‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 108 sur 156 · I. Z. L,, 6 janvier · texte numérisé non relu

I. Z. L,, 6 janvier

3^6 LA DALMAtlE DE 181O A 1815

On fit des forts et des routes. A Raguse, on compléta le système de défense commencé par Marmont, en élevant des batteries sur les îles qui enveloppent la rade, et sur le mont Saint-Serge, qui domine la ville, on acheva le fort impérial : le drapeau tricolore y fut déployé, pour la première fois, le 15 août 1812% après cinq ans de travail. On fit aussi quelques parties de la route de Sinj à Castelnuovo qui était restée inachevées, notamment sur le territoire de Klek; les Turcs avaient longtemps refusé toute autorisation de travailler, mais un nouveau pacha s'y prêta au contraire de très bonne gnâce.

Tous ces travaux étaient exécutés d'après la méthode suivie par Marmont pour les premières routes; mais, quand l'administration veut réglementer ce qui se faisait d'enthousiasme, il en résulte que rien ne se fait plus de bon cœur. Les paysans étaient régulièrement de corvée quinze jours et libres un mois, et étaient remplacés immédiatement par d'autres; c'était donc plus de cent jours par an qu'on leur demandait. Nul n'était exempt; les marins de Lagosta et de Meleda durent aller travailler à des routes où ils ne devaient jamais circuler. Des centaines de mulets furent employés pendant deux saisons à monter sur le mont Saint-Serge les matériaux du fort : chaque ouvrier ou muletier recevait un pain et 30 centimes par jour : aussi y eut-il beaucoup de réfractaires; des ateliers entiers J désertèrent, et, dans certaines localités, il fallut établir des garnisaires dans " toutes les maisons pour obliger les récalcitrants à se rendre au travail.

Comme toute besogne faite de mauvais gré, ces travaux furent mal faits et coûtèrent fort cher. Les Archives de Raguse (181 1 et 1812) accusent une dépense de 50 à 60.000 francs par mois, et les routes neuves furent emportées aux premières pluies. Certains ingénieurs paraissent encore être ceux à qui ce travail ait le plus profité^.

TITRE XI. — DE l'instruction publiq.ue (.\rt. 127-130)

L'instruction publique est une des parties de l'administration sur lesquelles le gouvernement français déplo3'a le plus d'activité. En 1810, Dandolo léguait à ses successeurs une organisation assez complète composée d'un lycée, sept gymnases et une trentaine d'écoles élémentaires?.

Le lycée de Zara avait été fondé en 1807; son organisation était copiée sur celle des anciennes écoles centrales et, en réalité, c'était une université à qui il ne manquait que le nom, ce qui importe peu, et les étudiants, ce qui est beaucoup plus grave.

En 1810, l'enseignement littéraire était représenté par deux cours :

I. Diario Stulli. ] 2, R. P. 181 1, 24 juin, 1.928, l'^' septembre, 2.826. | 3. Cf., p. 238.

Le dkcret du [5 AVRIL 181 1 3^7

belles-lettres et philosophie; les sciences, p;ir un cours de mathcnuuiques, deux cours d'agronomie, un cours de physique et un cours de chimie. Deux professeurs enseignant l'un le Code Napoléon, l'autre le droit criminel, constituaient la branche juridique, et l'enseignement médical comportait également deux cours : anatomie et chirurgie, pathologie et clinique. Venaient ensuite le dessin, la calligraphie, l'enseignement religieux et militaire. Vingt bourses et vingt demi-bourses assuraient à chaque professeur un modeste contingent d'auditeurs. Les dépenses, montant à 59.275 francs, ét.iient en partie assurées au moyen d'une dotation constituée sur les biens des monastères supprimés, et administrée par une commission de notables zaratins.

Les gymnases de Zara, Sebenico, Traù , Spal.uo, Veglia, Lésina, et Makarska étaient plutôt des écoles primaires; si dans les deux premiers nous trouvons six professeurs, le personnel enseignant des autres se composait de trois ou deux maîtres. A Veglia, Lésina et dans l'école élémentaire de Citta-Vecchia, on enseignait un peu de géométrie et de mathématiques aux fils de marins; il y avait un professeur de philosophie à l'école dite élémentaire de Scardona, un professeur d'histoire à Makarska, mais en somme l'enseignement restait à un niveau extrêmement modeste, quoique très supérieur à tout ce qui avait été obtenu jusque-là.

Les quatre séminaires de Zara, d'Ossero, de Priko (Almissa) et de Spalato avaient leurs ressources propres et relevaient de l'autorité épiscopale, qui s'était affranchie du joug que Dandolo avait un moment essayé de lui faire accepter.

Outre les classes primaires établies dans les gymnases, il subsistait encore quelques-unes des écoles élémentaires créées à la demande de Dandolo, et le plus grand nombre était aux îles, ce qui indiquerait une plus grande aptitude à l'instruction chez les insulaires, ou plutôt une plus grande force de résistance au progrès chez les habitants de la Dalmatie intérieure.

Raguse avait aussi son lycée, l'ancien collège des jésuites, dont les superbes bâtiments et la vaste église dominent la ville; les jésuites avaient été remplacés par les piaristes, et, en 1806, le collège occupé par les Français était devenu l'hôpital militaire, mais, en 1808, Marmont, rempli de sollicitude pour la ville de Raguse, décida la réouverture du collège; il rendit aux religieux l'église et les établit dans un couvent abandonné qui était contigu; il assura le fonctionnement de l'institution par la constitution d'une rente de 23.476 fr. 15 et la fondation de vingt bourses d'élèves pensionnaires. Les professeurs de ce collège étaient des hommes éminents, à la tète desquels il faut citer le célèbre Père Appendini ; les programmes, à la différence de ceux du lycée de Zara, n'avaient rien d'encyclopédique :

on enseignait le latin et le grec, le français, l'italien et le slave, l'histoire et le dessin : la réputation du vieil établissement fut bientôt rétablie.

