ACTE I, SCÈNE
VARVILLE
Marguerite a donc été dans un magasin ?
Elle a été lingère.
VARVILLE
Tiens !
Vous l'ignoriez? Elle ne s'en cache pourtant pas.
VARVILLE
Elle est jolie cette petite Nichette.
Et sage !
VARVILLE
Mais ce M. Gustave?
Quel M. Gustave?
Dont parlait Mlle Nichette, et qui l'attendait en bas. .
C'est son mari.
VARVILLE
C'est M. Nichette?
11 n'est pas encore son mari, mais il le sera.
VARVILLE
En un mot, c'est son amant. Bien, bien... elle est sage, mais elle a un amant.
Qui n'aime qu'elle, comme elle n'aime et n'a jamais aimé que lui, et qui l'épousera, c'est moi qui vous le dis. M,le Nichette est une très-honnête fille.
varville, se levant et venant à Nanine.
Après tout, peu m'importe. Décidément, mes affaires n'avancent pas ici.
Pas le moins du monde.
VARVILLE
Il faut avouer que Marguerite...
Quoi?
Aune drôle d'idée de recevoir toujours M. de Mauriac, $ui ne doit pas être amusant.
NAMNE.
Pauvre homme! c'est son seul bonheur... Il est son père... ou à peu près.
VA R VILLE
Ah! oui... il y a une histoire très-pathétique là-dessus, malheureusement...
Malheureusement?, Je n'y crois pas.
NAMNE.
VARVILLE
nanine. se levant.
Ecoutez, monsieur de Yarville, il y a peut-être bien des choses vraies à dire sur le compte de madame, mais c'est une raison de plus pour ne pas dire celles qui ne le sont pas. Or, voici ce que je puis vous affirmer, car je l'ai vu, de mes propres yeux vu, et Dieu sait que madame ne m'a pas fait la leçon, puisqu'elle n'a aucune raison de vous tromper, et ne tient ni à être bien, ni à être mal avec vous. Je puis 'donc affirmer qu'il y a deux ans, madame, après la maladie qu'elle venait de faire, esc allée aux eaux pour achever de se rétablir. Je l'accompagnais. Parmi les malades de la maison des bains, il y avait une jeune fille à peu près de son âge, atteinte de la même maladie qu'elle, seulement atteinte au troisième degré, et lui ressemblant comme une sœur jumelle. Cette jeune tille, c'était Mlle de Mauriac, la fille du duc.
MUe de Mauriac mourut.
Oui.
VARVILLE
Et le duc, désespéré, retrouvant dans les traits, dans l'âge, et jusque dans la maladie de Marguerite, l'image de sa fille, la supplia de le recevoir et de lui permettre de l'aimer comme son enfant. Alors Marguerite lui avoua sa position.
NAMNE.
Car madame ne ment jamais.
VARVILLE
Naturellement. Et comme Marguerite ne ressemblait pas à Mlle de Mauriac autant au moral qu'au physique, le duc lui promit tout ce qu'elle voudrait, si elle consentait à changer d'existence, ce à quoi s'engagea Marguerite, — qui, naturellement encore, de retour à Paris, se garda m>n de tenir parole; et le duc... comme elle ne lui rendait que la moitié de son bonheur, a retranché la moitié du revenu; si bien qu'aujourd'hui elle a 50,000 fr. de dettes.