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La découverte de l'anneau de saturne

Si nous ouvrons un livre récent qui traite de TAstronomie, nous y trouvons les notions suivantes en ce qui concerne la planète dont nous voulons nous occuper pour l'instant :

Parmi les planètes connues des Anciens, Saturne est la plus éloignée : il circule à la distance moyenne 9,54 du Soleil, en adoptant pour unité le demi grand axe de l'orbite terrestre ; l'excentricité de son orbite est assez sensible, à peu près égale

à celle de la trajectoire lunaire, et sa valeur — entraîne entre

les distances maxima et minima de Saturne à l'astre central un écart qui surpasse notre distance au Soleil. Il en résulte encore que l'éclat de cette planète est assez variable suivant les circonstances, et que son diamètre apparent peut varier de 15" à 20".

La durée de révolution de Saturne est de 29 ans et demi, ou 10 759 jours moyens, et tous les 378 jours, cette planète se retrouve dans la même position relative par rapport à la Terre et au Soleil; parmi ces 378 jours, son mouvement de déplacement à travers les constellations est direct pendant 239 jours, et se produit dans le sens rétrograde pendant 139 jours. Cependant sa vitesse de translation dans l'espace atteint environ le tiers de la nôtre, soit 10 kilomètres par seconde.

Après Jupiter, Saturne est la plus grosse planète : il brille avec l'éclat d'une étoile de premiî're grandeur. Son diamètre équatorial équivaut presque à 10 fois celui de la Terre; sa surface se mesure par 80 superficies de notre globe, et son volume correspond à 720 sphères comme la nôtre. Pourtant sa masse

{] i.A DKCouvKivrr- Di: i.'annt.au ni: saturn'k par HUYr.Kxs

n"est (lur '.':2 fois plus grande ([iif la masse IcrreslrCjCar sa densité inovenne est iiiIVrieurc à celle d«^ l'eau, environ— de la densité

de notre [danète : s'agit-il doned'un globe li(iuid('"?ou d'un solide enveloppé d'épaisses couches liquides ou gazeuses? A cet égard il serait impossible d'être tivs ainrmatif — tandis que quelques arguments, comme la dépression polaire, nous conduisent à le considérer comme normalement constitué, avec une densité décroissante en allant du centre vers les bords.

(Juo! (ju'il en soit, Saturne est la plus légère des grosses planètes.

On remarque, sur son dis(|ue, des bandes analogues à celles de Jupiter, mais plus larges, moins foncées et moins variables; ces bandes, parallèles à l'équateur, sont plus ou moins sombres, grises, jaunâtres ou blanchâtres; tout semble nous indiquer des atmosphères assez denses et, avec W. Huggins, Janssen, Secchi,... l'analyse spectrale y décèle la présence d'importantes (]uanlités de vapeur d'eau, et les bandes les plus lumineuses seraient produites par l'éclairage d'importantes massesgazeuses; les saisons sont longues et très différentes, on peut observer des variations considérables dans les glaces polaires, et nous sommes évidennnent très loin du climat relativement régulier de Jupiter. Gomme le nôtre, l'axe de rotation est incliné sur le plan de l'orbite, l'équateur formant un angle de 27° avec l'orbite; la pesanteur superficielle est comparable à celle de la terre.

Bien (jue Lalande ait nié l'aplatissement, celui-ci est consi-

ilérable dans le cas de Saturne et atteint presque — ; il fut successivement reconnu et déterminé par \V. Herschtd (n7()-1789),

Bessel (1838), Main, Arago{1847), G. -P. Bond (1848), Kaiser

Erdin, l'observation de petites taches, sombres ou brillantes, (jui sont très rares et ne subsistent pas longtemps, a permis de déterminer la diiiée de rotation; Hall s'est particulièrement distingué dans ces recherches et l'on peut admettre avec lui le lem[)s de 10'' 11'" pour duiéi; de la rotation de cette planète sur

elle-même.

