‹ La croyance générale et constante de l'Église touchant l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge MarieChapitre 1 sur 279 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le livre que nous publions n’est point un ouvrage de controverse, une dissertation polémique : c’est une simple exposition des titres de la croyance de l'Eglise catholique touchant l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Il ne s’agit point ici de réfuter l’erreur des Rationalistes et des Protestants qui, en niant le dogme du péché originel, nient par là même l’insigne prérogative qui distingue la Mère de Dieu des autres enfants d’Adam ; ni de répondre directement aux calomnies de ceux-ci, qui, pour se justifier du juste reproche d’avoir innové en matière de religion, accusent injustement l’Église d’innover elle-même, lorsqu’elle explique et développe son symbole en formulant, par un décret dogmatique et solennel, la croyance générale et constante du monde catholique, et qu'elle met cette croyance en évidence aux yeux de tous les fidèles. Il n’entre point non plus dans notre plan de montrer tout ce qu’il y a de mauvaise foi dans certains écrivains, que la définition solennelle de l’immaculée Conception de la Vierge Marie fatigue et déconcerte, surtout parce que c’est un acte qui fait ressortir la puissance suprême du Pontife Romain. Pour tromper plus facilement leurs lecteurs, dont la plupart connaissent à peine les premiers éléments de la doctrine chrétienne, ils se donnent hypo-

crilement pour Catholiques, et cherchent, sous les nomsde tolérance, de conciliation, de charité même, à introduire l’anarchie dans l’Église par une fusion aussi impie qu’absurde de tous les cultes; ce qui conduirait droit à l’anéantissement du Christianisme, dont le caractère distinctif est l’unité dans le pouvoir, l’unité dans la foi, l'unité dans le culte : Unus Dominas, una (ides, u nam Baptismum (l).

Cependant, tout lecteur qui désire sincèrement de connaître l’importante question qui nous occupe, admirera les Lettres Apostoliques de l’Immortel Pie IX, qui résument si bien la croyance générale et perpétuelle de l’Église; qui s’accordent si parfaitement avec les sentiments des peuples chrétiens de l’Orient et de l’Occident, avec les convictions de toutes les Églises du monde. Il verra comment cette croyance, qui remonte aux Apôtres, s’est progressivement développée par les écrits des Pères et des Docteurs de l’antiquité, par les anciennes liturgies et le culte public dont elle est devenue l’objet, par les décrets des Conciles et les statuts des plus célèbres Universités, par les actes de l’Épiscopat cl principalementpar les Constitutions des Souverains Pontifes. Les Papes n’ont jamais approuvé l’opinion contraire; ils ne l’ont tolérée que pendant un certain temps dans les discussions de l’École, sans lui permettre de se produire au dehors ou d’entrer dans l’enseignement du peuple fidèle ; tandis qu’ils ont constamment approuvé, favorisé, encouragé et propagé la doctrine qui professait publiquement la Conception sans tache. Il reconnaîtra qu’en proclamant solennellement, le 8 décembre 1854, le privilège qui a pré-

(4) Sainl Paul, Épli,, c. IV. 5 *

servé de toulé souillure originelle la plus pure et la plus sainte de toutes les créatures, la sainte Église Romaine, toujours conséquente, toujours d'accord avec elle-même, n’a fait que ce qu’elle a fait de tout temps pour d’autres vérités, sans jamais ajouter un iota à la loi ou aux divines traditions dont le dépôt lui a été confié par Jésus- Christ.

Mais, suivant l’ordre de la divine Providence, chaque chose a son temps. Or, c’est au Saint-Siège, qui est le centre de l’unité de l’Église, c’est au Pape à juger de l’opportunité d’une manifestation plus ou moins explicite, d’un enseignement plus ou moins solennel d’une vérité qui, quoique généralement reçue dans le monde chrétien, n’a pas encore été définie comme article de foi. Soit qu’il approuve et confirme par un acte de son autorité les définitions d’un Concile, qui ne peut, fût-il général, ériger une croyance quelconque en dogme de foi sans le concours et la sanction du Pape, qui en est le chef; soit que, sansrecourirà une assemblée conciliaire, il définisse et décrète celte même croyance sous peine d’anathème, en la proclamant du haut delà Chaire Apostolique comme devant être crue d’une foi divine, tout chrétien est tenu d’adhérer aussitôt de cœur et d’esprit à celle définition dogmatique, sous peine d’être rebelle au Vicaire de Jésus-Christ, rebelle h Jésus-Christ lui-même, rebelle 5 Dieu.

