‹ La dame d'en face comedie en un acteChapitre 11 sur 31 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DE LUNIÈRES, PRIMOIS.

DE LUNIÈRES, entrant par le fond introduit par Mariette, qui aassitôt ressort en fermant la porte ; il aperçoit Primois.

Tiens! c’est ce cher Primois. (Lui tendant la main.) Ça va bien?... PRIMOIS, froid, tenant la main de Lunières.

Merci... Et vous?...

LUNIÈRES.

Pas trop mal. (cherchant.) Mais... je ne vois...

PRIMOIS, étonné. -

Vous cherchez?..

PRIMOIS, avec raideur.

Mon Dieu... mon ami... madame de Blangy... n’y est pas...

LUNIÈRES, étonné.

Comment?., mais on vient de me dire qu’elle...

. PRIMOIS.

Elle n’y est pas... pour vous...

LUNIÈRES.

Ah!

PRIMOIS.

Vous comprenez?..

LUNIÈRES.

Oui, oui, oui, oui... je comprends, ah ! je comprends... c’est assez clair...

PRIMOIS, avec fatuité.

Et elle m’a prié de vous prévenir que désormais elle ne pourrait plus vous recevoir.

LUNIÈRES.

Ah ! ... alors, c’est vous qui ici êtes chargé de'., du soin de...

U fait le geste brutal.

VR1MOIS, souriant.

Mon Dieu, oui... c’est moi...

LUNIÈRES, s’inclinant.

Mes sincères félicitations... (changeant.) Mais pardon, mon

cher Primois... seriez-vous assez aimable pour m’expliquer le motif de mon congé?

PRIMOIS, avec importance. *

Mon cher ami... entre nous... vous avez des connaissances... déplorables... (Mouvement de Lunières.) Madame de Blangy a su par hasard que vous alliez chez une demoiselle qui demeure à côté... mademoiselle Toto, je crois... cette personne jouit d’une réputation plus que panachée... Et dam... vous comprenez, la comtesse ne veut pas compromettre sa maison... en recevant chez elle... enfin voilà...

LUNIÈRES.

C’est parfait... Mais je vous dirai que si je viens aujourd’hui chez madame de Blangy... c’est que j’ai une communication intime... (Appuyant.) tout à fait intime à lui faire.

P-RIMOIS, riant.

J’y suis, j’y suis... vous n’êtes pas encore guéri.

Guéri... de quoi?

PRIMOIS.

Eh, vous... vous êtes toujours amoureux.

LUNIÈRES.

De madame de Blangy?.. non.

PRIMOIS.

Bah ! c’est fini... là bien fini... tout à fait fini...

LUNIÈRES.

Tout à fait fini... et la preuve.. .

PRIMOIS.

La preuve.

LUNIÈRES.

C’est que j’aime ailleurs.

PRIMOIS.

Ailleurs... (Montrant la fenêtre de gauche.) Ah ! .. ici... là... a côté ..

la dame d’en face...

LUNIÈRES.

Peut-être...

PRIMOIS, riant.

Ah! ah! ah! ah! ah! elle est drôle... elle est bien drôle... vous aimez... il aime Toto Brisebottine. (u pouffe de rire.)Peuh...

LUNIÈRES, sérieux.

Que voulez- vous, mon cher?., moi, je ne suis pas un de ces amoureux platoniques qui, comme vous, se contentent pendant des années de jouer de la mandoline sous les fenêtres de leurs belles. . . d’abord je ne sais pas jouer de la mandoline. . . ensuite, je veux bien soupirer... mais à la condition que l’on . soupirera avec moi.

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