‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 8 sur 101 · L.V CURE D'ALTITI'DE · texte numérisé non relu

L.V CURE D'ALTITI'DE

microbes proprement dits, il nous resterait deux bactériens pour 1000 litres, soit un par mètre cube.

« Ce cbiffre témoigne assez de l'extrême pauvreté de l'air de ces régions en germes. Dans l'air de Berne, par exemple, j'en recueille en employant le procédé si ingénieux et si exact des tubes à boule (il n'est guère malbeureusement })Ossible de les transporter dans des endroits où les glissades involontaires et les heurts sont fréquents), (jue le docteur Miquel a introduits à l'observatoire de Montsouris, des centaines et même des milliers par mètre cube. J'ajouterai que tout concourait à augmenter la richesse de l'air en germes. Tandis que l'été dernier des pluies continuelles venaient nettoyer l'atmosphère, nous avions eu cette année-ci une suite de beaux jours, qui pourtant n'avaient pas eu le tenii)S de dégénérer en une sécheresse mortelle, comme on le sait, pour les germes quand elle se prolonge. En outre, pendant toute la durée des expériences, le vent fut faible, circonstance éminemment favorable à la dispersion des germes dans l'air, ainsi que l'a remarqué le premier le docteur Maddox, qui a constamment trouvé les chiffres les pins élevés de spores de moisissures par une légère brise. Les expériences du Niesen eurent lieu aux dates des 25, 26 et 31 juillet, 1" août.

« Les 23 et 26 juillet, la pluie, la neige et un brouillard intense vinrent compliquer mes travaux; dans ces conditions, en effet, les bourres se mouillent et l'aspiration ne se fait plus qu'avec une extrême lenteur; aussi ne me fut-il pas possible d'aspirer })lus de 600 litres réjjartis sur huit bourres (deux de 25 litres, quatre de 50 litres, une de 150 litres et une de 200 litres), qui furent ensemencées à Berne le 27 juillet.

a Le 29 juillet, les ballons contenant les bourres de 150 et de 200 litres étaient infectés i)ar un bacille long et grêle, ne formant pas de voile à la surface du bouillon et que je n'ai encore jamais rencontré dans l'air de Berne.

« Le 30 juillet, une bourre de 50 litres avait fourni le même bacille. Une bourre de 25 litres donna une autre espcèe de

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bacille, gros et court, ne formant pas non plus de voile à la surface. Enfin le l'"' août une moisissure se montra dans un ballon ensemencé avec une bourre de oO lilres. Les trois autres bourres de 50 et 25 litres sont restées stériles, jusqu'aujourd'hui. Le chiffre relativement élevé de bactériens fourni par cette expérience, 4 sur 600 litres, sans compter la moisissure, n'a pas lieu de nous étonner; l'eau de pluie et la neige sont, nous le savons, toujours riches en germes.

« Le 31 juillet et 1'="' août, j'aspirai 1825 litres sur 15 bourres (de 25 à 250 litres chacune) que j'ensemençai le 2 août. Une bourre de 250 litres, répartie dans cinq ballons de culture, donna, mais après plus de quinze jours seulement, un micrococcus formant un dépôt rougeâtre. Une bourre de 50 litres et une autre de 200 litres donnèrent le bacille long et grêle mentionné plus haut. Un dernier ballon enfin, ensemencé par 100 litres d'air, donna un bacille de grosseur moyenne, ne formant pas non plus de voile à la surface du liquide. Les onze autres bourres, par contre {une de 25 litres, trois de 50, cinq de 100, une de 200 et une de 257 lilres), sont restées absolument stériles.

