‹ La cuisinière poétiqueChapitre 1 sur 44 · INVITATION A LA TABLE · texte numérisé non relu

INVITATION A LA TABLE

Il y a deux ans, en terminant une étude sur Grimod de la Reynière, nous écrivions les lignes suivantes, qui serviront de portique à l’œuvre que nous entreprenons aujourd'hui :

« Toute passion raisonnée et dirigée devient un art ; or, plus que toute autre passion, la gastronomie est susceptible de raisonnement et de direction.

» Qu’on y réfléchisse bien : les heures charmantes de notre vie se relient toutes, par un trait d’union plus ou moins sensible, à quelque souvenir de table.

» Esl-ce un amour d’enfance ? Il s’y mêle aussitôt et naturellement un déjeuner dans les bois; le tendre aveu d’une cousine est inséparable de l’armoire aux confitures de mère-grand.

» S’agil-il d’un fougueux caprice pour une Aspasie parisienne ou une cantatrice renommée? L’idée d’un souper s’éveille immédiatement dans notre esprit : nous voyons la lueur douce des bougies glisser sur une épaule mate, la nappe moirée luttant de blancheur avec un bras embarrassé de dentelles. C’est un sourire aussi rose que le vin, c’est un éclat de rire aussi pétillant.

» Plus tard, si notre orgueil sè ranime à la mémoire d’un triomphe ou d’une dignité obtenue, c’est encore la table d’un banquet qui nous apparaît. Toutes les coupes sont levées et tendues vers nous; le toast protéique embrasse mille formes et se renouvelle par toutes les bouches; tandis que, modestement incliné, mais recueillant les moindres gouttes de l’apothéose, nous ne savons que balbutier : — Messieurs , c'est toujours avec un nouveau plaisir...

» Nous nous marions. C’est un repas de noce qui nous appelle : l’épouse est rougissante , et les regards ne sont distraits d’elle que par l'arrivée d'un dindon rôti, majestueuse bète, qu'un jus doré environne.

» Nous avons un enfant. Les cloches du baptême

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