‹ La dame aux camélias; pièce en cinq actes, mêlée de chant. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 2 février 1852Chapitre 14 sur 71 · ACTE I, SCÈNE Vlll · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE Vlll

PRUDENCE

Qu'on vote ! (Tous lèvent la main, excepté Gaston.) La chanson est votée. Gaston, donne le bon exemple aux minorités.

GASTON

Soit. Mais je n'aime pas les vers de Philoxène, je les connais. J'aime mieux chanter, puisqu'il le faut. (7/ chante.)

[Musique de Montaubry, chef d'orchestre du Vaudeville.)

Il est un ciel que Mahomet

Offre par ses apôtres, Mais les plaisirs qu'il nous promet Ne valent pas les nôtres.

Ne croyons à rien

Qu'à ce qu'on tient bien, Et pour moi je préfère

A ce ciel douteux

L'éclair de deux yeux Reflété dans mon verre.

Dieu fit l'amour et le vin bons,

Car il aimait la terre, On dit parfois que nous vivons D'une façon légère.

On dit ce qu'on veut, On fait ce qu'on peut, Fi du censeur sévère Pour qui tout serait Charmant, s'il voyait A travers notre verre.

Gaston , se rasseyant.

C'est pourtant vrai que la vie est gaie et que Prudence est grasse.

OLYMPE

Il y a trente ans que c'est comme cela.

PRUDENCE

Il faut en finir avec cette plaisanterie... Quel âge crois-tu donc que j'aie ?

OLYMPE

Je crois que tu as quarante ans bien sonnés.

PRUDENCE

Elle est bonne encore avec ses quarante ans, j'ai eu trentecinq ans Tannée dernière.

GASTON

Ce qui t'en fait déjà trente-six. Eh bien ! vous n'en paraissez pas plus de quarante, parole d'honneur !

MARGUERITE

Dites donc, Saint-Gaudens, à propos d'âge, on m'a raconté une histoire sur votre compte.

OLYMPE

Et à moi aussi.

Quelle histoire ?

MARGUERITE

Il est question d'un fiacre jaune.

OLYMPE

Elle est vraie, ma chère.

PRUDENCE

Marguerite, passez-moi du turbot.

GASTON

Ah ça ! Prudence a l'estomac en fer-blanc.

PRUDENCE

Est-ce qu'il est défendu de manger maintenant?

GASTON

Voyons l'histoire du fiacre jaune.

OLYMPE

Il faut vous dire, mes enfants, que cet affreux Saint -Gaudesss que vous voyez là, qui ne m'a pas encore fait un sou de rente...

Je t'en ferai.

OLYMPE

Ne me tutoyez pas, s'il vous plaît.

Je vous en ferai, quand j'aurai hérité de mon oncle.

Son oncle ! En voilà une bonne !... avec ça qu'à son âge on est encore le neveu de quelqu'un ! C'est donc le Juif errant, votre oncle ?

Peut-être.

GASTON

Alors, il n'y aura que cinq sous d'héritage... mauvaise affaire.

OLYMPE

Voyons, veut-on savoir l'histoire du fiacre jaune?

GASTON

Oui, mais laissez-moi aller me mettre à côté de Marguerite, je m'ennuie à côté de Prudence.

PRUDENCE

Voilà un gaillard bien élevé.

MARGUERITE

Gaston, tâchez de rester tranquille.

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