ACTE 11, SCÈNE T
MARGUERITE
Les voici. Vous avez dit au duc que j'avais l'intention d'aller à la campagne?
PRUDENCE
Oui.
MARGUERITE
Qu'a-t-il répondu ?
PRUDENCE
Que vous aviez raison, que cela ne pouvait vous faire que du bien...E* vqus irez?
MARGUERITE
Je l'espère ; J'ai encore été voir la maison aujourd'hui.
Combien veut-on la louer?
MARGUERITE
Deux mille francs.
PRUDENCE
Ah ça ! c'est de l'amour, ma chère.
MARGUERITE
J'en ai peur ; c'est peut-être une passion ; ce n'est peut-être qu'un caprice ; tout ce que je sais, c'est que c'est quelque chose.
PRUDENCE
Il est venu hier?
Vous le demandez?
Et il revient ce soir?
Il va venir.
PRUDENCE
Je le sais bien ! il est resté trois ou quatre heures à la maison,
MARGUERITE
11 vous a parlé de moi?
PRUDENCE
11 n'a fait que cela.
MARGUERITE
Que vous a-t-il dit ?
PRUDENCE
Qu'il vous aimait comme un fou.
Il y a longtemps que vous le connaissez?
PRUDENCE
Oui.
MARGUERITE
L'avez-vous vu amoureux quelquefois ?
MARGUERITE
PRUDENCE
MARGUERITE
PRUDENCE
Jamais.
MARGUERITE
Votre parole!
PRUDENCE
Sérieusement.
MARGUERITE
Si vous saviez quel bon cœur il a, comme il parle de sa mère et de sa sœur !
PRUDENCE
Quel malheur que des gens comme ceux-là n'aient pas cent mille livres de rente!
Quel bonheur, au contraire ! au moins ils sont sûrs que c'est eux seuls qu'on aime. (Prenant la main de Prudence et la mettant sur sa poitrine.) Tenez !
PRUDENCE
Quoi?
MARGUERITE
Eh bien ! le cœur me bat, vous ne sentez pas?
PRUDENCE
Pourquoi le cœur vous bat-il ?
MARGUERITE
Parce qu'il est dix heures et qu'il va venir.
PRUDENCE
C'est à ce point-là? je me sauve. Vous êtes dangereuse i connaître ; si cela se gagnait !
MARGUERITE
Va ouvrir, Nanine.
On n'a pas sonné.
MARGUERITE
le te dis que si.