‹ La croix de Marie opéra comique en trois actes parole de mm. Lockroy et DenneryChapitre 42 sur 60 · SCENE T · texte numérisé non relu

SCENE T

MARIE, LE MARQUIS, JEAN, KÉROUAN. jean, à Kérouan.

Venez, entrez, on vous attend. J'avais prévenu monsieur le marquis que quelqu'un voulait lui parler de moi.

KÉROUAN

Cest vrai, monseigneur. Vous me trouvez peut-être bien hardi, mais quand j'ai su que celte lettre vous était adressée, j’ai voulu dire du voyage, et, quoiqu'on nous ait dit plusieurs fois h votre hôtel que l'on ne pourrait vous voir aujourd'hui, je m’y suis obstiné et n’en aurais pas démordu pour un beau diable. D'abord on n’est pas Breton pour rien ; et puis il y avait en moi quelque chose de particulier qui me poussait toujours b revenir... comme une inspiration; mais vrai! ma foit elle était bonne... quoique je vous dérange peut-être un peu, attendu que vous étiez en compagnie.

marie, à part.

Je me meurs.

KÉROUAN

Or donc, monsieur le marquis, Jean vous a conté que je lui ai quasi promis votre protection auprès do son amiral qui est votre oncle? Ça a dft vous paraître drôle b la première vue, mais vous en serez peut-être moins surpris quand nous aurons jasé un pou ensemble. Voilà l’afTairo : il y a de ça...

JEAN

Avant tout, Kérouan, je crois que monsieur le marquis voulait vous parler...

LE MARQUIS, «femcilf.

De vous.

JEAN

De... votre famille.

KÉROUAN

De moi ?... ma foi l ce que j’ai h vous en dire ne vous prendra pas grand temps. Je suis tout bonnement un pêcheur de la côlo ; un homme qui ne connaît rien que son étal. Je vis dû produit

de mes filets, comme je peux, pas mal; je ne mo suis jamais plaint à personne. Pour ce qui est do ma famille, ça ne sera pas long non plus, attendu qu’elle se compose d'une fille.

JBAN.

Oui: monsieur le marquis le sait... (s* reprenant) je le lui ai dit.

KÊRO'JAN.

Ehbien! alors, vous connaissez la maison comme si vous y étiez venu, monseigneur. Nous y sommes deux dans la semaine, quand je suis b terre; et puis encore deux le dimanche. Seulement, ce jour-la, comme de juste, on quitte la quenouille ot les filets ; Pété pour aller causer, rire, danser quelquefois... non pis moi, bien entendu, mais elle; l'hiver, pour s'attabler près <1 un bon feu d’ajoncs, devant lequel, parex«*mplo, je tiens bien ma place, pendant que la petite, aussi éveillée quo le grillon de Pâtre, chante en narguant la bise qui grelolto dehors. Et comme ça de jour en jour et do semaine en semaine, on attrape la Saint- Sylveatrc, pour recommencer ensuite sans ennui, sans murmure et surtout sans chagrin.

marie, o part, en pteurani.

üh ! qu’est devenu ce temps-là!

KEROUAN.

Mais ce n’est pas do cela qu’il s’agit, n’esl-co pas?... je disais donc... *

JEAN

Kérouan...

le marquis, rwemenf.

Vous disiez...

RÉROUAN.

C’était il y a quatre ans, pas plus : par un beau soleil d’ioût. La rade de Lorient laissait voir du goulet deux longues files do navires qui se balançaient sur leurs ancres. De beaux vaisseaux, ma foi 1 tout hérissés de ranons, lout pavoises, tout dorés à l’arrière. L’escadre (ourmillail de visiteurs. Tout à coup, dans ce pêle-mêle, en montant, en descendant, je ne sais trop, une jeune fille... elles sont si étourdies 1 Ccst ce quo je ne ccj-so do dire à la mienne... Une jeune fille, une demoiselle, chancelle, perd l’équilibre, et ma foi ! la voilà h l’eau. Par bonheur pour elle, le hasard voulut qu’un homme, un marin do lacéte, l'aperçût de sa barque au moment où elle disparaissait. Il s’élance, il plonge, il cherche, il plonge de nouveau... enfin il la ramène a ses parents évanouie, mais vivant encore. Là-dessus, notre homme s’esquive, comme do raison, attendu qu’il n’avait besoin ni de remerclmenls, ni de. récompense pour avoir fait sou devoir. Mais voilà que quelques années apres, il se trouve que son action peut être utile b quelqu'un. Il so ravise alors, il s’imagine qu’il no sera pas indiscret en venant la rappeler à ceux qu’elle intéresse et qui peuvent le servir dans cette affaire. Là-dessus, il se met en roule et il vient à vous, monsieur le marquis, vous dire : en retour du service quo je vous ai rendu, rendez-m’en un autre; car ce marin c’était moi ; cette jeu no fille c’était mademoiselle de Leven-Mahé, aujourd'hui votre femme.

maris et jean, à part.

Sa femme t

RÉRCUaN.

Votre propre femme que j'ai eu le bonheur. (F oyanl r effet produit par set paroles.) Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce que j’ai pu dire... est-ce qu'il no fallait pas...

marie, qui s’est levée et est restée un moment immobile, tremblante et le visage égaré.

Marié... ah! {Elle tort précipitamment par la porte çui est auprès d'elle.) — Commencement de la musique du finale.

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