Voir les Arts industriels, par Alfred Darcel
Depuis la composition de cet article, ces faïences ont été l’objet d’une publication beaucoup plus complète. Ëntreprise par MM. Delange père et fils sous le titre de Recueil des faïences françaises du seizième siècle, éditée avec beaucoup
HE HENRI II
de soin et de luxe; elle compte cinquante-deux pièces connues, qu’elle reproduit en chromolithographie de la grandeur des originaux.
En outre, un archéologue vendéen des plus accrédités, M. Benjamin Fillon, croit avoir retrouvé le. nom des deux potiers qui selon lui seraient les auteurs de ces faïences, la famille pour laquelle elles auraient été fabriquées et l’endroit où étaient les fours. Le résultat de ses découvertes est consigné dans une brochure intitulée : Les Faïences d'Oiron.
Cette vente restera pour les curieux la grande fête de l’année, de l’exercice 1837-1858, pour me servir d’un terme administratif et officiel. Tout le monde en a pris sa part suivant ses moyens : les curieux pauvres, ceux qui sont forcés d’admettre comme une vérité l’aphorisme voir c’est avoir , en réjouissant leurs regards de la vue de tant de belles choses amassées par un homme d’un goût délicat et fin ; les amateurs riches, en se les disputant au milieu du feu croisé des enchères et sous les coups du marteau de M e Pouchet; les hommes d’argent, enfin, en plaçant en bibelots — qu’on me pardonne cet horrible vocable, il est consacré — leur argent d’une manière au moins aussi profitable qu’en reports ou en primes. Sans compter le plaisir, jamais trop cher payé, de
tromper les niais et de passer à leurs yeux pour un connaisseur. Car, cela est triste à dire, mais ce qui était jadis la joie de quelques esprits privilégiés, cette débauche raffinée de l'imagination et du véritable savoir, qui consistait à suivre à la piste pendant des mois, des années, un objet ardemment convoité, cette lutte de finesse, de persévérance qui s’établissait entre l’amateur et le marchand ; tout cela n’existe plus. Le beau, le bon temps est passé où un honnête homme pauvre d’écus, mais riche de temps, à force de patience, d'investigations éclairées, d’adresse à rendre des points à un Mohican, finissait, au bout de trente ans, par réunir une collection que plusieurs nations mettaient à honneur d’acquérir. Le temps des Préaux, des Dusommerard, des Debruge-Duménil, des Soulage, des Sauvageot ne reviendra plus. Aujourd’hui on remplace le temps par des billets die banque , la finesse par un sac d’écus. L’argent s’est substitué au goût. Il n’y a pas de dix-huitième d’agent de change qui ne se croie forcé de posséder quelques curiosités, comme d'avoir en portefeuille du crédit mobilier ou des petites voitures. C’est un placement qu’il fait, une opération qu’il tente, un cours qui s’établit. Et la plupart du temps, quand la mauvaise fortune arrive, et elle arrive toujours s’il est à peu près honnête, c’est la curiosité qui le sauve d’un coup de pistolet ou de la correctionnelle.
DE M. HÜMANN.
La vente de Monsieur un tel se fait et son produit lui donne un morceau de pain pour quelques jours.
Ce n’était pas, je n’ai pas besoin de le dire, le fait de M. Humann. Possesseur d’une grande fortune, ayant rempli dans l’administration des finances d’importantes fonctions, que les circonstances ne lui avaient pas permis de continuer, il occupait ses loisirs à satisfaire son goût pour les belles œuvres de l’art et de l’industriè artistique. M. Humann ne faisait pas grand bruit de sa passion et de ses richesses. Il était de ces rares amateurs qui mettent en pratique le précepte d’Horace : Odi profanum vulyus et arceo. Il n’ouvrait sa porte qu’à un petit nombre de curieux. J’ai eu l’honneur de visiter le sanctuaire , et je me rappelle encore, lors de ma première visite, mon étonnement à la vue de cette collection que je ne connaissais pas même de nom. Le goût inné chez lui s’était rapidement développé et avait été singulièrement bien cultivé. Il ne professait pas de ces sympathies exclusives qui ne sont que de la manie, et toute belle chose avait droit à son admiration d’abbrd, puis à sa convoilise. v Convoitise spirituelle, charmante, d'homme bien né et d’homme du monde, qui le faisait se désespérer quand un objet lui échappait, et témoigner plus de bienveillance et de séduction
à l’acquéreur qui le lui avait enlevé. Tout, dans son cabinet, était en harmonie : la toile et le cadre. Le relief de chaque objet s’augmentait par son voisinage et sa position. De beaux meubles, de riches tentures, des tapis aux couleurs douces et contenues donnaient toute leur valeur aux sept cents pièces de sa collection. Ce détail est moins à dédaigner qu’on ne pourrait le croire au premier abord : il était important, par exemple, pour le cabinet dont je parle. En effet, il n’y avait pas de ces pièces dont la magnificence et la rareté suffisent pour illuminer et illustrer une réunion d’objets d’art. Malgré le prix fabuleux et exagéré auquel plusieurs d’entre eux ont atteint, aucun objet en lui-même n’était capital ; mais tous étaient d’un choix des plus judicieux et se faisaient valoir l’un l’autre par l’art avec lequel ils étaient disposés. Cette disposition ingénieuse , cette montre , a disparu à la vente, et, au point de vue financier, elle est regrettable, car elle eût certainement servi à doubler la valeur de chaque article.
Avant d’entrer dans le détail de la vente, il est juste de faire remarquer le soin avec lequel M. Manheim a rédigé le catalogue. Chaque objet est décrit d’une façon aussi précise que brève. On n’y fait pas parade d’une science aride et hérissée, on n’y emploie pas des mots techniques qui ne disent