C’est ainsi qu’on l'a toujours compris dans l’Église; c’est ainsi que, animé du même esprit que ses Prédécesseurs sur le Siège de Rome, notre Saint Père le Pape Pic IX l’a entendu dans son mémorable Décret sur 1 Immaculée Conception. 11 avait consulté, il est vrai, le Sacré Collège et les Évêques de la Chrétienté, mais il s’était réservé de

juger lui-même, et sur la vérité de la Conception sans tache de Marie, et sur l'opportunité d’une définition solennelle, et sur la teneur et la forme du Décret. En demandant aux Cardinaux et aux Évêques leur avis, il a fait un acte de celle haute sagesse qui dislingue le Siège Apostolique; en décrétant et en proclamant le dogme de l’immaculée Conceplion de la bienheureuse Vierge Marie, il a fait un acte de l’autorité suprême qu’il lient de Dieu.

Voici comment il s'exprime : « Par l’autorité deNotre- « Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre « et Paul, et la Nôtre, nous déclarons, nous prononçons « et définissons que la doctrine qui lient que la Bienheu- « reuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa contt ccplion, a été, par une grâce et un privilège spécial de « Dieu lout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, « Sauveur du genre humain, préservée et exempte de « toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et « que par conséquent elle doit être crue fermement et in- « violablcmenl par tous les fidèles. C’esl pourquoi, si « quelqu’un avait la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, « de penser contrairement à Notre définition, qu’il ap- « prenne cl qu’il sache que, condamné par son propre « jugement, il aurait souffert naufrage dans la foi et « cessé d’être dans l’unité de l’Église; et que, de plus, il « encourt par le fait même les peines de droit, s’il ose « exprimer ce qu’il pense de vive voix ou par écrit, ou « de toute autre manière extérieure que ce soit (I). »

Certainement, les Évêques sont juges de la foi, mais

(1) Voyez A( Pt.KDiiE I

leur jugement est subordonné à celui du Vicaire de Jésus-Christ, du Successeur de Pierre, qui a reçu de Noire- Seigneur l’ordre de paître les agneaux cl les brebis, les petits et les mères, les Pasteurs eux-mêmes, et d'affermir ses frères. Il doit toujflhrs y avoir un Pierre dans I Église pour confirmer ses frères dans la foi ; c’est le moyen de conserver l’unité de sentiments que le Sauveur du monde désirait avant toutes choses, et celle autorité est d’autant plus nécessaire pour les Évêques, dit Bossuet, que leur foi est moins affermie que celle des Apôtres (1). En faisant de saint Pierre le fondement de son Église, Jésus- Christ lui a promis que les portes de l’enfer ne prévaudraient point contre elle, promesse divine qui nous offre la plus grande garantie de l’orthodoxie des enseignements de saint Pierre et de ses successeurs. Le Pape ne peut enseigner à tous les fidèles une erreur contre la foi sans que l’erreur ne prévale contre le fondement de l'Église elle-même. « Il est plus clair que le jour, dit Fénelon, « que le Saint-Siège ne serait point le fondement éternel, « le chef et le centre de la Communion catholique, s’il « pouvait définir quelque chose d’hérétique dans ce qu’il « ordonne à toute l'Église de croire (1). »

C’est bien là le sens de la profession de foi dictée aux Orientaux par le Pape Hormisdas, et approuvée «le toute l’Égl ise catholique : « On ne peut, porte-t-elle, déroger « à la parole de Noire-Seigneur Jésus Christ, qui a dit : « Tu es Pierre, et sur celle pierre je bâtirai mon Eglise. « La vérité de celte parole est prouvée par le fait même; « car la Religion a toujours été conservée pure et sans

(1) Méditations sur l'Évangile.

(2) Instruction Pastorale pour l'acceptatiou de la Bulle Uiiigmilui.

