ACTE I, SCÈNE V
voyageant, nous arrêter chaque soir dans quelqu'une de nos terres? (Arec chaleur.) Parle, mon enfant, parle! Jeté donnerai qui tu voudras, prince ou roi !
Et si ce n'était ni un prince, ni un roi?
MENZIKOFF
Si tu l'as choisi... si tu l'aimes... qu'importe I c'est chose faite. Quel est-il? Comment! depuis quand l'as-tu connu?
OLGA
Depuis quinze jours à peine! Nous traversions la Neva au grand galop de six chevaux de l'Ukraine, conduits par Iwan, qui, dès le matin, était ivre.
MENZIKOFF
Le misérable1....
OLGA
En l'honneur de mon jour de naissance ! Et puis la neige qui tombait par flocons empêchait d'apercevoir un endroit où la glace était à peine prise. On avait beau crier de loin : Arrêtez ! arrêtez ! impossible de retenir les chevaux ; les deux premiers de l'attelage étaient déjà engloutis! A l'aspect du danger, Iwan, abandonnant les guides, avait eu, ainsi que ma gouvernante, le temps de se jeter hors du dronski; mais moi, enveloppée dans mes fourrures, dont je ne pouvais me défaire, j'allais être précipitée dans l'a-
bime... (voyant le geste d'effroi de Menzikoff.) RaSSUrez-VOUS, ïïlOn père !
me voilà ! Un beau jeune homme , qui avait sauté de son traîneau, s'élance, au risque -de sa vie, m'enlève dans ses bras et m'emporte sur la glace qui craquait sous ses pieds, tandis qu'ivs an, pâle et tremblant, nous suppliait, mon libérateur et moi, de ne pas parler de cet accident, assurant que vous le tueriez indubitablement.
MENZIKOFF
Il peut y compter... et rien ne m'en empêchera.
Que moi, mon père! moi qui demande sa grâce! car, sans lui, sans sa maladresse, je n'aurais pas été sauvée par le bel inconnu... Et si vous saviez quels soins il m'a prodigués!... comme il attachait sur moi ses regards inquiets et pleins d'expression! Je
n'osais lui demander à qui nous devions un tel serviee. Ma gouvernante a été plus hardie! « Je suis Polonais, a-t-il répondu, le comte Sapieha ! »
MENZIKOFF, poussant un cri.
Sapieha !
OLGA
Depuis, et plusieurs fois à cette heure-ci, je l'ai rencontré à la promenade sur la Neva.
MENZIKOFF, à part.
Sapieha !
OLGA
Chaque fois que son traîneau passait près du mien il me saluait avec respect.
MENZIKOFF
Voilà pourquoi , tout à l'heure , tu tenais tant à sortir en traîneau !
OLGA
Précisément... Venez... je vais vous le montrer!
MENZIKOFF, avec impatience.
Eh ! je ne le connais que trop !
Que voulez-vous dire?.,.
MENZIKOFF, à demi-voix.
Qu'il faut oublier et cette aventure... et le comte Sapieha!...
OLGA
Et pourquoi?...
"MENZIKOFF, ayec embarras.
Pourquoi?... parce que dès demain, il retourne en France... et quitte la Russie pour toujours!
OLGA
Mais son père l'habite!... et puis s'il savait, par vous, que celle qu'il a sauvée lui garde une éternelle reconnaissance!... s'il savait surtout que le premier ministre l'accepte pour gendre... j'ignore ce qu'il répondrait, je ne puis le deviner... mais il me semble qu'à sa place,., je resterais!