LE CHEVALIER, LE BAILLY, KÉROUAN, JEAN, MARIE
Paysans, Paysannes, jeunes Filles.
FINALE
La musique du cortège , qui d’abord s'est fait entendre au loin, se rapproche sensiblement. Le cortège débouche par le chemin du village et défile lentement en se dirigeant vers les ruines. Il se compose de paysans bretons, hommes et femmes, vêtus du costume de leurs divers cantons, et portant les bannières de leurs paroisses. Après cellesci vient la bannière de Kermo, soigneusement ornée et escortée par les gens du village. A la fin du cortège, et marchant deux à deux, s’avancent les jeunes filles qui doivent passer la nuit dans la chapelle. Elles sont uniformément velues et enveloppées de leurs longues coiffes. Le Bailly et quelques notables ferment cette marche processionnelle dans laquelle tout le monde est silencieux, et qu’accompagnent les musettes du village,
le chevalier,' pendant que les jeunes filles défilent, cherchant à reconnaître Marie parmi elles.
Elle y est encore.
marie, s’arrêtant au moment où elle passe devant son père.
Mon père... vous ne m’embrassez pas?
KÉROUAN
De tout mon cœur, mon enfant!... mais va, va bien vite.
( Marie rejoint ses compagnes qui sont déjà dans V ancienne enceinte de la chapelle. Tout le monde s'agenouille pendant quelques secondes , puis, sur un signe du Bailly , le cortège se retire de droite et de gauche, comme il est entré et en silence.) le chevalier, au Bailly , pendant que la foule s'écoule lentement.
Dites-moi, bailly, après avoir passé la nuit là dans cette chapelle, elles entrent demain en retraite au couvent?
LE BAILLY
Oui, monseigneur.
LE CHEVALIER
Et elles y restent neuf jours enfermées, en prières, sans communication avec le dehors ?
LE BAILLY
Oui, monseigneur.
LE CHEVALIER
Et on peut les y voir entrer, de façon à s’assurer par soimême...
LE BAILLY
Oui, monseigneur, mais ça n’a rien de curieux.
Je vous demande pardon,., c’est très-carieux pour moi. J’y serai demain matin. (Il sort. — La foule s'est écoulée. Les jeunes filles sont restées à genoux. Elles se lèvent au moment où la scène reste vide. Neuf heures sonnent à la cloche du village. Elles se groupent dans les ruines. La nuit devient obscure.)
marie, seule, sur V avant-sccne .
J’ai peur... Ma mère, votre cœur était plus tranquille lorsqu’agenouillée dans ces ruines, vous avez, dit-on, reçu ce divin baiser dont nous ne sommes plus dignes aujourd’hui et qui vous a donné le pouvoir de me secourir, si jamais un danger me menaçait... Les voilà qui peu à peu s’endorment de ce sommeil mystérieux, profond, dont parle la légende... et je pourrai revenir avant qu’aucune d’elles... Ce sommeil... mpn Dieu, je sens moi-même... oh! je neveux pas dormir... il va m’attendre... et je dois... je ne veux pas dormir... je ne le veux pas! (Elle tombe endormie sur le banc de pierre qui est placé au pied de la croix, au premier plan à gauche. Au même instant, et du fond, près des ruines, se dresse l'ombre de sa mère. Elle avance lentement, fixe