MARIE, LE MARQUIS, JEAN, KÉROUAN
jean, à Kérouan.
Venez, entrez, on vous attend. J’avais prévenu monsieur le marquis que quelqu’un voulait lui parler de moi.
KÉROUAN
C’est vrai, monseigneur. Vou9 me trouvez peut-être bien hardi, mais quand j’ai su que cette lettre vous était adressée, j’ai voulu être du voyage, et, quoiqu’on nous ait dit plusieurs |ois à votre hôtel que l’on ne pourrait vous voir aujourd’hui, je m’y suis obstiné et n’en aurais pas démordu pour un beau diable. D’abord on n’est pas Breton pour rien ; et puis il y avait
quelque chose de particulier qui me poussait toujours à .... comme une inspiration; mais vrai! ma foi! elle était .,e... quoique je vous dérange peut-être un peu, attendu que ous étiez en compagnie.
marie, à part.
Je me meurs.
Or donc, monsieur le marquis, Jean vous a conté que je lai ai quasi promis votre protection auprès de son amiral qui est votre oncle? Ça a dû vous paraître drôle à la première vue, mais vous en serez peut-être moins surpris quand nous aurons jasé un peu ensemble. Voilà l’affaire : il y a de ça...
JEAN
Avant tout, Kérouan, je crois que monsieur le marquis vou lait vous parler... '
jlb marquis, vivement.
De vous.
JB AN.
De... votre famille.
KÉROUAN
De moi?... ma foi ! ce que j’ai ^vous en dire ne vous prendra pas grand temps. Je suis tout bonnement un pêcheur de la côte; un homme qui ne connaît rien que son état. Je vis du produit de mes filets, comme je peux, pas mal ; je ne me suis jamais plaint à personne. Pour ce qui est de ma famille, ça ne sera pas long non plus, attendu qu’elle se compose d’une fille.
JEAN
Oui: monsieur le marquis le sait... (se reprenant) je le lui ai dit.
KÉROUAN
Ehbien! alors, vous connaissez la maison comme si vous y étiez venu, monseigneur. Nous y sommes deux dans la semaine, quand je suis à terre; et puis encore deux ledimanche. Seulement, ce jour-là, comme de juste, on quitte la quenouille et les filets ; l’été pour aller causer, rire, danser quelquefois... non pas moi, bien entendu, mais elle ; l’hiver, pour s’attabler près d’un bon feu d’ajoncs, devant lequel, par exemple, je tiens bien ma place, pendant que la petite, aussi éveillée que le grillon de l’âtre, chante en narguant la bise qui grelotte dehors. Et comme ça de jour en jour et de semaine en semaine, on attrape la Saint- Sylvestre, pour recommencer ensuite sans ennui, sans murmure et surtout sans chagrin.
marie, à part, en pleurant.
Oh ! qu’est devenu ce tcmps-là !