ACTE V, SCÈNE I
GASTON
J'étais né pour être garde-malade.
MARGUERITE
Où est donc Nanine ?
GASTON
Elle dort. Quand je suis venu sur les onze heures du soir, pour savoir de tes nouvelles, la pauvre fille tombait de fatigue ; moi au contraire, j'étais tout éveillé. Tu dormais déjà... Je lui ai dit d'aller se coucher. Je me suis mis là, sur le canapé, près du feu, et j'ai fort bien passé la nuit. Cela me faisait du bien de t'entendre dormir, il me semblait que je dormais moi-même. Comment te sens-tu ce matin ?
MARGUERITE
Bien, mon brave Gaston... mais à quoi bon vous fatiguer ainsi?...
GASTON
Pardieu !... Je passe assez de nuits au bal... quand j'en passerais quelques-unes à veiller une malade... Et puis, j'avais quelque chose à te dire.
MARGUERITE
Que voulez-vous me dire?
GASTON
Vous êtes gênée?
MARGUERITE
Comment, gênée?
Oui, tu as besoin d'argent. Quand je suis venu dans la journée, j'ai vu un joli huissier dans le salon. Je l'ai mis à la porte, en le payant. Mais ce n'est pas tout. — 11 n'y a pas d'argent ici, et il faut qu'il y en ait. Moi, je n'en ai pas beaucoup. J'ai perdu pas mai au jeu, et j'ai fait un tas d'emplettes inutiles pour le premier de l'an. [Il V embrasse.) Et je te réponds que je te la souhaite bonne et heureuse... Mais enfin, voilà toujours vingt-cinq louis que je vais mettre dans le tiroir là-bas ; quand il n'y en aura plus, il y en aura encore.
MARGUERITE, émue.
Quel cœur! et dire que c'est vous, un écervelé, comme on vous appelle... vous, qui n'avez jamais été que mon ami, qui me veillez, et prenez ainsi soin de moi...
GASTON
Cela est toujours ainsi... Maintenant, savez-vousce que nous allons faire?...
MARGUERITE
Dites.
GASTON
Il fait un temps superbe aujourd'hui... vous avez dormi huit
bonnes heures, vous allez dormir encore un peu... de une heure à trois heures, il fera un bon soleil, je viendrai te prendre, tu t'envelopperas bien , nous irons faire un tour en voiture, et qui dormira bien la nuit prochaine ? ce sera Marguerite. Jusque-là, je vais aller voir ma mère qui va me recevoir, Dieu sait comment ; il y a plus de quinze jours que je ne l'ai vue... Je déjeunerai avec elle, je l'embrasserai, et à une heure je suis ici... Cela te va-t-il?
Je tâcherai d'avoir la force...
GASTON
Tu l'auras. Tu as une mine charmante. (Nanine entre.) Entrez, Nanine, entrez, Marguerite est réveillée.