‹ La Cuisinière mariée, folie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 25 · LA CUISINIERE M MUÉE · texte numérisé non relu

LA CUISINIERE M MUÉE

pendant huit jours et huit nuits... ça commençait déjà à ne pas mettre notre ragoût en bonne odeur auprès des Brivois... Burin, le huitième jour, un dimanche, jour de foire et de revue, nous livrons aux autorités gaillardoises la place parfaitement bitumée. Il faisait un soleil des plus dardants; la garde nationale, bravant les feux de cet astre, se range de front sur notre asphalte, on exécute l'exercice du fusil. . . très-bien. . . ou passe à la charge en douze temps... parfait !. . . il ne restait plus qu’à défiler devant le drapeau. Le colonel commande: « Par file à gauche... arche!...»

Rien! personne ne bouge ! cet officier su|>érietir, étonné, récidive son ordre... « Pasaccéléré... arche!...» Rien!... immobiles... On voyait bien des genoux qui cherchaient à aller; mais les pieds! bernique, collés... enracinés comme une allée de peupliers... Notre farceur de bitume, échauffé par un astre du jour beaucoup trop crâne, s'était permis de retenir la milice gaillardoise par la plante des pieds. 11 fallut toutes les pioches du pays pour déraciner la revue. .. qui sans ce secours serait restée là pendant plusieurs années... Tucoinprends qu'après cette aventure fantastique, notre système de pavagefut pour jamais foulé .lux pieds par les Brivois-les-Gallardoîs. . . .

Il fut question de nous assommer... Mon entrepreneur partit le soir même pour'Carpentras, avec d'intention d’y renouveler des essais... et moi je viens à Paris auprès d'une épouse adorée. . . bien décidé à y couler mes jours et à lie plus couler aucune espèce de i bitume.

VICTOIRE. Rester ici.!... mais tu n’y penses j |»s!

RiBERLOT. Au contraire... j’y ai beaucoup • pensé: l’état de fondeur de trottoir m’embête horriblement. . . je ne peux pas mordre à la chose... son odeur me fait éternuer... et loin de toi. Victoire, l'amour et la jalousie m’inspirent les idées les plus capitales.,. Victoire, je suis jaloux comme un dromadaire africain... jr suis jaloux de ton fruitier, de ton Charbonnier... et de ton porteur d’eau; je me figure des choses désagréables pour un mari, je inc figure. . .

VICTOIRE. l>es bêtises...

RIBERLOT, arec force. Pourquoi que tu as renié le nom de ton époux?... Pourquoi que vous vous êtes parée du litre fallacieux de demoiselle ?

victoire. Mais je te l’ai écrit dix fois:

parce que mes bourgeois ne veulent pas d’une cuisinière mariée.

RIBERLOT. Et à cause?

victoire. Sous prétexte qu’un mari de cuisinière nuit toujours aux provisions de la maison. .]

RIBERLOT, la bouche pleine. (Jl tel préjugé !

v ICTOIRF.. Mais lu me fais perdre mon temps... j’ai un grand dîner à faire... même que Monsieur m’a promis cent écu.t s’il est content de mon dîner !

RIBERLOT. Cent écusl... comme ça m’irait... moi qui n’ai que ça d’économies!

Il lire de sa poche deux échantillons d’asphalte.

v ictoire. Qu’est-ce que ra?

RIBERLOT. MeséchantiUonsdepavé... deux fragments de la grand’place de Brives-la- Gaillardc. (Il les donne d Victoire , <jui les pose sur ta table où sont les provisions.) Cent écus!...

VICTOIRE. Et déplus, uiamzclIcAmanda...

la nièce dis bourgeois. . .

BtRERLOT. Eh ben?

victoiré. Elle doit me donner 500 francs sur sa dot, après son mariage.

RiBERLOT. En tout huit cents...

victoire. Juste de quoi racheter une petite guinguette hors barrière.

biberi.ot. Nom d’un trottoir, ça m’irait bien mieux que le bitume. .

victoire. Mais si le bourgeois le trouve ici... il me met à la porte.

RIBERLOT. Sapristi ! je lile... En tout huit ccnLs ! Jè vas me loger eu garni chez la mère Durand.

VICTOIRE. C’est ça, et demain en allant au marché !...

BtRERLOT. Convenu.

victoire, prêtant t oreille. Ah! mou Dieu!

BtRERLOT. Hein h..

victoire. On monte l’escalier...

biberi.ot. Fichtre!

victoire. Les bourgeois. .. nous sommes |>erdus. . .

niBERl.OT. Fourre-moi quelque part.

victoire, û ta porte du fond. On approche... vite... vite... dans ma chambre.

Et!» lui indique la t‘‘ perte du cèle gauche.

biberlot. Par où?... par là... suffit.

Il entre par méprise dans lacliçmbro de Vl“- Prlitgri*.

victoire. Ciel ! que fait-il ! dans lacliam- ’ bre de madame !

Elle veut aller à lui, mais entendant entrer, elle s'arrête tremblante.

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