SCÈNE XI
OLGA, entrant par la droite en robo de cour.
Quel honneur pour nous de recevoir en ce palais notre souveraine!
Votre amie!... ( La regardant. ) Vous voilà bien belle, mon enfant?...
Me voilà prête de bonne heure pour la réception ; une femme moscovite ne doit jamais, dit-on, faire attendre son mari.
LA CZARINE, souriant.
Oh ! je ne pense pas que le vôtre vous gronderait.
OLGA
Ni moi non plus!... il a l'air si bon!...
Vous trouvez?...
OLGA
Je le suppose!... car excepté ce matin... où j'ai eu un instant de conversation avec lui et mon père... je l'ai à peine vu!... Hier, en sortant de l'église... il nous a quittés...
Je le sais... un message... un ordre exprès du czar, lui prescrivait de partir à l'instant même.
OLGA, respirant et souriant.
C'est donc cela! Je me disais aussi... car ce mariage s'est fait d'une manière si brusque , si effrayante , qu'on n'a pas eu le temps de se reconnaître... Et puis, ce matin, son service qui l'appelait... à la cour, près de Votre Majesté... il m'a quittée et vite!... et vite!...
En vérité !
OLGA
Aussi... j'attendais son retour avec une impatience...
Et pourquoi?...
OLGA
Parce que... le czar venait de me tenir des discours très-singuliers... que je ne comprenais pas... de pavillon du jardin... d'entrevue accordée par moi...
LA CZARINE^ l'interrompant vivement.
C'est bien!... Et lui?...
OLGA
11 m'a rassurée... ce notait rien... une erreur... un quiproquo de l'amiral Villerbeck... J'ai à peine écouté, parce que dans ce moment-là il me regardait d'un air si respectueux... si soumis... et pourtant si bon... que j'en étais tout émue!
LA CZARINE, avec inquiétude .
Ah!...
OLGA
Et lorsque mes femmes sont entrées pour ma toilette, il voulait se retirer... C'est ma gouvernante qui lui a dit : « Restez donc, « monsieur le comte, un mari a ce droit... » et, malgré cela, il a encore hésité un instant.
LA CZARINE, avec jalousie.
Mais il est resté?...
OLGA, joyeusement.
Il est resté !... il s'est assis près de moi... pendant que mes femmes me faisaient belle!... et de temps à autre, d'un air aimable et galant, il m'adressait des phrases... gracieuses... des riens... mais c'était charmant... et quand ma gouvernante, qui me flatte toujours, s'est écriée : Regardez donc, monsieur le comte, comme votre femme est jolie!...
Qu'a-t-il répondu?...
OLGA
Pas un mot!... mais il avait l'air d'être de son avis! ce qui m'a fait plaisir!... et puis, quand j'ai été habillée, il m'a demandé la permission d'attacher là mon bouquet... je ne pouvais guère le refuser... (s'arrêtant.) Mais pardon, madame, je raconte là à Votre Majesté des détails bien insignifiants...