depuis l'oncle, qni est gouverneur, jusqu'au neveu qui va épouser sa tille.

ALTAVILLA, A part.

Que dit-il ?.. (Haut et s'approchant.) A qni en as-tu donc, maître Pandolfo ?.. que t’ont fait ces gens-là ?..

PANDOLFO

Ce qn'i s m'ont fait ? vous allez en jnger.

Vous savez ce qui est arrivé ce matin?.. Si jamais afTaire a tld rentrer dans mes attributions, à moi, redresseur public des torts, et soutien patenté de l'opprimé, ce fut celle-là !.. Eh bien !.. le Gouverneur a fait chercher son neveu, et, connaissant sa force à l'épée, l’a envoyé, sans pudeur, défier son ennemi que ce maudit neveu a tué ignoblement en duel... Vous comprendrez facilement. Monseigneur, qu'il ne fautirait pas plus d'un gaillard comme celui-là dans chaque famille pour que je perdisse toute ma clientelle... et, s’il vous plaît, j'ai une femme et quatre enfans, et je n'ai pas tle quoi payer le baptême du dernier.

ALTAVILLA , avec Inlvrêt.

Continue...

PANDOLFO

Enfin... j’avais tout oublié !.. Je savais don Luis d'Avamonte duelliste, et je lui pardonnais ce vice odieux en faveur tic son extrême jeunesse, mais, tout-à coup, j'apprends qu'il se marie... Je me dis alors qu'il va se ranger... il épouse sa cousine, la plus jolie femme de Païenne... Les adorateurs ne manqueront pas autour d'elle, quand ce ne serait qu’à titre de représailles contre la vie de garçon de don Luis... Je suis venu lui offrir mes services, et, vu le besoin fréquent qu'il en aurait, je voulais même lui faire une remise sur la quantité et m'arranger avec lui au mois... Eh bien ! pas du tout! je viens de lui parler à l'instant ; il m'a envoyé à tous les diables; il veut continuer à faire scs affaires lui-même, et sa femme, eût-elle trente amans de suite, il aime mieux les tuer tous l'un après l'autre ou par eux être tué, que de laisser paisiblement gagner sa vie au pauvre monde. Oit! ce n'est pas vous. Monseigneur, qui commettriez ces infâmes lésiueries... vous à qui les saints préceptes de votre ortlrc défendent le duel, et qui êtes le protecteur né de la veuve, de l’orphelin... et du bravo...

ALTAVILLA

Oh ! c'est inexcusable !..

PANDOLFO

Il n’y a pins d’eau à boire dans l'état ; aussi, voyez-vous, je prendrai un parti désespéré... je quitterai Païenne pour Naples. .

ALTAVILLA

Mais puisque la famille d’Ayamonte.va s'embarquer pour Naples... tu y trouveras toujours la même concurrence.

PANDOLFO

Oh ! si je vais à Naples, je changerai d'état... j'ai un oncle dans la police du Saint-Office, un*®*

digne homme , dont les cheveux ont blanch 1 dans l'espionnage. Mais je ne voudrais pas attendre pour me venger de don Luis.

Oh ! tu voudrais te venger...

PANDOLFO

Si quelqu’un avait besoin de se défaire de don Luis, j'aurais tant de joie à le servir, que je lui passerais cela pour un morceau de pain ; je ne sais même pas si je résisterai long-temps à la démangeaison que j’ai de le tuer... pour mon plaisir... oui... pour mon plaisir, comme si j'étais un gentilhomme... Je me permettrai peutêtre ce luxe-là.

ALTAVILLA

Et qu’est-ce qui te retient alors? on peut bien, quand on n'a qu'une fantaisie dans sa vie...

PANDOLFO

Oh ! vous savez, il y a un principe de l’état, un statut de la profession... Nous ne tuons pas gratis... nous y mettrions du nAtre... et puis, ensuite, j'ai une femme et quatre enfans... je n'ai pas le temps de m'amuser à la bagatelle. U faut que j'aille chercher quelque occasion lucrative.

ALTAVILLA

Comment ! ta famille est dans le besoin, et tu ne t'adresses pas à tes amis ?.. Je t'aurais prété quelque argent.

PANDOI.FO.

Comment ! vous daigneriez... J’avais bien envie de vous demander... quelques avances... et vous venez vous mérae... Ah ! Monseigneurtout ee qui pourra vous êlre agréable!.. Tenez, je crois que si vous en vouliez a l'archevêque de Palcrmc lui-même...

Moi! Du tout, mon ami... si je l'oblige de cet argent, c’est uniquement pour te donner la liberté d’esprit de faire tes affaires, de suivre les fantaisies... Fais comme pour loi, mon ami, faistoi un instant gentilhomme, et considère cet argent comme reçu pour le motif qui te plaira le plus.

PANDOLFO

Je comprends... Vous aurez donc la charité de m'avancer une poignée de ducals?

(Il lui tend la main.)

ALTAVILLA

Silence! on vient de ce côté... Je ne me trompe pas... c'est doua Juana, et Léon qui la suit... Qu'est-cc que cela veut dire? oh! je le saurai... Viens! viens!..

PANDOLFO

Mais, Monseigneur, ce que vous m’avez promis...

ALTAVILLA

Reviens ici dans une heure, et peut-être je te prêterai le double. Niais, à présent, sortons !

(Il t'ciuratne par la porte secrète.)

PANDOLFO

Comme il parait occupé de la Scnora... Ah!

je commence à comprendre... mais, chut !.. ce n'est pas mou métier. (11 torL)

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