« tache dans le Siège Apostolique. C’est pourquoi, sui- « vant en tout le Siège Apostolique, et souscrivant à tous « scs décrets, j'espcre mériter toujours de demeurer dans « une même communion avec vous, qui est celle du Siège « Apostolique, dans lequel réside l’cnlièrc et vraie soli- « dité de la Religion chrétienne ; promettant de ne point « nommer dans les sacrés mystères ceux qui se sont sé- « parés de la communion de l’Église Catholique, c’cst-à- « dire qui nont pas eu tous les memes sentiments que le « Siège Apostolique (1). » Un Évêque ne peut promettre de suivre l’erreur en quoi que ce soit; il ne peut donc souscrire à toits les décrets du Siège Apostolique, qu’autant que tous ces décrets sont infailliblement conformes à la doctrine de Jésus-Christ.

Le clergé de France, considéré dans l’ensemble de son histoire, n’a pas eu d’autres principes. L’Assemblée du Clergé, qui se tinta Melun en 1579, « propose à tous les « fidèles, pour règle de leur croyance, ce que croit et « professe la Sainte Église de Rome, qui est la Maî- « tresse, la colonne et l’appui de la vérité; parce que, « ajoute celte Assemblée, toute autre Eglise doit s’accor- « der avec celle-là à cause de sa principauté. »

Une autre Assemblée du Clergé de France, de 1625, s’exprimait dans le même sens. Ecrivant aux Archevêques et Évêques du royaume : « Les Évêques, dit-elle, seront « exhortés à honorer le Siège Apostolique et l’Église Ro- « maine, fondée sur la promesse infaillible de Dieu, sur « le sang des Apôtres et des martyrs, la mère des Églises, « et laquelle, pour parler avec saint Athanase, est comme

(1) Labbc. Ion). IV, col. 1480.

« la Tête sacrée par laquelle les autres Églises, qui ne sont « que ses membres, se relèvent, se maintiennent et se « conservent. Ils respecteront aussi Notre Saint-Père le « Pape, chef visible de l’Église Universelle, Vicaire de « Dieu en terre, Évêque des Évêques et Patriarches, au- « quel l’Apostolat et l’Épisccpat ont eu commencement, « et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Église, en lui « baillant (donnant) les clefs du Ciel avec i infaillibilité de « la foi, que l’on a vue miraculeusement demeurer im- « muable dans ses successeurs jusqu’aujourd’hui. »

Nous trouvons les mêmes sentiments dans la lettre que trente et un Évêques français écrivaient au Pape Innocent X en 1653 sur la condamnation des cinq propositions de Jansénius. Voici ce qu’ils disaient : « Dès les « premiers temps, l’Église Catholique, appuyée sur la « communion et l’autorité seule de Pierre, souscrivit, « sans hésitation et sans délai aucun, à la condamnation « de l’hérésie Pélagienne, prononcée par Innocent dans « son décret adressé aux Évêques d’Afrique, et suivie « d’une lettre du Pape Zozime adressée à tous les Évê- « ques de l’univers. Elle savait, non-seulement par la « promesse de Notre-Seigneur Jésus-Christ faite à Pierre, « mais encore par les actes des anciens Pontifes, et par « les anathèmes dont le Pape Damase avait frappé Apolli- « naire et Macédonius, avant qu’aucun Concile oecumé- « nique les eût condamnés ; elle savait que les jugements « portés par les Souverains Pontifes en réponse aux con- « sultations des Évêques, pour établir une règle de foi , « jouissent également (soit que les Évêques aient cru de- « voir exprimer leur sentiment dans leur consultation, <« soit qu’ils aient omis de le faire) d’une divine et su-

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« prèinc autorité dans l’Église Universelle, autoritélmlas « quelle tous les chrétien* sont obligés «le soumettre leur « esprit même. »

Qu’on n’objecte pas le quatrième article de I Assemblée du Clergé de France, de l'an 1 082 ; celte déclaration, qui a été cassée, annulée par le Siège Apostolique, est plutôt un acte de la Cour de Louis XIV que de l’Épisotfpîrt français. Les trente-quatre Évêques qui la composaient ne représentaient pas même, comme on Fa prétendu, Y Église Gallicane , d’ailleurs incompétente, n’avanl reçu aucun mandat de leurs collègues pour fixer les limites de la puissance de l’Eglise Romaine, la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, la Mère et la Maîtresse par conséquent de Y Eglise Gallicane. Us ne s’étaient point réunis au nom de Jésus-Christ, ou de son représentant, mais an nom du Roi, ayant été convoqués par le Roi, présidés en quelque sorte par le Roi, et congédiés par le Roi. Aussi, depuis cette déclaration comme auparavant, les Évêques de France ont montré, généralement, le pins grand respect pour les actes et décrets émanés de la Chaire Apostolique. L’histoire nous en offre un exemple frappant au sujet de la Constitution civile du Clergé de l'an 1790. Les Prélats députés à l’Assemblée Natiohale dénoncèrent cette Constitution h Pie VI, ajoutant que les fidèles attendaient une décision du Souverain Pontife, comme le témoignage vénérable de la foi de toutes les Eglises ; et, le Pape ayant condamné la susdite Constitution par un Bref du 1 5 avril 1 791 , tous les Evêques de France, à l’exception de quatre, souscrivirent à celle condamnation et confessèrent la foi.

