ACTE II, SCÈNE IL
MENZIKOFF
Mais c'est de la folie !
SAPÏEHA.
C'est du bonheur!... chacun le sien!
MENZIKOFF
Vous êtes donc bien enchaîné, bien amoureux, bien épris?
SAPIEHA
Éperdument!... et si une chose m'étonne, c'est de ne pas l'être davantage ! J'aurais donné, sans hésiter, ma vie entière pour quelques minutes passées près d'elle! parce qu'il y a là, vous comprenez... un prestige qui vous éblouit, qui vous enivre! de loin, c'est plus qu'une mortelle, c'est un être divin qu'on ose à peine adorer!... mais quand on a osé... quand on a rêvé le ciel...
MENZIKOFF, froidement.
Il y a toujours un moment où l'on redescend sur terre, où l'on s'éveille et l'on se retrouve dans la réalité...
SAPIEHA, vivement.
Réalité qui me charme... qui me charmera toujours! je l'atteste'!... Aussi, que celle qui a reçu mes Serments soit déesse ou mortelle, l'amour et la reconnaissance m'enchaînent, Thonneur commande , et tant qu'elle ne m'aura pas rendu mes serments , tant qu'elle ne m'ordonnera pas elle-même de m'éloigner... et de l'oublier... je resterai, quel que soit le danger! je resterai près d'elle, car je ne crains rien... que de lui paraître ingrat!
MENZIKOFF
0 jeunesse insensée ! qui pour un amour d'un instant, pour un rêve, un caprice, compromet tout un avenir...
SAPIEHA, souriant.
Vous n'avez jamais été ainsi?...
MENZIKOFF
Jamais !
• SAPIEHA
Eh bien , je vous plains !
MENZIKOFF
Et moi je vous trouve... absurde?
APIEIIA.
Soit!... j'aime mieux avoir tort...<*omme moi, que raison... comme vous.
MENZIKOFF
Rappelez-vous, monsieur le comte, que je voulais vous sauver ; et si la foudre éclate... n'accusez que vous-même qui l'aurez attirée sur votre tête... adieu ! (11 sort par ie fond.)