Saturne a de nondireux satcdliles qui circulent sensiblement dans le plan é^iuatorial de la planète, le long d'orbites généralement peu excenlricjues. Le plus gros de ces satellites, Titan, fut découvert par Huygens le 2o mars ICoo; sa masse vaut 0,00(12 fiar rapport à celle de Satuiwie, soit 2 fois la Lune, et se

trouve comparable à la masse du 3° satellite de Jupiter ; son diamètre approelie la moitié du diamètre de la Terre. Après lui viennent Japet, Rhéa, Dioné, découverts à l'observatoire de Paris par Cassini en 1671, 1672, 1684, et dont les masses sont environ 0,000 01, 0,000 004, 0,000 002 ; puis d'autres, moins brillants encore, et sur lesquels nous n'insisterons pas ici. Les satellites s'éclipsent rarement, puisque le cône d'ombre est dans le plan d'orbite de Saturne, qui forme un angle de 27'^ avec leurs trajectoires.

Mais le fait remarquable et caractéristique du système de Saturne est relatif aux anneaux circulaires, larges et minces, qui entourent sans le touciier le globe de la planète et dont les bases sont parallèles au plan de l'équateur; les anneaux réflécbissent vivement la lumière solaire et l'intervalle CD, qui paraît obscur et les sépare nettement, a reçu le nom de division de Cassini [fig. 1); ils sont très minces car, vus de champ, leur

épaisseur n'atteint pas ^ du demi-diamètre équatorial de

Saturne, pris ici comme unité; on a, d'après Otto Struve,

1/2 diamètre intérieur de l'anneau intérieur : OB = 1,48

» extérieur » » OC = 1,92

)) intérieur » extérieur : OD = 1,96

» extérieur » « OE ^ 2,i23

Puis, entre A et B, existe un troisième anneau, assez difficile à percevoir, beaucoup moins brillant que les deux premiers, anneau obscur, qui ressemble à un voile de crêpe noir. La durée movenne de rotation de l'anneau autour de Saturne est de I0''32"'lo' d'après W. Herschel. Tisserand évalue la masse

totale de l'anneau à — |- de celle de la planète centrale. L'anneau, enfin, a des piiases qu'il est aisé d'expliquer, et devient invisible lorsqu'il est éclairé sur sa tranche ou se présente de champ, c'est-à-dire lorsque son plan passe, soit par le Soleil, soit par la Terre.

Ainsi, alors que Jupiter est la plus grosse des planètes et tient une place essentielle, à cause de sa masse, comme astre principal dans les perturbations secondaires du système solaire; alors que Jupiter semble jouer un rôle prépondérant dans la distribution des petites planètes, dans le groupement des comètes à courte période et des essaims d'étoiles filantes; alors même

8 LA DÉCOUVERTE DE l'aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS

qu'il peut réagir sur le résidu de condensation de la nébuleuse primitivedeLaplace,etcninfluoncerles ultimes manifestations, aurores boréales, lumière zodiacale, couronne solaire, etc., le spectacle est autrement plus grandiose encore pour les habitants de Saturne, en quelque sorte; et, sans sortir du domaine rigoureux pour poétiser les aspects du ciel devant un observateur Saturnien, celle planète, avec ses anneaux multiples, avec une dizaine de satellites, nous offre peut-être la plus complète

Fig. 1.

Salurne et so7i anneau avec la division de Cassini.

agglomération de singularités qu'il nous soit permis d'observer aujourd'iiui avec quelque précision.

Devant l'étrangeté et l'attrait des phénomènes que nous offre Saturne, devant les nombreux cas particuliers et les problèmes captivants que suscite la théorie de ce système complexe, il nous parait insuffisant de l'ésumcr nos connaissances actuelles : et, sans avoir ici l;i prétention de tracer une histoire complète, nous allons ilu moins montrer comment naquit historiquement la compréhension de ce problème unique dans le système solaire — l'anneau de Saturne.

Saturne se jnéscnte à nos yeux a\ec une teinte plombée et, bien avani le vni'' siècle, les sppt métaux anciens étaient consacrés aux sYyy/ |)lan('les antiques, y comj)ris le Soleil et la Lune,

LA DÉCOUVERTE DE l'aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS 9

et en portaient les noms et les symboles; le plomb correspondait à Saturne, qui se meut lentement, conformén»enl à son nom indien. La lenteur de son mouvement et sa teinte parliculièro en avaient fait pour les anciens une planète néfaste, le plus grave des astres, quelque dieu détrôné et relégué dans une sorte d'exil : le jour du Sabbat lui était consacré, et sa mauvaise influence était associée aux plus grandes douleurs. Saturne jouait donc un bien vilain rôle dans les horoscopes, et nous le voyons représenté très particulièrement par une étoile noire dans les dessins du xv^ siècle.