Les Évêques de notre temps n ont pas d’autres senli-

ments; on peut en juger, lanl par les lettres qu’ils ont écrites aux Papes Grégoire XVI et Pie IX sur l'immaculée Conception de la Vierge Marie, que par les Lettres Pastorales qu’ils ont publiées sur la même question. En 1845, cinquante et un Prélats français, savoir : les Archevêques et Évêques des provinces d’Alby, d’Aucb, d’Avignon, de Cambrai, de Besançon, de Bordeaux, de Bourges, de Lyon, de Reims et de Sens, priant le Souverain Pontife de définir dogmatiquement la Conception sans tache de la Mère de Dieu, ajoutaient que tous les catholiques applaudiraient à celle définition en s’écriant: Pierre a parlé par Grégoire, Pctrus per Greyorium locutus est. Ils faisaient allusion à ce qui s’est passé au Concile de Chalcédoine, lorsque, à la lecture de la Lettre du Pape Saint Léon à Flavien, les Évêques s’écrièrent d’une voix unanime : « Telle est la foi de nos pères, la foi des «< Apêlres ; c’est ainsi que nous croyons, c’est ainsi que « croient tous les orthodoxes. » Anathème à celui qui ne croit pas de même ! Pierre a parlé par Léon, Petrut per Leànem battus est (i). Ce qui a fait dire à M. Darcimoles, Archevêque d’Aix : « Pierre a parlé par Pie IX, et la a croyance à l’immaculée Conception de la Bienheureuse « Vierge Marie est devenue un dogme do Foi (2) ».

Le Cardinal deBonald, Archevêque de Lyon, regarde le Saint-Siège comme l 'oracle de l’Eglise Universelle, le gardien suprême des Traditions Apostoliques. M. Depéry, Évêque de Gap, l’appelle l’oracle de la vérité; M. Gros, Évêque de Versailles, le principe de la saine doctrine; M. Parisis, Évêque de La ngres, vénère le Pape comme le

(1) Labbc, tom. IV, col. 5138

{2} Mandement du 8 mars 1855.

Pasteur suprême de tous, même des Pasteurs. Suivant le Cardinal Giraud, mort Archevêque de Cambrai, MM. de Jerplianion, Archevêque d’Alby; Casanclli, Évêque d'Ajaccio ; Miolan, alors Évêque d’Amiens et aujourd’hui Archevêque de Toulouse; Des Essarls, mort Évêque de Blois; Baissas, Évêque de Limoges; Villecourt, Évêque de la Rochelle ; de Cbamon, mort Évêque de Saint-Claude; M. Desprez, Évêque de Saint-Denis (Réunion) ; de Garsignics, Évêque deSoissons, les decrets dogmatiques du Saint-Siège sont irréfragables, irréformables, définitifs, la vraie règle, règle invariable de notre foi. M. Robin, Évêque de Bayeux ; M. Gignoux, Évêque de Beauvais ; M. de Bruillard, ancien Évêque de Grenoble; M. Allou, Évêquede Meaux, écrivaient : Que Rome parle, et la cause sera finie. Le Cardinal Du Pont, Archevêque de Bourges; le Cardinal d’Astros, Archevêque de Toulouse; le Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux ; M. de la Croix, Archevêque d’Auch;M. Lanneluc, Évêque d’Airc; M. Forcade, Évêque de la Basse-Terre ( Guadeloupe ); M. Rivet, Évêquede Dijon; M. Wicart, Évêque de Fréjus; M. Baillés, Évêque de Luçon ; M. de Mazenod, Évêque de Marseille ; M. Dufêtre, Évêque de Nevers ; M. Georges, Évêque de Périgueux ; M. Gerbet, Évêque de Perpignan ; M. Croisier, mort Évêque de Rodez ; M. Mabile, successeur de M. de Chamon sur le siège de Saint-Claude ; M. Caverot, Évêque de Saint-Diez ; M. Berteaud, Évêque de Tulle; M. Chaterousse, Évêque deValence; M. Guibert, Évêque de Viviers, tous ces Prélats nous parlent de la Chaire Apostolique comme d’une chaire infaillible, de l’autorité du successeur de Saint Pierre, Prince des Apôtres, comme d’une autorité qui ne peut se tromper dans ses jugements so-

