ACTE II , SCENE V. U
LE MARQUIS
Je m’y trouverai heureux puisque je pourrai vous y voir quelquefois... toujours, peut-être.
MARIE
Toujours?... mais je ne saurais y rester ? y rester à quel titre? auprès de qui? je ne connais pas les personnes qui l’habitent.
Ici, Marie... ici, vous êtes... chez moi.
marie, reculant avec effroi.
Chez vous ?
LE MARQUIS
Oui.
MARIE
Chez vous?... Ce proscrit que je consentais à suivre dans l’exil était donc riche?
LE MARQUIS
Oui.
MARIE
Et... noble, peut-être?
LB MARQUIS
Oui.
marie, près de la table à droite.
Noble?... riche ?... Ah ! que vous me rendez tremblante et combien h présent...
LE CHEVALIER
Que faites-vous ?
MARIE
Rien : je détache de mon col cette croix de ma mère que je n’ose plus garder. (Elle la pose sur la table.) C’est un mari que j’ai cru suivre, et ce n’est peut-être pas votre femme que vous avez emmenée.
MARIE
Oh! répondez!
LE MARQUIS
Oui, je vous ai caché qui j’étais : oui, j’ai en l’orgueil|d’être aimé pour moi-même. Mais, ce rang que le sort m’a fait, ces biens qu’il m’a donnés, avenir, grandeur, richesses, je mets tout à vos pieds.
MARIE
Que dites-vous?
LE MARQUIS
Tous ces biens en échange de votre amour ! Ah ! si le hasard
vous les eût accordés et qu’il m’eût jeté sur votre route, pauvre, obscur, ignoré, vos regards à vous se seraient donc détournés do celui... qui vous eût aimée alors comme il vous aime aujourd’hui ? Eh bien, je me suis dit tout bas avec bonheur : ce qu’elle eût fait pour moi, je le ferai pour elle. Elle m’a aimé pauvre, elle me retrouvera riche. Ces voluptés du luxe, ces enivrements des plaisirs, elle les connaîtra un jour, tout à coup, comme un présent do ma tendresse, comme une surprise, comme un rêve.
Oh! ne m’éveillez pas!... Mon Dieul mon Dieu! que vos paroles me font de bien !