SCÈNE VI
don i.éon.
Le chevalier Altavilla , mon parrain , ne m’a rien laissé ignorer à cet égard.
LE PRIEl'R.
Ainsi, vous savez que le chevalier tic Malte est le défenseur de l'église , le champion des femmes, veuves et orphelins... (Il prend une épée nue.) Vous ne tirerez cette épée ni pour vous ni poor personne au monde que de l’ordre de vos chefs et pour la défense de la Foi... En mettant la pointe de ce glaive sur votre cœur, je vous montre que vous donnez votre âme à Dieu et votre corps aux dangers pour son service. Vous renoncez à tous les biens de la terre, vous abandonnez les vôtres... la religion ne vous offre en échange que pain et eau que voici , simple vêlement que voilà , travail et peines qui augmenteront de jour en jour. Persistez-vous ?
DON LÉON
Je persiste.
LE PRIEUR
Dès cette heure , abjurez votre liberté tout entière devant vos supérieurs, quels qu'ils soient... s’ils l'ordonnent, vous jeûnerez quand vous aurez faim , vous veillerez quanti vous aurez sommeil , vous fuirez quand vous voudrez combattre, et pour vous annoncer les humiliations que vous souffrirez sans murmnre et sans vengeance , devant si noble compagnie , je vous jette mon gant au visage. (Il lui jette sou gant) Don Léon de Cabrera, persistez- vous? don LÉON , apres un silence.
Je persiste.
LE PRIEUR
Y a-t-il une femme au monde à laquelle vous soyez uni en mariage , ou à qui vous ayez promis votre foi?
don Léon.
Non.
LE PRIEUR
En est-il une que vous aimiez encore ?
don LÉON , après un Instant de silence.
Non.
LE PRIEUR, prenant la robe de réception.
Ce vêtement est le simulacre de relui que
chc en signe de pureté... vous devez la porter ostensiblement en tous lieux et ne la quilter jamais... ce vêtement doit être votre linceul... Don Léon de Cabrera , il en est temps encore , n’avez-xous pas un regret... n'aurez-vous pas uu reifîords... Lite dernière fois, persistez-vons ? don Léon.
Plus que jamais , je persiste.
LE PRIEUR
Selon l’usage, nous allons prier Dieu pour qu’il vous éclaire... priez-lc avec ferveur, don Léon , car ce moment est le dernier de votre liberté.
( lis sc mettent tous a genoux et prient A voix basse;
au même Instant, PaudoUo paraît sous le costume
d'un servant et va droit U Altavtlta. )
ALTAVILLA , de même.
Eh bien? as-tu prévenu don Luis?
PANUOLFO, de même.
Mon coup tic miséricorde , juste le temps de f demander pardon à Dieu.
\u U CROIX DE MALTE.
altavilla , de même. c’est votre tour d’être envoyé en mission...
dans celte salle , j’y sois de ! vous aller me suit re à l’instant, attendre les dé- ’ 1 ni'rhcs que je vais vous donner , et partirimmé-
diatcmcnl après les avoir reçues.
Ce soir,
veille toute la nuit, tous seront retirés dans leurs cellules, je te prêterai le surplus de l’argcnt. pandolfo , de même.
Ce soir?., mais je ne puis rester ici sans risquer d’ùtre reconnu... comment ferai-je pour rentrer?
altavilla, de même.
Prends celte clé... c’est celle de la petite porte du côté de l’hôpital.
PANDOLFO, de mime.
Bien, (Il sort. )
altavilla, à part.
Elle est veuve , mais don I.éon.
(Tout te inonde se lève. )
DON LÉON
Je suis prêt à prononcer mes vœux.
ALTAVILLA, A part.
Enfin!
(Il se hâte de faire apporter l'Évangile; fait mettre don Léou à genoux , la main étendue sur l’Évangile.)
LC prieur, A part.
Il le faut! û mou Dieu! donnez-moi la force d'aUer jusqu'au bout.
DON LÉON , prononçant le serment.
Moi , don Léon de Cabrera , jure et promets au Tout-Puissant, à monseigneur saint Jean- Iiaptiste, notre patron, moyennant sa grâce, de garder vraie obéissance à celui qui me sera commandé par Dieu et ma religion , de vivre sans biens qui m’appartiennent, et observer mes trois vœux, ainsi qu’il convient a tout vrai chevalier de Halle.
LÉ prieur, s'avance tandis que don Léon est toujours a genoux ; il te frappe trots fols du plat de l'épée.
Je vous fais chevalier au nom du Tout-Puissant, de monseigneur saint Jcan-Ilaptiste, notre patron, et de monseigneur saint (icorges, vigilant et pacifique en Plionueur de la chevalerie. ( Il le relève et lut ceint l’épée. On revêt don Léon de b robe oti est brodée ta croix; le Prieur lui met une corde au cou.) Je vous mets cette croix au cOté gauche , près du cœur . pour que son amour seul le fasse battre désormais, et je vous laisse la main droite libre pour la défendre... je vous lie an cou ec cordon en signe de servitude. Chevalier dou Léon de Cabrera, vous avez dit adieu à toutes les passions, à toutes les fragilités de l'humanité... Une barrière étemelle est entre vous et le monde... vous pouvez la franrhir comme un combattant, comme un voyageur, mais pour revenir dans nos cloîtres; votre patrie est entre ces murs, votre tombe au-dessous, votre avenir au-dessus; vous ii’étes plus un homme, vous êtes un soldat de Dieu !.. (Il tombe atTaibli sur son trône; les chevaliers entourent don Léon et tnt donnent l'accolade. )
ALTAVILLA
Mais. Monseigneur, oubliez-vous que je suis de veille ce soir dans cette salle?
LE PRIEUR
Je vous en dispense.
ALTAVILLA . à part.
El Pandolfo qui doit venir ce soir pour chercher... Oh ! après tout, il n’y perd qu’une banqueroute, et sa complicité me répond du silence... (HauL) Et où m’envoie le révérend Prieur?
LE PRIEUR
A Rome.
ALTAVILLA, i part.
On y va et on en revient par Naples, et Juana qui va habiter cette capitale.. .(Au Prieur.) Monseigneur, je suis prêt à vous obéir... je vais tout préparer pour mou départ... et vous retrouver immédiatement. (11 sort.)
ALTAVILLA , S part.
Et de deux ! mais au lieu de coûter de Pargeut, r;\-i en rapporte.
, l: PntEcn , descendant de son trône, à part. Oui, c’est cela!., je fus autrefois son ami... 1 Prendra pitié de mes remords... il comprendra "■es inquiétudes,