ACTE III
RÉGINE
Le chagrin que tu as observé, Paul l’éprouvait lorsque nous sommes venus nous installer ici. Tu ne peux pas te faire idée, pendant les premiers jours, des scènes que j'ai eues à subir.
z LOUISE, souriant.
Si, je m'en doutais!... Lorsqu’après déjeuner je me retirais discrètement pour vous laisser libres jusqu’au soir, j’entendais souvent s’enfler des voix courroucées... Je me disais : « L’orage gronde mais Parc-en-ciel n’est pas loin... »
RÉGINE
Eh bien, tu devinais juste; l’orage grondait avec
des éclaircies et parfois même de joyeux coups de soleil... Ah ! quels après-midi !... Nous nous faisions Pun à l’autre beaucoup de peine, le soir on avait les yeux gros comme le poing, à force d’avoir pleuré, et pourtant que ces journées de fièvre me paraissent belles et me laissent de regrets! Moi toujours prête à pardonner, lui arrivant à point pour me glacer par de trop généreux discours. Mille fois j’ai voulu dire la vérité, mille fois il a trouvé ce qu’il fallait pour me réduire au silence. Presque toujours sa fureur tournait en désolation, et alors je devenais si gentille! Sans compter que lui trouverait moyen d’attendrir des pierres !... Lorsqu'un mot de moi le heurte, je vois dans son regard un étonnement douloureux comme si je troublais le dernier festin d’un condamné!