Telle était la situation en iSio.

Marmont créa un inspecteur général de l'instruction publique, et appela à ces fonctions un ex-bénédictin, l'abbé Zelli, qu'il avait connu et apprécié à Zara, et avec lequel il raconte, dans ses Mémoires, qu'il étudia la physique et la chimie pendant l'hiver 1808-1809'. Zelli, nommé en juin, inaugura ses fonctions par la publication de remarquables circulaires qui montrent en lui un homme fort au courant des questions pédagogiques. En même temps se préparait un vaste plan de réorganisation de tous les services de l'instruction publique ; ce plan fut publié et promulgué par l'arrêté du 4 juillet 1810^.

Il était créé une école primaire de garçons par commune, et une école primaire de filles par canton; des écoles d'arts et métiers à Zara et Laybach, vingt-cinq gymnases, dont huit en Dalmatie, ceux qui existaient, un à Raguse et un à Cattaro. Les lycées de Raguse et de Zara étaient conservés, ainsi que le séminaire de Spalato, assimilé aux lycées. (Art. i à 7.)

Dans les écoles primaires, on devait apprendre à lire et à écrire dans la langue du pays; de plus, on enseignerait les éléments de l'arithmétique et le catéchisme « approuvé par l'autorité civile ». (Art. 23.)

Dans les gymnases, le programme comprenait : les éléments des langues française, italienne et latine, l'arithmétique, le système des poids et mesures et le catéchisme. (Art. 24.)

Dans les lycées, la grammaire et la rhétorique des langues française, itaUenne et latine, de manière que les élèves puissent expliquer les auteurs classiques, les éléments de l'histoire et de la géographie, les mathématiques, la morale et la physique. (Art. 25.)

Au séminaire de Spalato, le programme était complété par des cours d'histoire ecclésiastique et de théologie dogmatique et morale. (Art. 23.)

Le lycée de Zara devra être organisé, dit l'art. 8, en école centrale pour procurer aux élèves des autres établissements un complément d'instruction. L'enseignement complémentaire du lycée de Zara comprenait (Art. 27) toutes les matières inscrites au programme de Dandolo et devait conduire à des examens qui ouvriraient les professions de médecin, chirurgien, pharmacien, arpenteur, ingénieur, architecte et homme de loi. (Art. 44.)

Le lycée de Zara fut solennellement inauguré sous sa nouvelle forme, la troisième depuis quatre ans, le 15 novembre 18 10.

Cette organisation qui, pour la Dalmatie au moins, n'était que la con-

I. Marmont, Mtm., L. XI, p. 124. | 2. T. O., 10 octobre. O. T., 16 octobre 1810.

sccration du stalii i]iio, fut profondément bouleversée par le décret du 15 avril.

L'art. 127 supprimait, par simple prétérition, le lycée de Zara, et un arrêté de Bertrand, en date du 12 novembre", supprima tous les gymnases pour y substituer quatre écoles secondaires ;\ Zara, Traii, Sebenico et Cattaro, avec six professeurs A Zara et trois dans les autres écoles. Le séminaire de Spalato était conservé; le lycée de RagLise était agrandi parla multiplication des bourses dont le nombre était porté à 60, en attendant qu'il s'élevât à 100.

Ces mesures radicales avaient pour cause la raison d'économie et aussi l'insuffisance notoire de la plupart des maîtres; si l'on y trouvait des hommes de grand mérite, comme les abbés Aleardi, à Zara, Giuriceo, à Sebenico, Scacoz à Traù, il n'y manquait pas de non valeurs, et les chaires de l'école centrale étaient devenues des sinécures permettant de donner un supplément de traitement à un employé de l'intendance, comme était le professeur de droit criminel, ou à des médecins, membres de commissions sanitaires.

L'amour-propre des Zaratins n'en fut pas moins vivement blessé par une suppression qui coïncidait avec l'extension donnée au Ij'cée de Raguse, Raguse de tout temps rivale détestée de toutes les villes de la Dalmatie.

La mauvaise humeur des Zaratins les poussa à élever un conflit dans lequel, il tant le dire, ils n'avaient qu'un tort, celui de vouloir lutter avec plus fort qu'eux. Le lycée avait reçu une dotation; or le lycée était supprimé et la direction des domaines prétendait se mettre en possession des biens de la dotation ; la commission administrative protesta, et son président, le juge G. Parma, rédigea un long mémoire plein de bons arguments tirés du décret du 1 1 décembre 1808 rendu à Madrid, de la décision prise par le Sénat de Venise, en 1787, après l'incendie du couvent Saint- Demetrius, et de la bulle de saint Pie V, instituant et dotant le couvent de Saint-Michel d'Uljan, moyennant certaines conditions qui allaient cesser d'être remplies. Le 16 septembre 1812, l'intendant fut chargé de notifier à qui de droit l'arrêt du petit conseil ordonnant l'incorporation; par compensation, l'Etat prenait à sa charge toutes les dépenses relatives à l'enseignement.

En 181 5, les rapports des intendants la Bergerie et Lareinty, et du subdélégué Santo, de Spalato, constatent que l'enseignement secondaire est en progrès : les corps professoraux, produits d'une sélection, sont capables et dévoués; on ne leur reproche qu'une chose, c'est de négliger l'enseignement de la langue française; mais il faut dire, à la décharge des

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