Galilée venait d'inventer les lunettes. Sitôt que les circonstances le lui permirent, été 1610, il dirigea sa lunette vers Saturne, mais la faiblesse de son instrument le jeta dans une grande perplexité et, frappé par l'aspect bizarre de la planète, il annonça temporairement sa découverte par le logogryphe suivant :

Smaisnermiclmbpobtalevmil)vneuvgttaviras,

dont l'énigme singulière intrigua quelque temps Kepler. Galilée lui-même allait peu après détruire cette transposition de lettres, fortement emmêlées, pour rétablir la phrase latine que voici :

Altisshnnm ylanetam tergeminum observavi.

J'ai observé que la planète la plus élevée est trijumelle.

Saturne lui paraît « tri-corps », écrit-il au grand-duc de Toscane et, peu après, le 13 novembre 1610, il précise la signification de ce terme dans une lettre à Julien de Médicis, ambassadeur du grand-duc auprès de l'empereur d'Autriche :

Lorsque j'observe Saturne avec une lunette d'un pouvoir amplidcatif de plus de trente fois, l'étoile centrale paraît la plus grande, les deux autres, situées, l'une à l'orient, l'autre à l'occident, et sur une ligne qui ne coïncide pas avec la direction du zodiaque, semblent la toucher. Ce sont comme deux serviteurs qui aident le vieux Saturne h faire son chemin et restent toujours à ses côtés. Avec une lunette de moindre grossissement Tétoilc paraît allongée et de la forme d'une olive.

Il mentionne encore la présence de ces trois étoiles immobiles les unes par rapport aux autres dans une lettre à Castclli du 30 décembre de la môme année.

10 I.A DKCOUVERTK DE l'aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS

Cepomlant, ce lalioricux astronome irallait pas être récompensé de ses efforts : il suivit assez régulièrement Saturne et vit Téclat de ses compagnons diminuer: bientôt, en 1G12, il se trouve dans l'impossibilité absolue de rien distinguer de cbacjue coté de la planète là où, quelques mois auparavant, il avait encore observé les deux objets lumineux : la planète lui parut parfaitement ronde. 11 appert que cette circonstance le décourag-ea au plus Iiaul degré et l'on peut voir l'expression de son désespoir dans une lettre qu'il adressait à Yelser, en 1612 : il alla même jus(iu";i imaginer que, dans toutes ses observations

Fig. ± Salurne cVaprès Gassendi. Saturne tri-corps, le 19 juin 1633.

iintérieures, les verres de ses lunettes avaient pu le tromper et (jue toutes les apparences observées n'étaient que des illusions. Et pourtant, en 1610, il avait dessiné nettement l'anneau, avec <leux intervalles sombres et triangulaires dont les bases s'appuyaient au corps de la planiste.

En tous cas, dès ce moment, il renonça à s'occuper de Saturne — et mourut sans avoir vu s'éclaircir ce mystère.

i*fndant |)rès d'un demi-siècle l'aspect de Saturne va bau- Itimiil iiilriguci- les savants ; les bypothèses les plus invraisemblables sont émises successivement, elles instruments sont trop imparfaits pour décbiffrer cette énigme, bien que les conditions de visil)ilit<'' soient ii nouveau favorables.

Gassendi \oil triple counne (lalib-e. Il ('cril, en KnÎ)^:

.... La planète avait la forme d'iui (eut' de Cliiiie (jui renferme le ver à .soie quand il a fait son (il... .b; remarquai, précédant Saturne, une anse, sorte d'a[»pcndicc assez distincte; j'en vis très nettement une autre suivant la planète. I^e corps de Saturne était rond; les anses nV-laient pas enioinves de layons, mais, par moments, je vis,

LA DECOUVERTE DE L ANNEAU DE SATUIiNE PAR HUYdENS J l

assez confusément, une sorte de chevelure autour de la planète et des anses.

En 1634, Gassendi voit simplement ponr Saturne une ovale très aplatie; en 1036 il dit :

Je ne vis plus les deux petits globes adjoints au globe central, mais deux anses limitées par des taches et qui semblaient ètredétachées de la planète. Le tout avait la forme d'un ovale peu allongé, de sorte que le noyau central était à peine supérieur au tiers de la longueur totale, mais il était plus brillant et d'un blanc plus éclatant que les anses.