lenneis en matière »le dogme. C’est aussi la croyance de H. Sibour, Archevêque de Paris. Après avoir exposé à Sa Sainteté ses doutes sur la question d’une définition dogmatique de l’immaculée Conception de la Vierge Marie, il termine sa lettre du 26 juillet 1850 par cette déclaration : Nous nous soumettons ici, comme en toutes choses, au jugement infaillible du Vicaire de Jésus-Christ. Le Concile de la Province de Reims, de l’an 1849, et celui de la Province de Lyon, de l’an 1850, proclament la Chaire de Pierre, le Siège Apostolique comme le fondement de la vraie foi, comme la colonne et le fondement de la vérité.

Sans être aussi exprès, les autres Evêques français, quel que fût leur sentiment sur la teneur et la forme du décret, qu’ils désiraient presque tous, s’en rapportaient absolument à la sagesse et à l’autorité du Saint- Père, sans faire dépendre aucunement leur adhésion au jugement futur du Souverain Pontife, du jugement de leurs collègues dans l’Épiscopat: un seul, M. Olivier, mort Évêque d'Évreux, a déclaré se soumettre au jugement du Saint-Siège et de la majorité des Évêques (1). Aussi à peine avaient-ils reçu les Lettres Apostoliques du 8 décembre 1854, que les Évêques de France se sont empressés de les publier dans leurs diocèses. Aucun n’a eu la pensée de consulter ses vénérables frères, pour s’assurer si le chef de l’Église n’a point dépassé l’étendue de ses pouvoirs, soit pour le fond, soit pour la forme «le son jugement ou de son décret dogmatique. Avant de présenter aux fidèles ce décret comme règle infaillible de notre foi, est-il venu à l'esprit d’un seul d’entre

(1) Voyex Kvaicx.

eux d’écrire aux Évêques de la chrétienté dispersés dans tout l’univers pour s'informer si la majorité était pour ou contre cette définition solennelle, telle qu’elle a été formulée et proclamée par le Vicaire de Jésus-Christ? Non ; ils savent comme les autres Évêques du monde catholique, que c’est à Pierre que le Divin Sauveur a conlié le soin de confirmer ses frères dans la foi ; ils savent que c’est au Pape à parler, et aux Évêques à obéir aux Constitutions Apostoliques : Tuum est decernere, disait au Pape le Cardinal Du Pont, uostrum apostolicis Constilutionibus vitro parère ( 1). Ils savent comme les Pères du second Concile œcuménique de Lyon , que la Sainte Église Romaine possède la suprême et pleine primauté et principauté sur l'Église Universelle, que c’est par son jugement que doivent être définies les questions qui s’élèvent sur la foi, et que ses prérogatives, qui ne peuvent être violées dans un Concile Général, n’ont pu l' être encore moins dans une Assemblée d’Évêques aux ordres même d'un grand monarque (2).

Ainsi, malgré certains préjugés du pays qui n’ont guère eu d'autre effet que de mettre les Églises de

[\) Voyc* Bourges. — M. Robin, Évêque de Baveux, s’exprime comme le Cardinal Du Pont : Yenerande Pater, vttlri tel loqui, met autem audire. — Voyez Batedx.

(2 Ipsa quoque Romana Erclesia summum cl plénum primatum et prindpatum super Pmversam Kcclcsi mi Catholicam oblinct ; quem se ab ipso Domino in Beato Petro Aposlolorum Principe sivc verlice, cujus Romanus Ponlifcx est «ucc essor, cum potcslatis pleniludinc récépissé vtracilcr et humiliter recognoscil. Kl sicut præ cscleris tenetur lidei veritatem defendere : sic et si quæ de ûde subortæ fucrint quæslioncs, suo debent judicio defini ri... Ad liane autem sic potestatis plenitudo consislit, quod Kcdcs ns rideras ad solliciludinis parlem adinitlit, quarum multas pilriarcliales prætipuc diversis privilegiis cadem Romana Erclesia honoravit, tua tamen obtervata prærogatica , tum in generalibut conciliit, tum in aliquibut uhis talva... I.adüe, loin, XI, col. DGti.

