I. \'oir la figure
INTRODUCTION GÉOGRAPHiaUF. XXXI
sirocco, les dallages des places et des quais se mou illent comme s'il venait de pleuvoir. En effet, en traversant la mer, le sirocco, vent cliaud d'Afrique, s'est chargé d'humidité, et il est rare que lorsqu'il souflle depuis quelques jours la pluie ne se déclare; c'est au sirocco que le littoral dalmate doit ses hivers tièdes et pluvieux'.
Le sirocco souttle environ 80 jours par an. La hora, vent du nord-est, est moins fréquente; on la constate 50 jours par an, mais elle est beaucoup moins inoffensive.
La bora, comparable au mistral de Provence, est un vent froid et sec qui L.i boia. vient des plaines de Hongrie ; il traverse les Alpes Juliennes en se refroidissant encore sur les neiges, et vient désoler tout le littoral nord-est de l'Adriatique. De Trieste à Cattaro, il est peu de points qui en soient abrités, et dans l'intérieur des terres, où la bora n'est pas combattue par l'influence du sirocco, elle détermine un climat sensiblement différent de celui du littoral; la moyenne annuelle de Knin (12°) et de Sinj (13°) ne s'écarte pas beaucoup de celle de Zara (14°) et Raguse (16°); mais il s'agit ici de mo^-ennes : les étés de la Dalmatie intérieure sont suffoquants et les hivers sont extraordinairement rigoureux.
La température du littoral est, au contraire, tempérée ; l'hiver il gèle rarement, on voit, il est vrai, pendant cinq mois les montagnes voisines couvertes de neige, mais ce n'est qu'exceptionnellement qu'il en tombe à Zara même, bien que cette ville ne soit pas abritée de la bora.
Dans les mers de Dalmatie, la bora est peu dangereuse, parce que, soufflant perpendiculairement à la côte, elle ne s'engouffre pas comme le sirocco dans les défilés qui séparent les îles du littoral; dans le Quarnero, au contraire, qui est orienté du nord au sud, elle amène des tempêtes qui rendent ces parages dangereux, même dans la belle saison. Si l'influence de la bora sur mer n'est pas très pernicieuse en Dalmatie, elle l'est au contraire sur terre. Partout où elle souffle habituellement, la végétation disparaît ; sur la terre ferme comme dans les îles, toutes les pentes qui regardent le nord-est sont dénudées et aucun effort ne peut y établir de plantations.
La bora n'est pas d'ailleurs un vent malsain, et le troid sec qu'elle détermine contrebalance les effets désastreux que le sirocco, chaud, humide et énervant, pourrait avoir sur la santé publique.
Des autres vents, le maestro (nord-ouest) est le plus fréquent. Le plus rare et le plus redouté est le vent du sud-ouest qui, lorsqu'il souffîe en tempête, lance ses flots perpendiculairement à la côte, sur les quais et les moles, et y cause de gros dommages; ces tempêtes sont du reste très rares .
En résumé, la Dalmatie présente deux climats très opposés : le long de
I. L'action du sirocco amène en Dalmatie des pluies abondantes. Voici, d'après les Mitthâiluiigen de Petermann (no 58, p. 54), les quantités d'eau tombées en une année sur le littoral oriental de l'.-Vdriatique : Trieste, if" 093; Pola, 0^ 711; Zara, O"' 801; Lésina, 0" 791; Curzola, c" 997; Raguse, i^ 669.
XXXH INTRODUCTION GEOGRAPHiaUE
la mer, un climat doux; dans l'intérieur, des extrêmes de chaleur et de froid ' : c'est une des causes qui ont accentué la différence des mœurs que nous avons signalée entre les Dalmates du littoral et ceux de l'intérieur.
§v. Éten- La Dalmatie, en 1797, n'avait pas les limites qu'elle a aujourd'hui, tes de la Lcs îles du Quamero en dépendaient; or, depuis 181 1, une partie de ces Dalmatie en îlcs a été rattachée à la province de Croatie. Nous regarderons cependant, ' ' dans le cours de cette histoire, les iles de \'eglia, Cherso et Lussin
comme parties intégrantes de la Dalmatie, puisqu'elles n'en ont été distraites que peu avant la rentrée des Autrichiens dans la province.
