CULTURE DU GINSENG SOUS BOIS
Je vous avouerai bien franchement que j'ai peu de confiance à la culture du Ginseng dans la forêt, pour s'épargner l'ombrage artificiel. D'abord les produits sont expo.sés à la cupidité des voleurs, et à la voracité des oi- .seaux qui mangent les graines ; et, ensuite les travaux d'entretien sont énormes.
A part cela, la racine croît avec une lenteur décourageante. Une racine qui a vécu 8 ans sous l'ombrage artificiel aura double pensanteur à celle des bois de 25 à 30 ans d'âge. Une racine des bois grosse comme le pouce e.st âgée de 27 à 35 ans On a constaté que des racines des bois de 10 et 15 ans n'étaient pas plus gro.sses que le petit doigt.
Il ne faut pas s'étonner de la croissance tardive et lente de cette racine dans la forêt à cause du sol qui est très compact, rempli de radicelles et tissé de racines de toutes espèces qui gênent considérablement la plante. Toutes ces tiges, courants, etc.. sont autant de tubes qui absorbent l'humidité du sol si utile à sa prospérité, tandis que dans la culture artificielle, la plante ne rencontre pas ces inconvénients. Quel travail que celui de défoncer le terrain des bois, surtout si les arbres de l'endroit sont gros, tout en ayant soin de choisir les plus belles clairières.
On rencontre des racines de toutes gros.seurs ; souvent le sol est rempli de pierres à enlever, d'excavations qu'il faut remplir. Je n'exagère pas les ob.stacles, me disait un cultivateur qui a fait cet essai : j'ai préparé moi-même des carrés dans le bois, et je suis au courant des nom-
breuses difficultés que présente la culture dans ce lieu. Quand un homme a bêché un carré de lo pieds par 4 dans sa journée, on se montrerait cruel de lui en demander davantage. La préparation des plates-bandes dans les bois est un travail exubérant, par conséquent fort dispendieux. Voici ce qu'ajoutait mon ami qui a fait cette culture : " Lorsque j'ai bêché mes carrés dans le bois, j'ai eu soin d'enlever toutes les petites racines que j'ai rencontrées. Deux ans après, en arrachant mes jeunes plants, j'ai trouvé mes carrés tissés et remplis de racines, de chevelus, de poils de tous genres, j'ai ramassé
'^i.tV
CULTURE DU GINSENG sous BOIS (Fig. 5)
et secoué tout cela sur un carré de 10 par 4 pieds. Il y avait une pleine brouette de cette filasse. Je ne crains pas d'affirmer, après une expérience aussi démonstrative que le défonçage dans le bois favorise énormément la reprise des cheveux souterrains.
Un débutant a besoin de graines pour augmenter sa culture tous les ans sans compter qu'il peut faire de l'argent en vendant ses graines à ses voisins. Or, il est constaté que les racines, sous l'ombrage artificiel donnent 3 fois plus de graines que celles des bois, et c'est facile à comprendre attendu que la plante sous les lattes voit le
soleil depuis son lever jusqu'à son coucher, ce foj'er fécondateur de toutes choses, tandis que sous bois, la plante voit moins de soleil et à part cela, sous les lattes, les graines ne sont pas exposées à être mangées par les oiseaux, spécialement la grive et la perdrix qui en sont friandes au point qu'elles les mangent avant leur maturité.
Voici ce que dit Xe/oiinial d' Agriadtiire page 253, 1904 : " Quoique, l'on puisse cultiver le Ginseng en forêt dans un sol enrichi où on a défriché le sous-bois, les vrais cultivateurs de Ginseng préfèrent établir un abri artificiel consistant en un treillis ou latte en bois posé horizontalement à 6 ou 7 pieds au-dessus du sol, sur une charpente construite à cette fin
En voici assez, je crois, pour vous démontrer que la culture sous ombrage artificiel est préférable à la cultnre sous l'ombrage de la forêt. \é
On reconnait facilement l'âge du Ginseng en comptant '. les marques des années sur le collet.
Le bourgeon qui produit la tige ne se développe jamais au même endroit. A tous les automnes, il change de logis ; il prend naissance sur la bosse du collet et suit sa marche circulaire. A chaque automne, le bourgeon lai.sse la trace bien visible de son passage ; et nous n'avons qu'à compter les petits trous que nous remarquons tout autour du collet et nous avons exactement l'âge du Ginseng.
Un cultivateur m'a déclaré qu'il avait trouvé de belles grosses racines de Ginseng en plein champ au milieu de g'rands framboisiers ce qui prouve que la plante est rustique et a besoin de soleil, car sous bois jamais ces racines auraient atteint ce volume. Elles étaient âgés de 25 ans, et quadruplaient le volume de racines de cet âge trouvées dans les bois.