LIVRE TROISIEME
Le haut plaisir de bien sentir son existence, D'être celui qui vit !
D'être celui qui ne perçoit ni l'univers Ni tous les mouvements de son âme illusoire, D'être celui qui sans attente et sans revers Se repaît de sa propre gloire.
Rien ne peut plus m'atteindre; ah! laissez que mon
feu Dans l'orgueil de sa solitude Eprouve à ne brûler sur l'autel d'aucun Dieu La céleste béatitude.
Si l'arche est vide où tu pensais trouver la loi,
Rien n'est réel que ta danse :
Puisqu'elle n'a pas d'objet elle est impérissable.
Danse pour le désert et danse pour l'espace
Comme un prophète dans le sable
Danse dans l'éternel silence
Avec la gravité d'un roi.
O transports du danseur agile, Ton bras lance des javelots ;
n6 LA DANSE DEVANT L'ARCHE
De plus en plus vite et, sans que tu pâmes
De plus en plus haut :
Tes sauts, tes bonds, tes jets, tes cris
Et le tournoiement sur les pointes
Chatoiement des gestes ardents
Ta vitesse d'enfant numide
O flamme, ô flèche, ô vif oiseau,
O faucon rapide.