« Nous aurions ainsi, dans cette expérience, 4 bactériens pour 1723 litres, ce qui ferait, en y ajoutant les expériences des 25 et 26 juillet, 8 bactériens pour 2325 litres d'air, soit 344 par mètre cube d'air du Niesen. La plus grande richesse de l'air du Niesen en microbes s'explique facilement par la situation de cette montagne, ainsi que je l'ai dit plus haut; c'était, en outre, le moment où l'on coupait les foins, ce qui pourrait facilement expliquer la moins grande pureté de l'air à cette époque. JV'oublions pas non plus que, dans les expériences de cette année, les ensemencements ont pu être pratiqués sans délai, en sorte qu'il serait difficile qu'un germe eût eu le temps de périr avant d'être introduit dans le bouillon. On connaît assez d'ailleurs la ténacité avec laquelle les germes conservent la faculté de se reproduire. Il reste néanmoins une notable différence, toute en faveur du premier, entre l'air du Niesen et celui de la

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plaine, qui, comme nous l'avons vu plus haut, contient des centaines de bactériens par mètre cube.

« Les chitTres qui précèdent n'ont, je le crois, pas besoin de plus longs commentaires; j'attirerai seulement l'attention sur un fait assez curieux. Frappé de la fréquence avec laquelle je retrouvais, parmi les microbes du Niesen, le bacille particulier dont il a été parlé, tandis que dans la plaine, ainsi qu'il résulte des patientes recherches du docteur Miquel à Montsouris, les bacilles ne se trouvent dans l'air que dans une proportion très faible (en 1881, 14 bacilles pour 19 micrococcus et 7 bactériums), résultat que je vois se confirmer constamment dans les observations que je fais à Berne, je cherchai à en trouver la source. Or je retrouvai ce bacille avec régularité dans la terre du Niesen; il suffit pour le voir apparaître avec d'autres bactériens naturellement, d'ensemencer un ballon de culture avec cette terre. Il n'est peut-être pas téméraire de conclure de là que la cause principale de la pureté de l'air des montagnes réside, non seulement dans l'altitude, mais aussi dans la disparition progressive des foyers producteurs de bactéries, ainsi que l'avait fait remarquer le docteur Miquel l'an dernier. Les expériences de l'été de 1883 furent presque toutes faites dans des endroits fort éloignés de tout foyer producteur de bactériens {Eiger, Schilthorn, Strahlegg), et c'est sans nul doute à cette particularité qu'il faut attribuer en grande partie les résullals négatifs obtenus alors.

« Pour terminer, je donnerai encore les résultats de quelques expériences moins importantes faites à la môme occasion.

« A mon retour du glacier d'Alelsch, je puisai à proximité de l'hôtel Eggishorn, à 2193 mètres d'altitude, 110 litres d'air sur quatre bourres. Une de ces bourres donna un penicillum et une autre fit éclore trois bacilles différents, dont un bacillus ulna.

« A cette altitude, l'air contiendrait donc, près d'un endroit habité, au moins une trentaine de germes de bactériens par mètre cube.

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« Dans une chambre du petit hôtel cjiii se trouve tout |»rès du sommet du Niesen, je trouvai un bacille dans 7 litres d'air.

« Lors de la première expérience du Niesen, j'exposai en outre sept ballons de culture ouverts pendant douze heures à l'air et à la pluie. Deux de ces ballons seulement s'altérèrent et fournirent chacun un mycélium blanc de la famille des aspergillées, dû sans nul doute à l'eau de pluie, toujours si riche en moisissures. Les cinq autres ballons sont encore, à l'heure qu'il est, de la plus absolue limpidité; c'est dire coniiiien il est peu facile de récolter des bactériens innombrables par cette méthode, ainsi que quebjues auteurs ont cru pouvoir affirmer, à condition toutefois que l'on opère avec des liquides sûrement stériles. Cinq ballons, ensemencés chacun avec environ 1 gramme de neige fraîche, furent tous infestés par le même mycélium.

« Enfin de la terre et des licliens recueillis sur le glacier d'Aletsch et ensemencés dans du bouillon y firent naître de nombreux bactériens. »

Travaux de Christiani. — Pour être à peu près complet sur la question des germes contenus dans l'air des altitudes, il me reste quelques mots à dire des recherches exécutées récemment par Christiani, de Genève. Ce savant eut l'idée d'aller analyser, non pas l'air des montagnes, mais celui même qui se trouve directement au-dessus d'une grande ville fortement infeclée. Il partit donc en ballon, en compagnie de l'aéronaute Spelterini, le 11 septembre 1892.

