‹ La dame de St-LeuChapitre 10 sur 10 · THÉOD. DE RUMIGNY · texte numérisé non relu

THÉOD. DE RUMIGNY

Bien que sa lettre ne fût certainement pas destinée à la postérité, le Colonel — plus que l'Académicien — en avait soigné l'orthographe.

L'avant-dernière phrase de la lettre du futur Lieutenant-général n'est pas très française, mais l'indication qu'elle contient était plutôt difficile à formuler.

Dire au roi — quand surtout on est son aide de camp : — « C'est bien embêtant ! Il ne faudrait pas qu'on devinât que c'est vous qui avez fait faire le coup! » est délicat à résumer en une phrase lapidaire.

Il faut, pour être juste, ajouter que le premier J: trac passé le colonel de Rumigny sut réagir avec une merveilleuse élasticité.

Quand il fut bien convaincu que l'enquête était ^une pure formalité; que le mot « accroché » mis dans le procès-verbal du maire de S^-Leu [avait été remplacé par le mot « suspendu » ; quand [monsieur de la Huproie — nommé conseiller rapporteur par la Cour Royale, et qui concluait à l'assassinat et refusait de communiquer son rapport au ministre de la Justice qui le lui demandait — eût été mis d'office à la retraite sous prétexte que, étant souffrant, il avait un an plus tôt demandé à se reposer; quand on sut queLecomte, Louis-Philippe, l'abbé Briant et madame de Feuchères étaient définitivement tirés d'affaire, et qu'il fût bien démontré que les Orléans étaient — cette fois encore et pour n'en pas perdre l'habitude — I du côté du manche, M. de Rumigny se découvrit tout à coup des aptitudes médicales de première qualité. Une de ses dernières dépositions fut une sorte de cours de médecine légale, fait dans le but de prouver que « tous les petits

)) plis du COU, serré par le mouchoir, étaient paît ralléles et allaient en montant vers le derrière de )) la tête, et par conséquent résultaient d'une sus- )) pension prolongée dans une attitude tranquille, » car s il y avait eu CONVULSION ou LUTTE, » cette symétrie n aurait évidemment pas existé )) (71* déposition). »

Et on l'eût bien surpris, en lui disant que ce boniment imprévu démontrait simplement que le Prince avait été accroché lorsqu'il était déjà mort.

Pour être juste encore, il faut dire que madame de Feuchères exécuta scrupuleusement tout ce dont le testament du Duc de Bourbon la chargeait. N'ayant pu obtenir de Louis-Philippe l'autorisation de faire d'Ecouen une école pour les descendants des combattants de l'Armée de Condé, elle en fit une maison d'éducation pour les filles d'officiers.

Quant aux legs dont le Duc d'Aumale avait la charge — il avait huit ans en 1830 — Louis-Philippe s'assit dessus, et les officiers volés réclamèrent vainement. Plus tard, le Duc d'Aumale

fit de Timmense fortune du vieux Prince un très intelligent et généreux emploi. Il la légua — Chantilly excepté — à son petit-neveu le Duc d'Orléans actuel. Son seul tort fut de donner à son fils — malgré la défense formelle du Duc de Bourbon — le titre de « Prince de Condé » et de faire mettre dans le dictionnaire que : « Héritier )) de r immense fortune du dernier prince de » Condé, dont on connaît la fin tragique j le » duc dAumale, SUIVANT LES INTENTIONS » DU TESTATEUR, a donné à son fils le nom y> de Prince de Condé ». (Dictionnaire universel de Larousse. Tome I, page 944.)

J'ai reçu beaucoup de lettres à propos de « La Dame de S^-Leu ».

Une seule me reproche de n'avoir pas « respecté la mémoire de Louis-Philippe ».

Cette mémoire est-elle respectable?... Il me semble que quelques actes plutôt ignobles jalonnent la vie politique de ce souverain de contrebande :

Le 6 octobre 1789, à Versailles, il désigne aux

égorgeurs l'apparteinent du Roi où s'est réfugiée Marie-Antoinette.

C'est de l'histoire. Mais tout récemment encore, on a retrouvé le récit de ce fait abominable dans les (( Souvenirs d\ine femme de cinquante ans » de madame de la Tour du Pin.

En janvier 1793, Louis-Philippe applaudit d'une tribune son père Egalité P% quand il motive son vote pour la mort de Louis XVI en des termes qui suscitent l'indignation des plus fougueux révolutionnaires de l'Assemblée.

En août 1830, il donne à l'Amiral Dumont d'Urville l'ordre — indiscuté je crois?... — de couler le bâtiment qui porte Charles X et sa famille, s'il cherche à regagner les côtes de France.

A la même époque, il vole la couronne d'un enfant de neuf ans — couronne qui lui est confiée — et qui ne lui appartient, ni par droit de naissance, ni par droit de conquête, ni par un vote de la Nation.

Un mois après son avènement il met, par un déni de justice, un magistrat à la retraite pour

refus de communiquer un dossier qu'on n'a pas le droit de lui demander.

En 1831, M. Gustave de Beaumont, substitut du procureur du Roi près du Tribunal de première instance de la Seine a, dans son dossier relatif au procès intenté au sujet du testament du Prince de Condé, deux pièces inquiétantes pour les adversaires des princes de Rohan-Guéménée. On tente quelques démarches pour l'amener à s'en défaire. Il refuse. Alors on l'envoie aux Etats-Unis sous le prétexte d'y aller étudier le système pénitentiaire. Après son départ les deux pièces compromettantes disparaissent du dossier, lequel, dans un état plus favorable, est confié à un autre magistrat ^

On me dira que Louis-Philippe est l'arrièregrand-père du Duc d'Orléans — candidat au trône de France très chaudement patronné par les (( Camelots du Roi » — et le propre grandpère de Ferdinand de Bulgarie, gloire des Balkans 1 . . .

1. Monseigneur le Duc de Bourbon, par le comte A. R. de Villemur, Notice historique. Documents, etc.... (Devarenne, libraire, Paris, 1852).

Oui... C'est vrai I... Mais malgré ces titres à l'indulgence, comme il est mort depuis plus de trente ans il appartient à l'histoire, et on a le droit de le juger à sa valeur.

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