Fig. 3.

Saturne par Gassendi, le 20 novembre 1636.

Les observations de Gassendi sont d'une exactitude remarquable, analogues à celles d'Hévélius et Riccioli, mais plus précises encore et, tout en s'approchant beaucoup de la réalité, il n'a pas, cependant, soupçonné la vraie nature de l'anneau. Puis il voit les apparences se modilier et, en 1638, il perçoit son ovale très aplatie percée de deux trous ronds. Puis vient la stupeur profonde en 1642 :

Je vis une chose inattendue : la planète était sans anses; je ne

l'avais pas encore vue ainsi. Je ne saurais dire depuis quelle époque il en était ainsi, parce que, et je le répète amèrement je n'ai pas observé assez souvent cette planète et que voilà trente-deux mois que je n'ai rien noté.

Je me rappelle pourtant que l'excellent Mersenne, qui m'avait demandé ma lunette, me dit, en me la rendant, qu'il n'avait pas pu voir les anses de Saturne. Persuadé que c'était à cause de la faiblesse de sa vue, je ne vérifiai pas moi-même s'il en était ainsi ou non.

Je fis aussitôt part de ma découverte à mes amis Bullialdus et Valesius, et <à d'autres... il faudra y faire attention dans la suite... en vérité, elle (Saturne) paraissait tantôttétragonale, tantôt penlagonale, mais avec les côtés arqués et les angles émoussés

d2 l.A DÉCOUVERTE DE i/aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS

Ses observations sont longuement poursuivies : en 1643, Saturne est de nouveau /ri-corps, les deux compagnons étant inégaux: en 1G44 et 1{)45 les deux petits corps sont nettement en forme de capuchons* et le' dessin de Gassendi est identique à celui de Hévélius. En iG4G, il retrouve la forme de 1638 mais

Fifj. 4.

Saturne d'après Hévélius, le 11 janvier 1645.

avec deux trous losanges; enfin, en IGaU, Gassendi trouve une forme très analogue à celle de Riccioli" et, en 1651, une configuration à deux anses; il observa jusqu'en 1635 et projetait un grand travail sur les changements de Saturne, mais il mourut le

i-ig. 5.

Suturne d'après Gassendi, le IS mars 1040.

24 octobre de celte année, non sans r«'comiiiander à son secrétaire, La Poterie, (h; poursuivre sans interruption ces observa-

' Cependant Fonlana, à Naples. fait, en 1045, un croquis sur lequel les doux anses sont très nettes, deux arceaux étroits avec deux petits rIoIios aux plus f^randes élonRations : toujours l'obsession des satellites ; il mentionne les changements de forrinîs (d parle de croissants attachés au corps de Saturne.

* Il est étrange que Riceioli, dont les dessins sont souvent très précis depuis 4648. n'ait rien soupronm'- après avoir frôlé la vérité do bien près comme on peut le voir dans son traité : Altnageslum Xovum, Bologne, 1651.

lions curieuses. Gassendi mourut donc sans voir de nouveau l'astre rond et sans satellites, en I60G ; mais ses nombreuses observations, dont on doit reconnaître la délicatesse, éclairent utilement l'histoire de Saturne.

Hévélius ^ se livre avec la plus 2:rande attention aux observa-

Fi.u. G.

Saturne d'après Riccioli (1630).

tions de Saturne, il rejoint les petites étoiles à la grande et, en 1646, avoue franchement qu'il ne comprend rien aux phénomènes singuliers que lui présente la planète, notamment à ses deux bras; il passe, lui aussi, par une phase de découragement

Fu

Saturne d'après Gassendi, le 21 novembre 1601.

et enfin, en 1656, après des conditions favorables, judicieusement observées, croit tenir l'explication : Saturne est triple, sa partie centrale a une forme elliptique et les deux portions latérales ne sont point des globes sphériques mais bien des lunules à courbure hyperbolique, invariablement attachées par leurs pointes au corps du milieu dont, pourtant, elles sont sépa-

' Johann Hœwelke (Johannes Ilevelius) naquit à Danlzig le 28 janvier 1611, et y mourut à la même date de l'année 1687. Il tut ûchevin (1641). ainsi que conseiller (1651) de sa ville natale, et y fonda (1641) son observatoire Stelheburgum, qui fut détruit par un incendie le 26 novembre 1679.

li LA DÉCOUVERTE DE t'aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS

ri'os par un intervalle vide de matière. Ceei suffît à faire comprendre l'aspect de la piiase ronde de Saturne : car, par un mouvement de rotation, les deux croissants qui accompagnent la planète peuvent être transportés, Tun sur le dis(jue de Saturne. Tautr»' derrière.