L'aérostat s'éleva au-dessus de la ville de Genève et finit par atteindre une hauteur de 3000 mètres environ.

L'expérimentateur se trouvait dans une situation délicate pour opérer. Il ne pouvait emporter de feu dans un ballon; donc grande difficulté pour scellei- ses tubes : il dut imaginer une technique spéciale pour son cas particulier. De plus, la nacelle, le filet, l'enveloppe du ballon, avaient traîné sur le sol pendant le gonflement; ils étaient couverts de poussière qu'ils firent pleuvoir autour d'eux dès qu'ils furent secoués par le vent. Les résultats de Christiani n'ont donc de valeur que

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parce qu'ils sont des a fortiori; s'ils avaient prouvé que l'air des altitudes était plein de germes, on aurait dû en accuser la malpropreté du ballon, mais ils ont démontré que, malgré cette malpropreté, au bout d'un certain temps et dès une certaine altitude, les bourres ne recueillaient plus de micro-organismes.

Jusqu'à 1100 mètres les tubes revinrent chargés de germes de toutes sortes, mais à partir de cette altitude on les trouva absolument indemnes.

« La conclusion, dit Christiani, est que l'air des couches supérieures de l'atmosphère, au-dessus de 1100 mètres, même directement au-dessus d'une ville, est extrêmement pur, car même avec la cause de contamination que constitue un ballon, l'analyse a donné des résultats négatifs. Il est très probable que cette absence ou rareté des germes commence beaucoup plus bas et que les microbes que nous y avons rencontrés ont été apportés au moins en grande partie par notre ballon. »

Résumons donc cette longue discussion. L'air des alliludes commence dès 1000 mètres à ne contenir presque plus de germes, non seulement pathogènes, mais môme quelconques.

Dans les grandes hauteurs, à celles oii sont précisément construites les stations climatériques, il est d'une pureté absolue qui équivaut à une stérilisation faite au laboratoire. Nous allons dès maintenant étudier les premières conséquences qu'il nous est permis d'entrevoir et d'appliquer à la cure d'altitude.

Immunité phtisique. — La question de l'immunité pour la tuberculose dont jouissent des habitants des grandes alliludes se rattache naturellement au sujet qui nous occupe actuellement. Il est certain, quoi qu'on ait dit, que l'absence absolue de germes pathogènes dans une région doit être pour quelque chose dans un résultat auquel concourent sans doute aussi d'autres éléments. Où il n'y a pas de graine, il ne saurait pousser de moisson : mais la question est sans doute plus complexe, comme on le verra tout à l'heure.

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C'est bien avant la découverte de la contagion de la tuberculose et du bacille de cette maladie qu'on a connu l'immunité phtisique des altitudes. Le premier médecin qui semble en avoir parlé est un Anglais, le docteur Baykie, qui exerçait à la station d'Atakamund, dans les Nilguerris (2000 m.). Des médecins qui pratiquaient dans l'Himalaya ont aussi eu l'intuition de ce curieux phénomène. Mais c'est à Jourdanet qu'on doit l'affirmation nette que, sur le plateau de l'Anahuac, la phtisie est chose à peu près inconnue, et cela date de 1861.

En 1862, le docteur Guilbert publia une suite d'observations démontrant l'absence de la phtisie pulmonaire chez les indigènes des Cordillères, la curabililé de cette maladie par le séjour dans les régions hautes, et même des améliorations durables chez les gens les plus dangereusement atteints.

Sans avoir rien publié sur ce sujet, puisqu'il n'est pas médecin, Antoine d'Abbadie affirma qu'en Abyssinie, dans les hautes régions, la phtisie puhiionaire est également tout à fait inconnue.

Les frères Schlaginlweit ont fait la môme observation dans les hautes régions du ïhibet où pourtant la population est si misérable. Enfin les médecins des Etats-Unis ont établi une statistique tout à fait intéressante sur les cas de tuberculose observés dans les régions hautes et dans les régions basses de la république américaine.

