‹ La danse grecque antique d'après les monuments figurésChapitre 60 sur 166 · L'Attitude. Ce mot a, dans le langage de nos danseurs y · texte numérisé non relu

L'Attitude. Ce mot a, dans le langage de nos danseurs y

une signification traditionnelle assez précise. Il désigne une Position sur une seule Jambe qui est ordinairement dressée sur la demi Pointe, L'autre Jambe, relayée, est pliée au genou; elle a la cuisse soutenue et bien effacée. Traduisez : la cuisse se soulève latéralement et le genou doit rester en arrière du plan vertical de l'aplomb, qui passe par les épaules (^298/

Les deux formes principales de l'Attitude sont :

L'Attitude ouverte, dans laquelle le Corps se présente de face

(fig- 20o;;

L'Attitude croisée, dans laquelle le Corps se présente épaulé^ 150, 3 (fig. 201^; ce qui produit, en perspective, un croisement des deux Jambes.

Dans les deux cas, la Jambe d'appui conscFve la même Position.

170. L'Arabesque. Dérii^ation de l'Attitude, l'Arabesque est une combinaison de Positions spéciales des Jambes, du Corps et des Bras, sensiblement différentes de celles qui ont été passées en revue précédemment. L'Arabesque est caractérisée par l'allongement du torse et des membres, qui s'inscrivent dans un même arc très ouvert, et par la forme de l'équilibre. Le corps du danseur s'appuie, comme

Fig. 200.

Fig. aoi.

dans l'Attitude, sur une seule jambe; il cha\fire en avant. La jambe en Vair se relèi^e et s'arrondit légèrement de manière à pro-

longer la courbure du torse.

Fig. aoa.

Fig. 303.

La figure 202 montre une Arabesque ouverte, et la figure 203 une Arabesque croisée.

171. La grâce du danseur est intimement liée aux conditions latentes de l'équilibre. Si une pose inquiète Tœil par son défaut de stabilité, elle cesse d'être élégante. Le secret de la grâce réside dans la connaissance ou — beaucoup plus exactement — dans l'application instinctive et constante des lois de la statique. Il ne faut donc pas s'étonner de voir les danseurs grecs appliquer les mêmes principes que les nôtres.

Prenons pour exemple ce principe de l'Opposition que les fondateurs de la danse française moderne, Noverre et Blasis, préconisent si souvent. Quel usage les Grecs en ont-ils fait?

Si l'on soumet à l'analyse les positions de ce charmant bambino de Tanagre, un Eros danseur (fig. 204), on constate que :

La jambe droite et le bras gauche sont en arrière du plan d'aplomb ;

Fig. 204.

La jambe gauche et le bras droit sont en avant du même plan; Le corps est légèrement cambré ; la tête est légèrement penchée en avant;

La tête est tournée à droite, du côté de la jambe qui est en arrière.

Les directions sont donc associées diagonalement entre les Bras et les Jambes, entre les Jambes et la Tête; les directions de la Tête et du Corps sont contraires. Elles s'opposent toutes les unes aux autres. Ce petit Eros peut être considéré, selon le code de No verre et de Blasis, comme le type accompli du danseur.

172. Si on lui compare un Satyre funambule de Pompéi (fig. 205), on s'apercevra que ce dernier n'applique pas les mêmes

principes. Ne le voit-on pas porter en avant la jambe et le bras droits et pencher la tête dans la même direction? Ce n'est point là la tenue d'un vrai danseur.

Elle est digne d'un joyeux compagnon de Bacchus qui gambade au hasard après de copieuses libations; et telle est en effet l'interprétation qu'elle comporte.

La preuve en est dans une peinp. 2^j5 ture de vase a figures rouges

(fig. 600) dont les personnages sont accompagnés de leurs noms, semés dans le champ du vase : ces danseurs appartiennent à une compagnie qui n'a pas le culte de l'équilibre. L'un d'eux, parfaitement semblable, dans ses Positions, au Satyre de Pompéi, est un des plus plaisants types d'ivrogne qu'on puisse relever sur les vases. Le peintre a voulu rendre la gaucherie d'un brave citoyen qui danse au petit bonheur, la tête lourde, sans se soucier des préceptes de l'art; et il s'en est tiré en faisant prendre à la jambe et au bras du même côté, des directions semblables, en inclinant la tête dans le même sens. Il a traduit ainsi le manque de stabilité : il en a trouvé la formule.

Ces sortes de représentations sont rares. Le plus souvent — si

Ton fait abstraction des monuments archaïques, — les lois instinctives de l'Opposition sont appliquées par les illustrateurs de l'orchestique grecque. Noverre et Blasis ne trouveraient pas grand* chose à redire à la tenue de nombreux danseurs figurés sur les vases et les reliefs. Cela tient à ce que de bonne heure les arts du dessin se sont conformés à ces formules croisées de l'équilibrey d'où résulte non seulement la stabilité, mais la grâce.

173. Il faut se souvenir que, dans les premiers siècles de Tart grec, la peinture est en avance sur la sculpture. La pointe sèche et le pinceau des artistes céramistes — qui sont les copistes ou les imitateurs des grands peintres — créent déjà des chefs-d'œuvre, alors que la statuaire en est encore aux raides formules de l'ar* chaïsme. Les joyeux danseurs du Kômos, les Satyres et les Ménades, étrangement souples, se livrent sur les vases à toutes les excentricités d'une orchestique folle, à une époque où les sculpteurs osent à peine détacher du corps les bras de leurs statues (10, 11, 14, 15). 11 ne faut pas demander aux vieux maîtres de la sculpture des poses orchestiques raffinées; lorsqu'ils font marcher leurs statues, jambe gauche en avant (29), ils se préoccupent peu d'imprimer aux bras, qu'ils laissent tomber lourdement le long du corps, un balancement rythmique opposé au mouvement des jambes. Ils ignorent les lois de l'Opposition, de cette association en diagonale des jambes et des bras, qui est une nécessité physique (63), et en même temps l'un des secrets de la danse.

C'est au V* siècle seulement que la souplesse est conquise et que l'eurythmie pénètre dans la statuaire. En même temps la cause est gagnée à l'Opposition orchestique : la Niké de Paeonios, si mutilée qu'elle soit, nous montre appliqués ces principes d'élégance que nos vieux maîtres de ballets, sans le secours de la chronophotographie, disaient fournis par la nature elle-même.

Dès lors le mot d'Athénée pourra s'appliquer en toute justesse aux œuvres de la statuaire grecque : « Les anciennes statues sont pour nous des monuments de la danse antique.... Les sculpteurs cherchaient à rendre les beaux mouvements, ceux qui étaient élé« gants et libres. » (XIV, 629, b.)

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