Xltl —

France en dehors du droit commun sur plusieurs points de la discipline Ecclésiastique, et qui, grAcc à Dieu, s'affaiblissent de plus en plus parmi nous, l’Épiscopat français est parfaitement d'accord avec l'Épiscopat des autres parties du monde catholique sur l'autorité du Chef suprême de l'Église. Tous les Évêques, de quelque nation qu’ils soient, qu’ils aient écrit ou non en réponse à l’Encyclique datée de Gaëtc le 2 février 1849, ont adhéré d’avance sans restriction, sans réserve aucune, au Décret qui serait porté par le Souverain Pontife sur l'immaculée Conception de la Sainte Vierge Marie. C’est pourquoi, de tous les Évêques, au nombre de plus de mille, qui sont en communion avec la Sainte Église Romaine, on n’en connaît pas un seul qui ait fait la moindre réclamation, qui ait manifesté le moindre doute au sujet de la Bulle Ineffabilis Deus, de Pie IX, sur la Conception sans tache de la Mère de Dieu.

On peut d'ailleurs juger des sentiments des Évêques sur ce point par la correspondance de l’Épiscopat catholique, qui a été imprimée à Rome avec l'agrément de Sa Sainteté, sous le titre : Pareri dell’ Epiuopalo catlolico, di capiloli, di congregazioni, di universilà, etc. Sulla depnizione dogmalica dcl Immacolato concepimenlo délia B. V. Maria, etc. Roma, coi tipi delta civita catlolica : — 10 vol. in-8\ La seconde partie de l’ouvrage que nous livrons au public se compose principalement dn résumé des Lettres contenues dans ce recueil.

Nous avons jugé à propos d'ajouter à ces Lettres plusieurs documents qui intéressent plus particulièrement les Églises de Fiance et d’Allemagne. Nous les avons puisés les uns dans les actes de quelques Conciles et Sy-

nodes diocésains, les autres dans les livres liturgiques. Missels, Bréviaires et Rituels à l’usage des diocèses.

Si nous citons des Liturgies particulières, ce n’est pas que nous leur donnions plus d’autoritc qu’elles n’en ont. À moins qu’une Liturgie n’ait été approuvée par le Saint-Siège, elle ne peut avoir d’autre autorité que celle de son auteur et de ceux qui l’ont adoptée. Ni ses nouvelles préfaces, ni ses nouvelles hymnes, ni ses nouvelles leçons tirées de tel ou tel auteur ecclésiastique, ni les nouvelles applications qu’on y fait des Écritures, même en les citant textuellement d’après la Vulgate, ne peuvent nous être données comme étant l'expression de la pensée de l’Église. Et c’est un des graves inconvénients des Liturgies qui se sont introduites en France, principalement dans le dix-huitième et au commencement du dix-neuvième siècle. Nous ne voudrions pas non plus qu’on crût que nous les regardions comme légitimes ou canoniques: aux termesdes ConstitulionsApostoliques de saint Pie V, et des Décrets de la Sacrée Congrégation des Rites, elles sont manifestement irrégulières et contraires au droit liturgique. Le Saint-Père, il est vrai, les tolère, mais on sait qu’il souffre en les tolérant ; il est patient, parce qu’il compte sur l'avenir. Si donc nous les invoquons dans cet ouvrage en faveur de l’immaculée Conception, ce n’est que pour prouver la croyance de telle ou telle Église touchant celle insigne prérogative de la Mère de Dieu.

Nous avons rédigé notre travail en français, parce que nous écrivons principalement pour les fidèles même laïques de notre pays : ce qui fera comprendre facilement aussi pourquoi nous insistons plus sur la croyance

des Églises de France que sur la croyance des autres Églises de la Chrétienté, tant pour ce qui regarde l'immaculée Conception de la Vierge Marie, que pour ce qui concerne l’autorité du Souverain Pontife, qui a proclamé cette croyance comme dogme de foi, au nom du Bienheureux Pierre, le Prince des Apôtres, au nom de Jésus-Christ, dont il est le représentant sur la terre.

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