SCENE XXI
Les mêmes, CÉLESTIN, puis VICTOIRE, portant un pâté.
PETITGRIS. Qu'est-ce que c'est?. . . . deux Célestin... attends.
CÉLESTIN, croisant les bras et lui tournant le dos. Je viens vous révéler un secret d'importance. {A de mi-voix. ) Vieux fourreur. . . on vous fourre dedans.
TOUS. Que dit-il ?
PETITGRIS. Dedans ! moi!
CÉLESTIN. Vous avez chez vous un amant déguisé.
TOUS. Ciel!
PETITGRIS. Dégrisé?
CÉLESTIN. Déguisé.
PETITGRIS. Qui ça?.,.
CÉLESTIN. Votre cuisinière.
PETITGRIS. Il serait possible je m'en
doutais... Approchez ici, Stasie.
11 marche en chancelant vers elle.
AMANDA, bas à Célestin. Ce billet rose...
Elle le lui montre.
CÉLESTIN. Le mien.
AMANDA. Tombé de sa poche...
Elle désigne M"i« Petitgris.
CÉLESTIN. C'est donc elle qui me répondait?
PETITGRIS. Approcbezici, Nastasie. (À Victoire qui en tr^.) Et toi, avancez... polisson!
VICTOIRE. Monsieur... v'ià votre pâté.
PETITGRIS. î\îon pâté. . . drôle!. . . Comment, depuis six mois tu laces ma femme tous les matins... gredin...
BIBERLOT. Dites donc... eh! dites donc!
PETITGRIS. Laisse-moi, Perpétue. Gredin!
BIBERLOT, mf^/ar/^ wn chapeau d homme.
Je ne veux pas qu'on appelle ma femme, gredin.
TOUS. Sa femme!
BIBERLOT. Que je suis venu voir sous ce déguisement, vu que vous ne vouliez pas de cuisinière mariée.
PEIITGRIS, montrant Victoire. Comment!
c'est lui qui est sa femme! [Montrant Biherlot.) C'est elle qui est le mari!... Alors ce n'est donc pas... Et toi, qui viens me dire... (// trébuche.) Tout me tourne, je n'y vois plus clair.
AMANDA. Asseyez-vous , mon oncle.
Elle le fait asseoir.
^i^c PETITGRIS, bas à Biberlot. Quoi! monsieur. . . et vous avez osé
BIBERLOT. Ma foi, oui.
jyjmc PETITGRIS, bas. Vous êtes un infâme... Mes réponses, et sortez.
BIBERLOT. Vos?... ah beu, oui... vous me flanquez dehors et vous voulez...
^.nc PETITGRIS, à demi-voix. Eh bien, vous resterez.
BIBERLOT. Avec Victoire?
-yjme PETITGRIS. Vvec Victoire.
BIBERLOT. Suffit. [A Victoire, en lui montrant le saladier.) Tiens-moi ça.
VICTOIRE. Hein.
BIBERLOT. Tiens-moi ça, j'arrange nosaffares.
7vi«»e PETITGRIS , à part. Être à la merci d'un pareil garnement !
CÉLESTIN , s approchant d'elle , et bas. « Ange ! »
^.ne PETITGRIS, à part. Grand Dieu !
CÉLESTIN. « Malgré tes lettres écrites avec une plume de ton aile. . . »
^me PETITGRIS, très-troubUe. Et lui aussi!
CÉLESTIN. Voulez-vous VOS réponses?
^mc PETITGRIS. Donnez... donnez...
CÉLESTIN. A une condition.
^n.e PETITGRIS. Je vous Comprends... attendez. {Allant à son mari.) Lequel des deux, mon Dieu? {Frappant doucement sur t'épaule de Petitgris. ) Adolphe.
MAGASIN THÉÂTRAL
PETiTGius, se retournant. Ils ne sont pas encore partis.
^mc pETiTGRis. Non, et si tu m'en crois... Il nous faut un jardinier pour notre maison' de campagne, nous prendrons le mari de cette pauvre Victoire.
PETiTGRis. Comment! ce...
j^rnc pETiTC.Ris. oh ! pour ma fête.
PETITGRIS. Eh bien! allons...
M'"" PETiTGRis. Et si tu étais bien gentil encore. . . au lieu de donner Amanda à Ghicoreux. . .
PETiTGRis. Il a l'estomac trop faible. . . il ne digère pas les crèmes polonaises.
j^jme pETiTGRis. Tu l'accorderais à ce brave garçon. . .
PETiTGRis. A Célestin?
jyjme pETiTGRis. Oh! pour ma fête...
PETiTGRis. Au fait, je lui ai si souvent donné mon pied... que je peux bien lui donner une fois la main de ma nièce.
M"'*^ PETiTGRis. Tu es charmant ! {Allant
à Célestin et à Biberlot.) C'est convenu
Vous êtes notre jardinier Amanda est à
vous... les réponses?
Célestin présente les lettres.
mBEKLOT, jmsentant la salade. Voilà!
M'"" PETiTGRis, prenant la lettre. Sauvée.
{Repoussant le saladier.) Allez donc
BiRERLOT, étonné. Elle n'en veut pas à présent!... En voilà un caprice de femme...
PETiTGRis. Mes enfants, nous inaugurerons notre maison de campagne par la noce d'Amanda. Nous partons ce soir pour Nogent. {A Victoire.) Et tu te réhabiliteras par le repas des noces.
VICTOIRE. Soyez tranquille.
BIBERLOT. Soyez tranquille.
PETiTGRis. Non, pas toi... j'en ai assez de ta cuisine polonaise.
BIBERLOT. Je vous disais : Soyez trai^iquille... je n'y toucherai pas.
PETiTGRis. A la bonne heure. . . tu te contenteras de planter mes choux.
BIBERLOT, avec intention, à madame Petit gris. Et des raiponces...