‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 72 sur 101 · RIGI-KULM · texte numérisé non relu

RIGI-KULM

De Paris à Bàle, Lucenie, Arlh, en chemin de l'cr. De là au Kulm en chemin de fer à crémaillère. — Ou de Lucerne à Weggis en bateau à vapeur. De là au Kulm en chemin de fer à crémaillère.

Je ne crois pas qu'il existe au monde de plus sinj^ulier endroit que le Rigi-Kulm. Parles beaux jours d'été des trains, partant l»resque toutes les heures, y montent une foule énorme où l'on reconnaît toutes les nations du monde : des Anglais, des Allemands, des Russes, des Américains, des Nègres, des Asiatiques et même des Français, si rares pourtant dans la montagne. En haut, se voit un caravansérail immense où se loge tout ce monde, en général pour une seule nuit. A huit heures s'ouvrent les salles à manger interminables : sur un coup de cloche, des cohortes de garçons et de filles se précipitent et servent une cuisine, (jui, faite en grand, n'a peut-être pas toute la succulence que recherchent bien des palais parisiens. Puis les chambres se remplissent : tout dort. Mais à quatre heures du matin le cor des Al{)es retentit dans les couloirs et les escaliers, et voilà une foule de revenants cachés sous des manteaux hétéroclites, d'une élégance douteuse, qui se préci[)ite dehors. Le ciel est encore sombre et les étoiles brillent. Mais l'orient rosit, puis devient incandescent, les glaciers semblent incendiés; rOberland lointain, les neiges du Titlis plus proches, semblent une immense coulée de lave. Un disque d'un rouge éclatant s'élève tout à coup dans le ciel et les glaces élincellent comme des diamants pendant que l'horizon s'illumine. — Ace moment vingt trompes sonnent à l'astre qui se lève, j'ai même entendu un chœur de jeunes filles chantant l'hymne d'Haynd à la Création. Comme préparation c'est absolument artificiel, j'en conviens, mais le fond du spectacle est si beau que chacun rentre frissonnant d'émotion.

Cela se répète chaque jour et c'est ce qui fait que le Rigi- Kulm n'est pas une station habitable pour un long séjour : le

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repos y manque quand il fait beau et quand le brouillard s'accroche sur le piton supérieur de la montagne c'est la solitude triste et sans végétation.

Nous ne conseillons donc pas la résidence prolongée du Kulm à des malades, mais nous demanderons à tous les nerveux, à tous les tristes, à tous les mélancoliques qui demeureront dans la région, d'y passer une nuit. L'effet psychique et émotif leur fera du bien certainement.

{Médecm au Staffel.)

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