LE PILAU
A cause de leur barbe, ennemis du potage,
Les Turcs se sont toujours transmis en héritage Le pilau, mets solide, et qu’un peuple barbu Avale proprement, sans jamais l’avoir bu;
Car la soupe au bouillon, laissant sur le visage Les vestiges huileux d’un liquide passage,
Excite le dégoût des convives blasés,
Et ne peut convenir qu’à des peuples rasés.
Gens barbus, voulez-vous un pilau délectable Qui, de ses rayons d’or, illumine une table,
Voici mon plan : prenez une livre de riz Dans le Palais-Royal, chez Chevet, à Paris,
Mais un riz du Levant, vierge de la poussière Que lui donne toujours l’Égypte nourricière;
51 faut faire éluver, avec soin, au charbon,
Un peu de veau, du bœuf, un morceau de jambon, Une poule fort jeune, cl dans les champs nourrie Des graines que le vent apporte à la prairie;
Six heures, sur le feu, laissez mûrir le tout,
El puis, dans un bouillon odorant, plein de goût, Versez le riz ; il faut qu'il cuise une heure encore : Prenez le fin safran, qui parfume et décore,