CCXXIV. — DIJON (FRANCE
M. Rivet, Évêque de Dijon, est du nombre des cinquante et un Prélats français qui écrivirent a Grégoire XVJ. en 1845, pour le prier de définir, comme article de foi, la croyance, généralement reçue dans l'Église, touchant l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Ces Evêques ajoutaient que, le Pape s’étant prononcé, tous s’écrieraient : Pierre a parlé par Grégoire : Petrus per Gregorium locutus est (5).
Aussitôt que l’Encyclique du 2 février 1849 eut paru, il s’empressa de l’adresser au clergé et au peuple fidèle de son diocèse et d’indiquer des prières publiques pour demander à Dieu d’éclairer le Saint-Père et ses conseils sur ce qu’il conviendrait de faire pour la plus grande glorification de la Vierge Marie et l’édification des chrétiens. Il répondit un peu plus tard aux Lettres Apostoliques, assurant Sa Sainteté que le
(!) Voyez Baltimore.
(2) Voyez Avicnon.— (S) Voyez Aiuus.
clergé et le peuple de son diocèse croyaient sincèrement à l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, et exprimant ses propres sentiments, soit en faveur de ce glorieux privilège, soit en vue d’une définition dogmatique de la part du Saint- Siège.
Plusieurs années auparavant, il avait sollicité et obtenu la faculté d'ajouter le mot lmmaculata dans la Préface de la Messe de Conceptione, et d'insérer dans les Litanies de la Sainte Vierge l'Invocation : Reine conçue sans lâche, priez pour nous.
En 1851, il prit part au Concile provincial de Lyon, dont les Pères ont demandé avec instance, au nom du clergé et des lidèles confiés à leurs soins, que le Pontife suprême voulût bien définir l’immaculée Conception de la Vierge Marie, Mère de Dieu il).
Nous retrouvons les sentiments de M. Itivet dans son Mandement pour la publication des Lettres Apostoliques du 8 décembre 1854; voici comment il s’exprime : « 11 nous est enfin donné. N T. C. F., de vous notifier le décret Apostolique proclamant la croyance de l’Eglise sur l'immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Votre piété, depuis longtemps préoccupée de celle définition dogmatique, l'attendait avec la sainte impatience qui faisait dire a saint Bernard, ce grand dévot à la Sainte Vierge : De Maria nunquam salis, jamais on ne pourra louer assez Marie ! Il nous tardait autant qu’à vous d’entendre celte grande voix de l’Eglise, déclarant irréfragable notre pieuse croyance au glorieux privilège de l’Auguste Mère du divin Sauveur, et consacrant pour toujours, par un décret solennel, comme objet de foi divine, celte conviction que nous ont léguée nos pères : M n ie a été conçue sans la tache du péché originel.
« Ah! sans doute, il n’était pas besoin de ce décret pour que nous reconnaissions en Marie cette complète exemption de la souillure commune à tous les enfants d'Adam. Notre
(I) Voyci I.T03.
raison nous dit assez que Dieu, la destinant à devenir le temple, le tabernacle, la Mère du Saint des Saints, a dû, puisqu'il le pouvait, l’exempter de celte tache dont son origine devait la marquer comme lille d’Èveet d’Adam pécheurs. Ce n’était point assez pour nous de la croire purifiée comme Jérémie et Jean -Baptiste, ces deux prophètes et précurseurs du Messie. Appelée a de plus hautes, à de plus saintes destinées, une exemption plus parfaite nous semblait nécessitée par sa future dignité de Mère du Sauveur et par la divinité de Jésus- Christ, cet adorable fils de sa Virginité. Notre raison, aussi bien que notre foi, se révolte a la seule pensée que celte chair dont doit se former un jour le corps du Divin Rédempteur ait jamais pu être souillée par l’affreuse contagion du péché. Oui, elle a dû toujours être pure, et, dès le premier moment de sa formation, digne des regards et des complaisances de Dieu.
«Marie, Immaculée dansson corps, l’a élédavantageencore, s’il est possible, dans son âme, où l'image et la ressemblance du suprême Créateur n’a jamais dû être altérée par le souffle impur du démon. Voila ce que nous croyons, ce que nous avons toujours cru, ce qu’il nous serait impossible de ne pas croire.
« Pourquoi donc ce décret du Souverain Pasteur de l’Église? Nous le comprendrons si nous comprenons le triomphal hosanna qui retentit dans le ciel, et cet admirable élan des Esprits bienheureux chantant devant la face du Seigneur le trisagion que l’Eglise de la terre aime tant à répéter : Sanctus, Sanctus, Sanctus. Celte acclamation de l’armée céleste n'ajoute rien à la sainteté, à la gloire, à la puissance de Dieu, assurément; mais elle fait le bonheur de ces sublimes créatures qui la redisent dans le ciel, et elle soutient notre cœur dans les fatigues et les ennuis de notre pèlerinage ici-bas. C'est un besoin pour les Anges, c’est un bonheur pour nous de faire monter vers Dieu cet hommage de notre foi et de notre amour. C’était également un besoin pour la piété des enfants de Dieu, des chrétiens rachetés par le sang de Jésus-
Christ, des serviteurs de Marie; c’était un besoiu de l'Eglise universelle de manifester ce que la raison et la foi nous ont appris h croire de la glorieuse prérogative de Marie.
«Le Concile d’Éphèse, en mettant hors de doute sa maternité divine, a préparé le décret de Pie IX, et la joie, la sainte allégresse, les pieux transports dont nous sommes en celte circonstance les heureux témoins, ne sont qu’un écho fidèle de la joie, de l’allégresse et des transports de nos aïeux dans la foi à Jésus-Christ et dans l’amour pour sa Sainte Mère.
«Il n’y a rien de nouveau en cela dans l’Église. Nous ne pouvons rien ajouter aux faveurs dont la Très-Sainte Trinité a comblé Marie; mais nous proclamons, nous affirmons quelle est pleine de grâce, gratin plena ; qu’elle est toute belle, totn pulrhra; qu’aucune tache n’a jamais souillé ni son âme ni son corps, macula non est in te,' que la Mère a été rendue, autant que possible, digne de sou Divin Fils ; en un mot, que. seule entre toutes les créatures , elle est Immaculée.
«Mais que fais je? Le Pasteur des pasteurs a parlé du haut de la Chaire infaillible. J’aurais dû me borner h vous faire entendre sa parole, pour moi comme pour vous la règle de la foi et des mœurs. Je le voulais ainsi ; mais j’ai cédé, sans m’en apercevoir, à ce que ce beau sujet m’inspirait. Je me tais pour écouter avec vous le Vicaire de Jésus-Christ, notre Chef et notre Père. Nos cœurs sont à l’unisson du sien, notre croyance est la sienne, et, après avoir écouté avec un religieux respect Pierre nous parlant par son 258' successeur, nous redirons plus que jamais, pleins d’amour et de foi ; Mario a été conçue sans la tache du péché originel ! ! ! O Vierge Immaculée ! priez pour nous qui célébrons vos grandeurs et avons recours a vous. »