SCÈNE X
PRIMOIS, MADAME DE BLANGY
MADAME DE B L A N G Y , avec humeur s'adressant à Primois qui s'avanco vers elle d'un air gracieux.
Mon cher ami, je vous fais mes plus sincères compliments.
PRIMOIS, étonné de sa mauvaise humeur.
Compliments?... de quoi?
MADAME DF, BLANGY
Mais de la façon intelligente avec laquelle vous avez su me debarrasser de monsieur de Lunières... je ne sais pas ce que vous lui avez dit, mais je vous assure qu’il ne s’est guère gêné avec moi...
PRIMOIS, vivement.
Il a osé!...
MADAME DE BLANGY, flvec amertume.
Bah ! Est-ce que l’on n’ose pas tout avec une femme... et dire que pendant une demi-heure, il m(a fallu supporter les insolences de ce monsieur.
PRIMOIS
Que.vous a-t-il dit? •
, MADAME DE BLANGY, Rnimée.
Ce qu’il m’a dit. . vous me demandez ce qu’il...
PRIMOIS.
Dame, je n’étais pas là mbi.
Il est venu me raconter qu’il était amoureux...
PRIMOIS, vivement.
Comment il a osé vous dire... qu’il vous aimait?
MADAME DE BLANGY
Pas du tout... s’il m’avait dit cela, ce n’est pas une insolence, ça... (Avec une fureur concentrée.) Il m’a dit qu’il était amOUreuxde la., dame qui demeure en face.. (Avec mépris.) de mademoiselle Toto Brisebottine... il m’a dit qu’il la trouvait belle, charmante, adorable... que sais-je moi 9
PRIMOIS.
Je ne vois pas là ce qu’il y a d’injurieux pour vous...
18 LA DAME D’EN FACE
MADAME DE BLANGY, lo regardant.
Vous ne voyez pas ce qu’il... (s’oaseyantà droite.) En vérité, mon pauvre ami, vous êtes d’une naïveté...
PR I MOIS, vexé.
Oh!
MADAME DE' BLANGY
Comment? voilà un homme qui l’hiver dernier venait chez moj tous les jours... voilh un homme qui me comblait d’égards, de prévenances, d’attentions.. . # un beau jour, il me demande ma main... je la lui refuse... ou plutôt je ne lui réponds ni oui, ni non... (Mouvement a» primoi*.) et au lieu d’insister... de me persuader... il quitte ma maison... Et il s'en va pour me faire pièce chez cette... créature... (Désignant la fenêtre.) Et aujourd’hui il vient me raconter... à moi... qu’il adore cette femme... qu’il en perd la tête... (se levant.) Et vous me demandez en quoi cet homme m’offense et m’injurie? Tenez, mon pauvre Primois, je ne vous comprends pas...
PRIMOIS, résolu.
Voulez-vous que je le provoque?... que je me batte avec lui...
MADAME DE BLANGY, haussant les épaules*
Un duel, ji’est-cé pas?... il ne manquerait plus que cela.., un duel pour m’afficher... pour que le monde mêle mon nom avec celui de cette tille... (S’asseyant.) Tenez, mon cherFrimois, ne parlons plus de cela... vous me feriez mettre en colère.
PRIMOIS, à part.
Excellente aufomj, mais nerveuse, nerveuse!...
MADAME DE BLANGY
Vous avez vu le tapissier?
primois. '
Je sors de chez lui... à cinq heures précises il apportera ci les tentures groseille.
MADAME DE BLANGY, étonnée.
Groseille?...
PRIMOIS.
Oui... je suis retourné chez lui pour le prévenir que vous ne les vouliez plus jaunes mais groseille.
MADAME DE BLANGY
Ni jaunes, ni groseille, mon ami... vertes...
PRIMOIS, tombant des nnes.
Vertes? mais tout à l’heure encore vous me disiez...
MADAME DE BLANGY
Vous m’avez mal comprise.
PRIMOIS, s’animant.
Ahl ça, voyons... voyons,- voyons... je n’y suis plus du tout... À onze heures c’est jaune... à midi c’est groseille.. .