‹ La dame aux camélias; pièce en cinq actes, mêlée de chant. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 2 février 1852Chapitre 26 sur 71 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

MARGUERITE

Bien,

LE COMTE

Il fait un froid du diable ! Vous m'avez écrit de venir à dix heures et demie. Vous voyez que je suis exact.

MARGUERITE

Nous avons à causer, mon cher comte.

LE COMTE

Avez-vous soupe ?...

MARGUERITE

Oui, pourquoi?...

LE COMTE

Parce que nous aurions été souper, et nous aurions causé en soupant.

Vous avez faim ?

LE COMTE

On a toujours assez faim pour souper. J'ai si mal dîné au club.

MARGUERITE

Quest-ce qu'on y a fait?...

LE COMTE

On jouait quand je suis parti.

MARGUERITE

Saint-Gaudens perdait-il?...

LE COMTE

Il perdait vingt-cinq louis, il criait pour mille écus.

MARGUERITE

Il a soupe l'autre soir ici avec Olympe.

LE COMTE

Et puis, qui encore ?

MARGUERITE

Gaston de Rieux, vous le connaissez?...

LE COMTE

Oui.

MARGUERITE

M. Armand Duval.

Qu'est-ce que c'est que M. Armand Duval?

MARGUERITE

C'est un ami de Gaston. Prudence et moi... Voilà le souper... On a beaucoup ri.

LE COMTE

Si j'avais su, je serais venu. A propos, est-ce qu'il sortait quelqu'un d'ici tout à l'heure, un peu avant que j'entrasse ?

MARGUERITE

Non, personne.

LE COMTE

C'est qu'au moment où je descendais de voiture, quelqu'un a couru vers moi, comme pour voir qui j'étais, et, après m'a» voir vu, s'est éloigné !

MARGUERITE, à part.

Serait-ce Armand? (Elle sonne.)

LE COMTE

Vous avez besoin de quelque chose ?...

MARGUERITE

Oui, il faut que je dise un mot à Nanine. (A Nanine, bas.) Descends, sors dans ïa rue, sans faire semblant de rien ; regarde si M. Armand Duval y est, et reviens me le dire.

Oui, madame. (Elle sort.)

Il y a une nouvelle.

MARGUERITE

Laquelle?

LE COMTE

Gagouki se marie.

MARGUERITE

Notre prince Polonais?

LE COMTE

Lui-même.

Qui épouse-t-il?

Devinez !

Est-ce que je sais?

MARGUERITE

LE COMTE

MARGUERITE

LE COMTE

Il épouse la petite Adèle.

MARGUERITE

Elle fait là une fameuse sottise!

LE COMTE

C'est lui qui en fait une.

Mon cher, quand un homme du monde épouse une fille comme Adèle, ce n'est pas lui qui fait une sottise, c'est elle qui fait une mauvaise affaire. Votre Polonais est ruiné, il a une détestable réputation, et s'il épouse Adèle, c'est pour les douze ou quinze mille livres de rentes que vous lui avez faites les uns après les autres,

nanine, rentrant

Non, madame.

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