Voici un ta])leau très significatif qui résume leurs publications.

Pays de montagnes.

Phtisiques

Pays. Altitude. pour 100 décès.

Arizona 1980" 2,52

Colorado 2146 7,59

Idaho 1915 10,00

Montana 1486 9,18

Nevada 1783 8,00

New-Mexico 1750 3,00

Utalv 1800 6,25

Wioming 2370 5,40

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Pays de plaines.

Fhtisiquos pour 100 décès.

Connecticut 20

Coluinhia "Il

Maine 26

Massachusetts 22

New-Jersey 22

New-York 27

A Mexico, le nombre des phtisiques traités par chaque 4îiédecin ne semble pas dépasser 1 à 2 p. 100 de ses malades, et encore il est à remarquer que ces gens, inquiets, changent souvent de médecin et sont par conséquent comjjtés plusieurs fois dans ce pays, oii il n'existe pas encore de statistique officielle. Jourdanet publie, à ce sujet, un renseignement d'une très grande valeur; il a pu relever sur son carnet de visites ious les malades qu'il a vus pendant quatre ans et demi. Il a fait pendant ce temps 30 000 visites et il ne note que six tuberculeux, et encore plusieurs d'entre eux arrivaient de l'étranger -et des pays voisins de la mer.

Les médecins des régions alpines ont entrepris une enquête analogue, mais bien plus précise. De 18G4 à 1869, une commission a fonctionné en Suisse et voici les résultats qu'elle a publiés.

Sur 1000 décès on a constaté dans la République helvétique :

Décès

Altitude. de phtisiques.

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Le résumé d'un dénombrement plus récent (1876-1886)donne les résultats que A^oici :

Altitude. Décès.

Au-dessus de 1200'" 71

Il est malheureux que la statistique ait été faite sur des écarts de 200 mètres, car elle est noircie de ce chef par l'existence de certaines régions industrielles particulièrement malsaines, comme les points du Jura où s'exerce l'industrie horlogère. La réclusion des ouvriers et ouvrières, leurs habitudes alcooliques ne leur permettent guère de profiter de l'immunité dont jouissent les véritables montagnards.

Il y a aussi une autre cause qui entache celte statistique. Beaucoup de montagnards des très hautes régions vont passer l'hiver dans les villes de France, d'Allemagne et d'Italie; ils y prennent la tuberculose et reviennent mourir chez eux : ils comptent alors comme phtisiques autochtones. Cela se voit surtout en Engadine, dont les habitants sont assez voyageurs. Au contraire, dans la vallée d'Andermatt, d'où, avant l'ouverturede la ligne du Gothard, les habitants ne sortaient guère, Neukomm n'aurait observé que deux décès par tuberculose en dix ans. Nous sommes assez loin de la statistique parisienne, pourn'en pas citer d'autre.

A quelle hauteur commence cette immunité? Elle est très variable suivant la latitude des lieux.

J'emprunte à Jourdanet un tableau schématique qui la fixe assez bien (fig. 5). En le parcourant, le lecteur verra que la limite de l'immunité phtisique se trouve, en général, à égaledistance entre le niveau de la mer et celui des neiges éter-^ nelles. Il est donc bien plus bas vers le pôle que vers l'équateur. Bien plus, au cercle polaire, il se trouve au niveau môme de--

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rOcéan. Si on veut l)ien y réfléchir, ou reconnaîtra qu'il est situé à partir des régions où la neige couvre le sol au moins la moitié de l'année et où le froid est d'une grande intensité pendant toute cette période.

Et maintenant quelle est la cause de cette immunité pour une maladie si répandue, si contagieuse?

