PAR ARPENT
Un chiffre aussi éloquent est bien de nature à soulever l'enthousiasme de certaines gens au point de les engager à mettre $2,000 où $3,000 du Coup dans cette culture.
Ce serait plus Que de la témérité, ce serait de ja folie.
Non lil ne fant pas aller aussi vite que cela, et c'est pour brider ces élans passagers que j'ai fait ce livre,
Qu'un homme consacre $5.00 à l'achat de 100 graines de semence, où $15.00 pour l'achat de 500 graines, où même $25.00 pour l'achat de 1000 graines, le risque n'entraîne pas la ruine, mais, tout de même, ce risque ne sera pas à redouter, si l'on suit attentivement les conseils de mon petit traité, et c'est pour cela que je l'ai fait, afin qu'il vous serve de guide, de boussole dans cette culture, qui est, après tout, très aisée, et très payante.
Je crois que mon livre est le premier écrit en langue française sur ce sujet, ici et à l'étranger : du moins, je ne trouve rien dans les catalogues qui indique qu'il en existe d'autres, C'est déjà un mérite,
Il aurait pu être écrit en meilleur français, je l'avoue, mais À ceux-là qui attachent plus d'importance à la forme, au style qu'au fond, je leur dirai qu'ils sont libres de faire mieux.
Je ne connais sur ce sujet, la culture du Ginseng, que des livres Américains. Mais je m'empresse de vous dire que je n'ai eu recours à aucun de cs livres. D'un autre côté, je ne puis m'attribuer le mérite de cet ouvrage, que je n'aurais jamais entrepris sans les conseils de deux amis, qui cultivent le Ginseng dans la province de Québec avec un grand succès, mais dans le silence, et tellement dans le silence qu'ils n'ont pas même voulu que je les nomme dans mon livre, ce que je voulais faire par reconnaissance. Ils sont vraiment trop modestes. Tout de même ils ne sont pas avares de leurs connaissances car ils se sont laissés pomper à mon gré.
Je connais un médecin, pas loin d'ici, qui est sans clientèle et qui vit comme un seigneur, La source de ses revenus était un mystère pour tout le monde. Ua amateur de Ginseng passant par 1à un jour remarqua quelques carrés de Ginseng dans son jardin. ‘Mais, Docteur, lui dit cet étranger, vous devez faire de l'argent avec cette culture” ! ‘Chut ! Chut ! lui répondit le Docteur, c’est la seule source de mes revenus, et je vis comme un pacha. Je ne veux pas le dire aux gens de crainte qu’ils se mettent à en cultiver et ça me ferait de la compétition.” L'étranger partit d'un formidable éclat de rire, en voyant les craintes puériles du bon Docteur qui ignorait que le marché est illimité.
Loin de là, plus nous en cultiverons plns nous trouverons à le vendre.
Croyez-vous, par exemple, que s'il n'y avait dans notre Pays que :00 beurreries, elles vendraient leur beurre plus cher en Angleterre ? Pas du tout, Mais en mettant sur le marché anglais de grandes quantités de beurre et de fromage, on a éveillé l'attention des consommateurs qui se dirigent maintenant de notre côté et on a créé un marché important, Eh bien ! il en sera de même du Ginseng, Le jour où chaque cultivateur aura son petit jardin de Ginseng et où le Canada pourra fournir annuellement de grandes quantités de cette racine, les Chinois se dirigeront de notre côté et on aura un excellent marché de Ginseng Comme on a un excellent marché de beurre et de fromage.
Jusqu'ici on a cultivé le ( sinseng dans l'ombre, le silence et le secret, Voyez, Par exemple, les chercheurs de racines comme ils sont mystérieux : ils sont réservés, discrets comm: des francs-maçons, Il en vient ici, à Ste-Adèle. tous les ans, depuis 20 ans, parcourant les bois en tous sens et qui s'en retournent avec 2 ou 3 poches de cette racine, L'un de ces chercheurs, un peu émêché, parlant trop fort, fut surpris Par la maîtresse de la maison, à discuter sur la valeur des deux poches de racines qu'ils avaient cueillies sur la terre de cette femme rt les terres voisines, dans l'espace de 8 jours. Il affirmait que leurs produits valaient au moins $1000, tandis que utre affirmait qu'ils valaient au moins $1200. Dans ;: :uit. la femme vola une racine et me raconta le lendema': ans le silence, avec Prière d'en garder Je secret, la conversation des deux étrangers, puis me montra la racine qui était ni plus ni moins qu'une belle racine de Ginseng.
Pas besoin de vons dire qu'elle attend ces étrangers avec un beau inanche à balai,
Quant à moi, il n'y a pas de danger que j'en parle, je Suis si discret ! ! Mais, Par exemple, je vais l'écrire.
li est temps de rompre le silence et de déchirer le voile mystérieux qui a caché jusqu'ici les trésors que contiennent nos belies forêts de bois franc et qui sont également réservés à ceux qui feront la culture artificielle de cette plante avec intelligence,
Grâce aux gravures de mon livre il vous sera assez facile de trouver le Ginseng dans les bois.
Quant à ceux qui ont remplacé la forêt par de beaux champs cultivés, ils pourront facilement faire revivre la culture du Ginseng, par la culture artificielle, sur un espace de terrain très restreint.
Il ne faut pas oublier que cette culture exige très peut de terrain. C'est pourquoi elle convient bien, non seulement à tous ceux qui possèdent de grandes fermes, mais elle convient également à quiconque possède un jardin ordinaire, comme on en remarque chez les curés, les communautés religieuses, les hommes de professions libérales, les marchands, les industriels, etc., etc. En un mot, elle convient à tout le monde,
‘* Que tout canadien ait un petit coin de son jardin en Ginseng.”' Tel est le but de ce petit livre.
Maintenant mettons-nous à l'œuvre et lançons-nous daus le Ginseng !
Dr W. GRIGNON,
STE-ADÈLE, Qué.