Nous nv reproduirons pas ici les conceptions des imaginalions débordantes d'alors, mais, à la suite d'Hévélius, une autre opinion vraisemblable se fit jour assez communément : Saturne lui-même tournait et Ton pouvait admettre, en conséquence, que les diverses observations devaient se rapporter à l'examen

Sa/urne avec ses deux bras, d'après llévclias.

de ses différentes faces. Au reste, après avoir ciu un instanl. comme Galilée, que tous les pliénomèncs étaient accidentels et dépendaient de causes passagères, Jlévélius s'arrête encore, en i (».")(■), à désigner six phases principales pour Saturne :

Saliirnus iiionosphericus » Irispliericus » spherico-cuspidatus n spherico-ansatus ') clliplico-ansatus-diminutus » " » plcmis.

(jaldéc, Sclieiner ', Fonlana % ignorèrent donc la véritable

^ ' Cliri.slopli Scliciner, no en ilulj à Walda (Souabo), niourul lo 18 juillet ICoû à Ncisso. Il élail jc'suilc. processeur (J'IiiJljreu el de niaUiéiii;Lli.|ues à Frihourg en IJris^'au, puis à Ingolsladl (IGlO-KlKi). plustanlà Rome, enlin lecleur du colièfîe des jésuites à Neissc;. Il esl surtout connu par ses écrits sur les taches du soleil et les satellites de Jupiter, par la description d'un halo solaiie observé à Rome lo 2U mars 1629 el |)ar l'expérience opticjur! (|ui porte encore aujourd'hui son nom. 'Soi. vi.n ii.,/n rvsl MaUliias llirzgarler: naquit à Maschuaiiden (Zurich) le

LA DÉCOUVERTE DE I/'aNNEAU DE SATLRNE PAR HUYGENS lu

nature du syslrme saluruien: mais ou leur doit d'impoiiaules ohservatious, tout eoiuiue à Gassendi, Eustache de l)i\inis \ Iir-vélius, Riccioli "

Et, maintenant, quelles étaieut les explications plausibles de ces phénomènes?

Galilée crut à trois corps... ou à des illusions d'optique: Riccioli imagine que Saturne est entouré d'une armille mince, plane, elliptique, adhérente en deux points à la planète, qui tournera avec elle pour cesser d'être visible en se profilant sur Saturne — hvpothèse analogue à celle d'Hévélius; Hodierna ' suppose que Saturne est ovoïde et que deux énormes taches, par la rotation, peuvent venir l'obscurcir sur les bords (? ; Roberval attribue la présence de l'appendice de Saturne à des vapeurs plus ou moins denses s'échappant, sous l'action du soleil, de la zone torride de la planète, et admet que ces nuages émanés de l'équateur restent suspendus à une certaine distance de Saturne — ils devraient par suite se présenter sous la forme générale d'un cercle qui s'ofTrirait à nous avec une apparence elliptique, «Roberval, dltDelambre, n'avait fait que la moitié du chemin; observant peu, il ne put compléter son explication ' ».

Dès le 6 juillet 1656, dans une longue lettre à Huygens, G. P. de Roberval dit, notamment :

J'ai aussi pensé une hypothèse qui me satisfait fort bien, touchant les diverses faces du même Saturne, quoiqu'on conséquence de votre lune (Titan), il doive se mouvoir sur son centre en moins de 24 de nos heures; mais, comme je ne fais point de secret, je l'ai communi-

28 novembre 1574 et mourut à Zurich le 9 février 1653. Depuis 1622 il était pasteur à Zollikon (Zurich) ; il publia divers ouvrages astronomiques, connus d'Uuygens qui cite son nom dans sa correspondance.

' l-]ustachio Divini (de Divinis), naquit à San Sevcrino vers 1620, et Iiabita Rome, où il vivait encore en 1663. Emule de Campani. il e.vcellail à l'aire des télescopes. En 1600 on le trouve en polémique avec Huygens.