Jusipi'à la découverte du bacille de la tuberculose, on a pensé que riiygiène de la montagne était la cause d'une résistance

Fig. b. — Relalion entre la limite des neiges éternelles et le point approximatif où débute l'immunité phtisique (d'après Jourdanet).

particulière des résidents des altitudes. Or cette hygiène de la montagne est en réalité pitoyable. Le montagnard, sans industrie, sans agriculture, est pauvre et se nourrit fort mal, il est malpropre, ignore la balnéation la plus élémentaire. Il est exposé par métier aux coups subits de chaleur et de froid. Il

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faut pénétrer dans ses chalets pour voir qu'il y demeure dans un encombrement et dans une promiscuité navrants : l'aération est nulle. On fait la cuisine, on mange, on nourrit ses animaux à peu près dans la môme chambre où couche en hiver toute la famille. Les fenêtres sont petites, mal vitrées et presque toujours closes. Aussi les épidémies banales marchent bien dans ces milieux. J'ai été témoin dans une localité de grande altitude, que je ne nommerai pas, d'une épidémie de coqueluche apportée par des étrangers; tous les enfants élaient pris et l'école fermée faute d'écoliers : il n'y a pas un tuberculeux dans cette haute vallée.

Ce n'est donc pas à cause de la bonne hygiène du montagnard, mais bien malgré sa mauvaise hygiène, qu'il est indemne de tuberculose.

Reste la question de l'absence du bacille. Il n'existe que fort peu dans l'air, mais on l'y trouve quelquefois. Il suffit qu'il existe un peu pour qu'une contagion soit possible.

Or, à Davos, par exemple, une nuée de phtisiques s'abat chaque année', crache partout, souille le sol des rues, des routes, dans des proportions qui dépassent de beaucoup la contamination de nos villes, et pourtant la phtisie n'est pas contagieuse en ce pays : très peu d'habitants ont été pris, et presque tous ont guéri.

A quoi donc attribuer cette immunité? J'y vois deux causes.

D'abord, malgré la mauvaise hygiène du montagnard, il y a un élément auquel il n'échappe pas, c'est l'hypercylhémie; nous donnerons un chapitre tout entier sur ce sujet. Qu'il nous suffise de dire ici, qu'à la montagne, le nombre des globules rouges du sang croît avec une grande intensité : c'est là une condition d'immunité qui s'étend partout. En plaine, à Paris, vous ne verrez pas souvent la tuberculose frapper un individu à sang riche. L'envahissement par le bacille est précédé par un état d'anémie, de pâleur, d'absence d'appétit qui le fait craindre et prévoir. C'est tout cela qui constitue la candidature à la tuberculose.

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Cette caiulidalure ne s'observe pas chez les montagnards en général. Puis il y a autre chose. Nous avons noté que la tuberculose disparaissait dans tout pays, même non élevé (régions polaires), où la terre demeure longtemps couverte de neige. Dans les basses altitudes, quand la neige tombée ne persiste pas, la tuberculose réapparaît. Ne serait-ce pas que dans les pays à neiges persistantes, le bacille perdrait sa virulence par suite d'un froid prolongé plusieurs mois? Miquel, nous venons de le voir, a prouvé que le froid ne lue pas les bactéries, mais il nous a dit aussi qu'un froid prolongé des mois leur enlevait leur virulence, les vieillissait ! Une expérience de laboratoire tout à fait concluante serait facile à faire : il suffirait, dans une de ces stations frigorifiques de nos usines qui ne chôment ni jour ni nuit, de tenir une culture tuberculeuse à un fioid de — 10" à — 20" pendant six mois, puis de l'injecter à des cobayes : qui sait si elle n'aurait pas perdu sa virulence? on comprendrait alors comment les pays à longues neiges, Norvège ou Engadine, plaines ou montagnes, deviennent peu favorables à la propagation du tubercule.

Mais de toutes façons, il faut, selon moi, les deux causes réunies : 1" terrain mauvais pour le tubercule à cause de la puissance de l'hématose; 2" rareté, sinon absence de l'agent infectieux (de Freudcnrcich) et dégénérescence de ce bacille par sa vie au froid pondant de longs mois.

Il est d'ailleurs évident que tout cela ne regarde en rien le tuberculeux frappé, infecté, qui se rend à la montagne. Celui-là n'y va plus chercher que ce qu'il y peut trouver : la restauration de son propre terrain organique par l'augmentation de son hématopoièse et son acclimatation au froid.

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