Le territoire des Bouches de Cattaro était désigné sous le nom d'Albanie vénitienne ; ses destinées furent toujours associées à celles de la Dalmatie à laquelle elle a été incorporée par la suite. Nous avons dû faire entrer dans cette histoire les faits relatifs à cette province : ils sont tellement connexes avec ceux qui concernent la Dalmatie proprement dite, qu'il eût été impossible de les écarter du récit sans le rendre inintelligible.
Raguse formait, à la fin du xviii' siècle, un état absolument indépendant; mais nous aurons à voir bientôt comment cette petite république perdit son autonomie; nous pouvons donc, par anticipation, la regarder comme appartenant à la Dalmatie dont elle est du reste une partie naturelle.
La Dalmatie s'étendait donc, en 1797, entre le 45° 51' nord (pointe nord de Veglia) et le 42° 12' lé" (Lastua, au sud de Budua), le 11° 54' 07" est de Paris (Ile Unje au large de Cherso) et le 16° 40' 52" (au même point de Lastua).
La plus grande longueur, de Cherso à Lastua, était de 500 kilomètres (66 milles géographiques). La largeur était très variable, 80 kilomètres de Knin à la côte sud-ouest de l'Isola Grossa et quelques hectomètres au sudest de Raguse.
Fosses- 5m- Jeyx points même, la Dalmatie était interrompue par deux bandes de
sions Otto- . . . '^ ' . . '. ',
mânes en territoire dépendant de 1 Empire ottoman. Le territoire de Neum, au fond Dalmatie. ^j^ g^jj-g j^ Klek, au nord de la presqu'île de Sabioncello, et la vallée de Sutorina aboutissant aux Bouches de Cattaro, avaient été laissés à la Turquie parl'article 8 du traité de Carlovitz(i699), grâce aux manœuvres des agents ragusains qui voulaient éviter ainsi tout contact entre les états de Venise et ceux de Raguse. La suzeraineté du sultan sur ces deux territoires était d'ailleurs purement nominale, et si parfois les maîtres de la Dalmatie, en quête d'un prétexte, ont mis en avant la neutralité du terri-
I. L'auteur a fait, le 15 janvier 1889, la route de Spalato à Traù par un soleil de printemps; il était en voiture découverte. Le même jour, la diligence qui va de Spalato à Zara par l'intérieur était arrêtée par les neiges, et devait attendre deux jours pour continuer sa route.
IXTRODUCTIOX GÈOGRAPHiaUE XXXIII
toire Ottoman, jamais, quand ils ont eu intcrùt ;\ le lairc, ils n'ont regardé à la violer, et cela sans que les Turcs aient mùme songé à protester.
La frontière nord-est de la Dalmatie a son histoire qu'il n'est peut-être Histoire
, , , J 11 c o n 11 II
pas sans mteret de rappeler en quelques mots. turco-dai-
Au temps de la conquête de la péninsule balkanique par les Turcs, les ""''^• établissements vénitiens en Dalmatie se bornaient à quelques villes de la côte, qui ser\'aient de comptoirs aux commerçants et de points de relâche aux flottes de la République. L'intérieur appartenait à des petits souverains indigènes qui dépendaient de la Hongrie. Le lien de vassalité, qui n'avait jamais été bien fort, s'était encore relâché lorsque les Turcs se furent avancés jusqu'au Danube et â la Save. Les rois de Hongrie avaient assez à défendre leur couronne, et les petits états slaves et dalmates eurent le sort de ceux de Bosnie. Les Monténégrins se retranchèrent dans leur montagne et défendirent leur indépendance pendant cinq siècles ; il en fut à peu près de même des habitants de la Poglizza, district qui comprend le massif du Mossor, au nord d'Almissa et à l'est de Spalato. Il semble que les gens de PogHzza, moins heureux que les Monténégrins, durent accepter en droit, et peut-être même en fiit, la domination ottomane, mais en tout cas ce ne fut pas pour longtemps.
La guerre de Candie eut son contre-coup sur les rives de l'Adriatique ; les Vénitiens furent assiégés dans leurs ports, mais comme ils avaient l'empire de cette partie de la mer, ils purent ravitailler leurs places, et, à la paix de 1635, les plénipotentiaires ottomans reconnurent à Venise la possession de tout le littoral jusqu'à la première chaîne de hauteurs qui courait le long de la mer.
On traça une frontière qui fut désignée dans les actes vénitiens sous le L.i imca nom de Linea Nani ', du nom du commissaire qui avait été chargé de ce travail concurremment avec les plénipotentiaires turcs.