- Giovanni Battista Riccioli naquit à Ferrarc le 17 avril 1598 etmourul à Bologne le 25 juin 1671. .Jésuite depuis 1614. il professa les Belles-Lettres, la Philosophie et la Théologie à Parme et à Bologne. Puis il se versa à l'Astronomie.

^Gios-anni Battista Hodierna (quelquefois = Odicrna=Adierna) naquit le 15 avril 1597 à Ragusa et mourut le 6 avril 1660 à Palerme. Il était archiprètrc àPalerme. mathématicien du duc de l'aima, et s'adonnait aux sciences physiques et naturelles. 11 observa en 1652 les Satellites de .Jupiter, fit usage du prisme, et l'on prétend qu'il connut le spectre solaire. Il découvrit les fonctions de la reineabeille et analysa l'œil de la mouche.

* Un des ouvrages les plus intéressants (jui ail été écrit sur cette époque, et qui nous fait connaître quelques pièces importantes conservées à la Bibliothèque Nationale de Paris, a pour titre : Henry — Huygens et Roberval.

10 LA DÉCOL'VF.RTE DE l'aNNEAU DE SATUIINE PAR HUYGENS

quée publiquement (en grand auditoire de doctes) dans la même chaire (royale) ; je vous la manderai si vous le désirez.

Dans une Ictlro du T) juin IGoo, à Fr. Van Scliooten', on trouve les phrases suivantes (jue Huygens avait tâché de convertir en anagrannue :

In Saturne novilunia recurrant post dies sexdecim cum sextante. Saturnuin sua luna circuit diebus sexdecim cum sextante. Luna bis octonis Salurnia rogna diebus lustrât.

et, le 13 juin IGoo, il écrit à John Wallis, puis à G. A. Kinner

.\D.MOVERE OCVLIS UISTANÏIA SIDERA NOSTRIS, YVVVVVVCCCRRIINBOX.

dont il faut ainsi rétablir le sens Saturne luna sua circunducitur diebus sexdecim, horis quatuor.

Puis, le () novembre, à son IVère :

Ma lunette n'est pas trop à ma fantaisie, étant sujette à se courber et à s'affaisser quand elle n'est soutenue que par un endroit. Il faudra trouver quelque remède à cela. On ne la connaît encore ici (Paris) que de renommée, personne ne l'ayant encore essayée. Mais tous étans informés par moi du Satellite Saturnien, et de sa période, ils ne peuvent nier que ma lunette ne l'emporte sur toutes celles qui ont jamais été.

11 doniu? cà Wallis l'explication de son anagramme, le 15 mars lGo6, après la publication d'un opuscule relatif au satellite de Saturne : ils échangent un autre anagramme, avec les nombres de lettres seuls, que Huygens ne peut décliilFrer. Puis, dans sa lettre à J. Cliapelain du H juin Ki'il!, il établit bien sa priorité sur cette découverte :

Je le suis davantage (redevable) que vous ne savez Monsieur, et ne vous dois pas seulement remercier du soin que vous avez eu de ma

' Frans van Schoolen, l<; fils ilu profussour do niutliciiiaUqui's du luùiiie noiu, naquit à Leiden vers 1015 et y mourut en janvier lOtil. Kn 1646 il succéda à son père comme professeur de matliéiiialiquesà l'Ecole des ingénieurs, dépendant de l'Université de Leiden. Il eut pour successeur son frère l'elrus (1661-167!)). Il a été le précepteur de Christian Iluygens et de Jolian de Wilt.

LA DÉCOUVERTE DE i/aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS 17

gloire en débitant ma nouvelle observation dans vos illustres assemblées et la communiquant à M. de Montmor de qui vous m'avez appris à connaître le mérite, mais aussi de ce que vous êtes cause que Tonne m'ait pas prévenu dans la publication de cette nouvelle découverte. Car après que j'en eus envoyé des exemplaires en Angleterre, l'on m'a fait entendre que presque en même temps, l'on avait remarqué la même étoile en ce pays là, et que sa période était de seize jours. Mais leur industrie qui autrementauraitpuobscurcirlamienne, ne sert à cette heure qu'à prouver que ma relation est véritable. Je l'avais aussi fait savoir à M. Hévélius qui a eu de la peine à le croire n'ayantpas d'assez bonnes lunettes pour en être rendu témoin oculaire.

