‹ La dame aux camélias; pièce en cinq actes, mêlée de chant. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 2 février 1852Chapitre 65 sur 71 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

GASTON

J'étais né pour être garde-malade.

MARGUERITE

Où est donc Nanine ?

GASTON

Elle dort. Quand je suis venu sur les onze heures du soir, pour savoir de tes nouvelles, la pauvre fille tombait de fatigue ; moi au contraire, j'étais tout éveillé. Tu dormais déjà... Je lui ai dit d'aller se coucher. Je me suis mis là, sur le canapé, près du feu, et j'ai fort bien passé la nuit. Cela me faisait du bien de t'entendre dormir, il me semblait que je dormais moi-même. Comment te sens-tu ce matin ?

MARGUERITE

Bien, mon brave Gaston... mais à quoi bon vous fatiguer ainsi?...

GASTON

Pardieu !... Je passe assez de nuits au bal... quand j'en passerais quelques-unes à veiller une malade... Et puis, j'avais quelque chose à te dire.

MARGUERITE

Que voulez-vous me dire?

GASTON

Vous êtes gênée?

MARGUERITE

Comment, gênée?

Oui, tu as besoin d'argent. Quand je suis venu dans la journée, j'ai vu un joli huissier dans le salon. Je l'ai mis à la porte, en le payant. Mais ce n'est pas tout. — 11 n'y a pas d'argent ici, et il faut qu'il y en ait. Moi, je n'en ai pas beaucoup. J'ai perdu pas mai au jeu, et j'ai fait un tas d'emplettes inutiles pour le premier de l'an. [Il V embrasse.) Et je te réponds que je te la souhaite bonne et heureuse... Mais enfin, voilà toujours vingt-cinq louis que je vais mettre dans le tiroir là-bas ; quand il n'y en aura plus, il y en aura encore.

MARGUERITE, émue.

Quel cœur! et dire que c'est vous, un écervelé, comme on vous appelle... vous, qui n'avez jamais été que mon ami, qui me veillez, et prenez ainsi soin de moi...

GASTON

Cela est toujours ainsi... Maintenant, savez-vousce que nous allons faire?...

MARGUERITE

Dites.

GASTON

Il fait un temps superbe aujourd'hui... vous avez dormi huit

bonnes heures, vous allez dormir encore un peu... de une heure à trois heures, il fera un bon soleil, je viendrai te prendre, tu t'envelopperas bien , nous irons faire un tour en voiture, et qui dormira bien la nuit prochaine ? ce sera Marguerite. Jusque-là, je vais aller voir ma mère qui va me recevoir, Dieu sait comment ; il y a plus de quinze jours que je ne l'ai vue... Je déjeunerai avec elle, je l'embrasserai, et à une heure je suis ici... Cela te va-t-il?

Je tâcherai d'avoir la force...

GASTON

Tu l'auras. Tu as une mine charmante. (Nanine entre.) Entrez, Nanine, entrez, Marguerite est réveillée.

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