Les Vénitiens avaient les bords du canal de la Morlacca et de la mer de Karin, une partie du comté de Zara, les villes de Sebenico, Traù et Spalato.
La Poglizza et le littoral compris entre Spalato et l'embouchure de la Narenta n'étaient pas cédés aux Vénitiens, mais s'étaient émancipés en chassant les Turcs qui n'osèrent pas y rentrer. Tout ce territoire, enveloppé par la linea Nani, prit par la suite le nom de Vccchio Acquisto : domaine ancien.
A la fin du XVII" siècle, une nouvelle guerre éclata et eut une issue La Linea glorieuse pour les Vénitiens. Outre la conservation de leurs conquêtes en Mocenigo. Morée, le traité de Carlovitz leur attribuait la Dalmatie intérieure qu'ils avaient conquise de 1647 à 1699. La nouvelle frontière, dite Linea Mocenigo, embrassait, outre l'importante position de Klissa, les forteresses de Knin, Verlika et Sinj sur la rive droite de la Cetina, Duare sur la rive gauche de ce fleuve, Vergorac, Citluk sur la Narenta, avec les bouches de la Narenta jusqu'à Klek. Le tracé de frontière entre les six places cédées
: . Voir la carte I.
kXXW INTRODUCTION GEOGRAPHIQUE
aux V(5nitiens, se composait de lignes visuelles menées d'une ville à l'autre sans qu'il fût tenu compte des accidents géographiques.
La Uiiea Enfin, le traité de Passarovitz qui suivit la guerre de Morée, en 17 19,
Grimani. , ■ . . ^ , . . i rN i •
donna un nouvel accroissement aux possessions vénitiennes de Ualmatie.
En dédommagement de la perte de la Morée, Venise recevait le district d'Imoski, la rive gauche de la Cetina et le haut cours de la Kerka. Mais en traçant la Linea Grimani pas plus qu'en traçant la Linea Mocenigo, on ne s'occupa des conditions physiques qu'on est habitué à faire entrer en ligne de compte quand on délimite une frontière. La frontière suit les pentes des Alpes Dinariques, laisse aux Turcs la tour de Prolog, et s'infléchit vers Imoski pour rejoindre Vergorac et l'ancienne frontière, réduite de Citluk, que les Turcs avaient reconquis et qui leur fut laissé en vertu de 1'///;' possidetis, base de la négociation.
La frontière du pays de Cattaro avait également subi des transformations graduelles, avec cette complication que les Monténégrins détenaient quelques territoires que les plénipotentiaires turcs regardaient comme possessions légitimes de leur maître.
Le pays enveloppe par la Linea Mocenigo fut appelé Nuovo acqtiisto, domaine nouveau, et les acquisitions de 17 19 prirent le nom de Nuovissiiiio acqtiisto, domaine très nouveau. Telle est la frontière qui sera conservée jusqu'en 1878, et dont nous aurons à nous occuper pendant toute la période qui nous intéresse.
Il est certain que si la ligne droite est la plus simple des figures de géométrie, elle peut dans certain cas être la plus compliquée des frontières ; elle escalade les montagnes, franchit les torrents, coupe en deux les villages et les cultures, interrompt les routes et peut rendre le transit impraticable ; mais, en Dalniatie, un certain nombre de ces inconvénients ne se présentaient pas : il n'y avait, aux environs de la frontière, ni villages, ni cultures, mais quelques auberges où, dans la pratique, on s'habitua à voir la limite des deux états ; quant à se disputer la possession de montagnes déboisées, on n'y songea pas, et la frontière demeura un siècle durant à l'état théorique. Ce n'est qu'en 1818, quand la peste envahit les états ottomans, que rétablissement du cordon militaire obligea les Autrichiens à tracer la frontière qu'ils devaient garder, sans pouvoir du reste arrêter le fléau qui ravagea la Dalniatie et en décima les habitants.
ces fortes de la Dalniatie.
5 VI. pia- Cette frontière n'était gardée, en 1797, que par de vieux ouvrages que quatre-vingts ans de paix profonde avaient fait tomber dans un délabrement absolu : Knin, Sinj, Imoski, Fort-Opus, la tour de Norin étaient en ruines, et, à part Knin, que protégeaient des défenses naturelles, pas une de ces places n'eût résisté à une attaque de vive force.
Le littoral était mieux gardé : Zara, fortifiée par Michel Sammicheli, était alors une place de premier ordre. Située dans une presqu'île, elle