D'ailleurs, notamment dans une lettre du 22 juin iGoO, Hévélius le complimente sur ses déterminations du satellite de Saturne et, le 12 juin, un correspondant inconnu écrit à J. Cliapelain :

Je sais de bonne part qu'il s'en est tout à fait expliqué (du système de Saturne) au seigneur Fontana particulièrement sur le sujet de la nouvelle lune savoir si son mouvement est ou n'est pas perpétuel et qu'il ne lui disait rien qu'il n'assurait être conforme à ce qu'en tenaient Galilée et Hévélius lesquels il protestait être très fermes et très éclairés dans l'intelligence du Monde Saturnien ne reconnaissant aucun principe de mouvement que celui qui était dans le Soleil lequel s'est manifesté et fait sentir en cent mille façons parmi les Éléments.

La question n'est pas encore entièrement élucidée et de Roberval écrit à Huyg'ens le G juillet l()^3() :

J'ai montré à plusieurs votre écrit touchant la lune de Saturne : mais j'ai fait bien plus, car je l'ai publié en vous nommant, dans la chaire royale, en grand auditoire de doctes attirés pour entendre l'opinion d'Aristarque, que j'expliquais publiquement : je n'en ai pourtant parlé que comme d'une observation qui s'éclaircirait avec le temps, et qui méritait bien de suspendre son jugement jusqu'à ce ({u'elle fut entièrement confirmée.

Mais de Roberval ignorait, il est vrai, la confirmation des observateurs anglais en ce qui concerne Titan et, pour préciser, Huygens lui mande le 20 juillet :

Je tiens à beaucoup d'honneur que vous avez voulu faire connaître mon nom à une assemblée si illustre, qu'a été votre auditoire. Quant à la vérité de ma relation touchant la lune de Saturne, j'espère que dorénavant vous ne l'aurez plus pour suspecte puisque ce n'est plus

18 LA DIXOUVERTK l)i: l'aNNEAU DE SATURNE TAU HUYGENS

moi seul qui l'ai vue. Presque en même temps on s'en est aperçu en Angleterre, et même remarqué sa période de seize jours. Cest ce que le professeur Wallis nia écrit cVOxford, et me le démontre par l'explication d'un anagramme qu'il m'envoya aussitôt que je lui eus envoyé le mien, qui contenait cette observation^. Hévélius n'a pas d'assez bonnes lunettes pour voir cette nouvelle étoile qui pourtant m'a aussi depuis peu envoyé un autre anagramme qui cache quelque nouveau phénomène de Saturne.

Il précise ses connaissances dans une lettre à R. Paget ^ (juillet 1656) et la possibilité d'observation des satellites et des •lélails planétaires suivant la puissance de la lunette (lettre à J. Chapelain (?) de la mC*mc époque). Enfin, il s'entretient de Titan dans une correspondance assez suivie avec R. F. de Sluse ^ et sa découverte ne fait plus de doute pour personne ; peu de lunettes, cependant, étaient déjà susceptibles d'apercevoir ce satellite, et, le 19 octobre 1657, J. Chapelain (?) lui écrit :

Car pour ce dernier (le Système de Saturne), ayant vu passer le mois d'avril que vous aviez pris pour terme, sans que vous m'eussiez fait savoir si le ciel vous avait confirmé dans l'opinion qu'il y avait une lune qui tournait autour de cette planète si éloignée de nous ; je vous avoue que je commençais à me défier de l'observation que vous en aviez faite, et que j'avais regret à vous avoir conseillé d'en publier la découverte dans la crainte que le Monde, n'y trouvant pas la réalité qu'il s'en était promise, ne vous blàmùt d'avoir été trop léger à la croire, et à l'assurer. Mais TentretieH que j'ai eu avec notre Ami (M. BouUiau) sur cette matière a dissipé toutes mes appréhensions, et m'a donné une joie extrême de voir que votre Télescope ne vous avait point trompé, et qu'il vous avait fourni de quoi accroître si notablement la Science des Astres. 11 m'a ravi en massurant que non seulement vous aviez retrouvé votre Lune, mais que vous en aviez encore observé le cours, et que vous aviez marqué au juste le temps de sa révolution autour de sa Planète. Il m'a dit que vous la lui aviez

Ml s'iifîil ici d'une pelilc supercherie que Wallis avoua peu après à Huygcns.

