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Essai sur le goût (Œuvres complètes, VII, p

toujours justes dans leur être général, mais presque toujours injustes dans l'application ; de même les règles, toujours vraies dans la théorie, peuvent devenir fausses dans l'hypothèse. ». Indépendamment des décorations murales et du mobilier proprement dit garnissant une pièce, il est bien rare que celle-ci, pour peu qu’elle soit coquettement décorée, ne renferme pas quelques jolis meubles et quelques objets d’art qui, ne se rattachant au reste de l’ameublement par aucun lien précis, semblent avoir pris place dans notre intérieur en qualité de simples visiteurs ou à titre de souvenirs. À ces petits meubles, à ces objets d'art, il faut laisser leur cachet personnel et la livrée indépendante que le caprice leur a donnée. En respectant leur caractère fantaisiste, on souligne en quelque sorte la nature accidenselle de leur présence.

EXXVIIL un DES ÉLÉMENTS DONT IL FAUT LE PLUS TENIR COMPTE DANS LA DÉCORATION D'UN APPARTEMENT, C'EST LA DISTRIBUTION DU JOUR. LA LUMIÈRE, POUR PRO- DUIRE SON MAXIMUM D'EFFET, DOIT ÊTRE SACRIFIÉE SUR CERTAINS POINTS ET CONCENTRÉE SUR D'AUTRES.

Imaginez un tableau dans lequel une lumière complètement diffuse éclairerait tous les objets avec une intensité absolument égale. Un pareil tableau ne nous séduirait œuère. Il semble qu'il manquerait d'intérêt et que sa contemplation ne laisserait pas que d’être fatigante. Aussi les peintres, qui savent cela mieux que personne, ont-ils recours au précieux artifice du clair-obscur, pour établir entre les différentes parties de leur composition une subordination indispensable. Par ce procédé ils empêchent que l’œil du spectateur ne se fatigue, sollicité qu'il serait sans cela, à la fois et d’une égale façon, par toutes les formes réunies sur une même toile.

Lorsqu'un artiste est chargé de la décoration et de l’a-

meublement d'une pièce, 1l doit se pénétrer de préoccupations identiques. S'il permettait à un jour intense de se répartir également partout, l'attention du visiteur, tiraillée en sens divers, par la forme et la couleur des meubles, des objets différents répartis dans la pièce, et des décorations qui en garnissent les parois, ne sachant où se fixer, éprouverait bien rapidement une pénible lassitude. Aussi, en réglant les prises de jour, quand cela est possible, ou, quand les baies ont été préalablement établies, en modérant la clarté qui pénètre dans la pièce, à l’aide de jeux de rideaux ou de stores, le décorateur habile parvient-1il à concentrer l'éclairage sur certains points et à l’atténuer sur d’autres. De même, le soir, il obtient un résultat analogue par la façon dont il dispose et masse ses lumières. À l’aide d’abat-jour, de réflecteurs et d'écrans, il augmente ou mitige leur éclat, et constitue ainsi une sorte de clair-obscur dont l'effet est d'autant plus agréable que, par suite de contrastes inattendus, la valeur et l'importance des objets se trouvent souvent modifiées. De cette manière, et sans que la symétrie cesse d'exister, les analogies deviennent moins apparentes, et le caractère pittoresque de l’ameublement augmente.

LXXIX. — IL EST, EN OUTRE, INDISPENSABLE QUE LA LU- MIÈRE SOIT UNE. ELLE DOIT, EN CONSÉQUENCE, ÊTRE RÉPARTIE DE TELLE SORTE, QUE L'ENSEMBLE DE LA DÉ- CORATION NE PRÉSENTE PAS DEUX MASSES OBSCURES D'UNE MÈME VIGUEUR, NI DEUX MASSES LUMINEUSES D'UNE MÈME INTENSITÉ.

Quand nous disons que la lumière doit être une, nous ne prétendons point, — ce qui serait bien différent, — qu’elle doit procéder d’un foyer unique. Une chambre, un salon, une galerie, peuvent recevoir Le jour par deux, par trois, par dix fenêtres, sans que la lumière cesse d’être une. Le

soir, ces mêmes pièces peuvent être éclairées par plusieurs lustres, par des bras-appliques, des girandoles, des candélabres et des lampes diversement espacés, sans que l’unité d'éclairage soit rompue. Il suffit, pour que celle-ci persiste, qu'on puisse constater l'existence d’une masse claire principale et d’une masse sombre dominante. Toute nouvelle masse sombre ou lumineuse d’une intensité égale, et qui viendrait faire équilibre à la première, enlèverait à l'éclairage une partie de son charme, parce que cette dualité, divisant l'attention, aurait pour effet naturel de distraire le regard. En agissant ainsi le décorateur ne fait, au surplus, qu'imiter le peintre de talent lorsque celui-ci combine les effets d’un tableau. « Dans une composition dont les objets sont dispersés et divisés en plusieurs parties égales, écrit Reynolds!, l'œil est embarrassé et fatigué, faute de savoir où se reposer, où trouver la principale action ou la principale figure, car lorsque toutes ces parties ont la même prétention à fixer l'attention, il est à craindre qu'on ne les néglige également toutes. » Et plus loin, parlant de Rembrandt, Reynolds ajoute : « Sa manière consiste dans une parfaite unité. Souvent ce peintre n’a employé qu'un seul groupe et ne fait voir qu'une seule masse de lumière au milieu d’une quantité d'ombre ; ou, lorsqu'il se sert d’une seconde masse, elle n’a aucune proportion avec la principale. » Ces recommandations du grand peintre anglais ne doivent Jamais être oubliées par le décorateur.

LXXX. — NOMBRE D'ARTIFICES, AU SURPLUS, PERMETTENT A L'ARTISTE DE SUPPLÉER A L'INSUFFISANCE DES FOYERS LUMINEUX, ET D'AUGMENTER L'ÉCLAIRAGE APPARENT DE CERTAINES PARTIES DE LA DÉCORATION QU'IL EXÉCUTE.

Dans nos habitations modernes, le décorateur, et plus souvent encore le tapissier, règlent, nous l'avons dit, leurs

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