' Roberl l'af^el, Magisler Arliuin, a occupé la chaire preshylériennc à Dordiecht de 10.'i8 à 1085, (luoiqu'on l'eut appelé à Anislerdani et à Utrechl.où il mourut: c'était un liomme très savant et un ami des de Wilt.

■'■ René-François de Sluse, fils du notaire Renard de Slusc et de Catharine Wal- Icri, naquit à, Vise le 2 juillet 1G23 et mourut à Liège le 19 mars 1G85. Ayant l'ail ses études à Louvain de 1G38 à 1642, il devint docteur en droit à Rome en 1643 et resta quelques années en Italie : il l'ut reçu chanoine de Saint-Lamhert le !«' avril Ki.ïl, et en ICGO ahhé d'Amay. I:;n 1674 il devint memhre de la Société Royale .

LA DÉCOUVERTE DE l'aNNEAU DE SATURNE PAR HUYGENS 19

fait voir plus d'une fois très distinctement, et que c'était désormais une chose constante, et hors de tout soupçon d'erreur..

Et bien qu'il n'y ait que 26' d'écart entre les plans de Titan et de l'anneau, alors seulement soupçonné, nous voyons Huygens dire à Boullian, le 26 décembre 1637 :

Le satellite ne semble pas suivre toujours le plan de cet anneau qui est parallèle à l'Equateur, mais quelque autre; ainsi qu'il en arrive de même à notre lune.

En mars IGo."), Huygens écrit à A. Colvius^ une lettre au bas (le laquelle figurent deux dessins de Saturne et de Jupiter qui sont sans doute les deux premiers qu'il ait faits de ces planètes. Un an après, le l.j mars i6o(), il écrit (probablement à Cl. Mylon) ' :

...En attendant' que le traité où j'avais dessein de l'insérer (une observation de Saturne) fût achevé, j'y ai ajouté quelque chose touchant la figure de Saturne, et une prédilection de retour de ses bras ou anses, que le temps doit vérifier.

Et, du même mois, à de Roberval :

...Dcpuisque j'en suis revenu (de Parisijcneme suis attaché attentivement qu'à cette spéculation qui regarde les lunettes d'approche de laquelle de jour en jour je vois des plus beaux effets. J'y ai mis dans ce billet une prédilection, que peut-être vous trouverez assez

' AniJri'as Kolir (Culvius), fils de Nicolaas Ilevmans dit KoU' el de .Maria van Slintielandt, naquit à Dordreciil en 1394 et y iiiourul le l" juillet 1671. Il devint pasteur protestant à Venise (16i0-lt)27). ])uis à Dordrecht (16i"J-16G6). Il avait une cori-espondance étendue ; ses eoileetions de coriuilles et auUcs objets rares ainsi que sa hibliollièque étaient reuoniniées.

■ Claude Mylon était jurisconsulte à Paris et entra en eorrespondanee avec Ciir. Huygens.

■■' Comme le l'ont encore bien des auteurs on ne i)cut donc pas attribuer la découverte dédnitive de l'anneau de Saturne à IIuyf,'ens pour la date de IGSii. Dans le livre qu'il publie en avril lCa6 : De Salurni liina observatio nova, on ne trouve encore que l'anafJiramiiie relative à l'anneau, liypotlièse alors douteuse qui exigeait une confirmalion. et nous verrons comment l'explication de cette anai.'ramiiie et rassiTlion <li'(initive se produisent en Ki.'iS.

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hardie touchant le retour des bras de Saturne; toutefois ne croyez pas que j'aie rien hasardé trop légèrement, qui me pourrait faire passer pour faux prophète.

Rien n'est encore bien assuré. Cl. Mylon lui écrit le lo avril que 31. Bouillant '■ ne peut pas voir le satellite avec sa lunette,

Fig. 9.

C/ir. Haygens. Jupiler avec ses quatre Satellites et Saturne (mars IGôî)!.

mais qu'il «... recommencera les observations vers la fin de ce mois pour en voir renaître les bras ». Et pourtant Huygens aperçoit Saturne avec son télescope comme la lune à l'œil nu

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